En 1896, après son départ en retraite, Mallarmé obtient des propriétaires qu’ils fassent faire d’importants travaux dans la maison de Valvins où il s’installe presque définitivement pour soigner ses insomnies, dit-il.


Le 14 mai 1896, il écrit à Marie et à Geneviève : « Ma bergère, trop blanche et brillante, a l’air neuf ; je vais y remettre une couche, mate. J’occuperai mes après-midis à peindre les chaises du jardin. Il n’y aura plus à l’arrivée des dames, qu’à planter les clous et, quelque jour, à vernir le canot. (…) Je voudrais que vous vissiez les marronniers en fleurs et les rosiers du mur qui éblouissent. »


C’est là qu’il meurt brutalement le 9 septembre 1898 à l’âge de 56 ans suite à un spasme du larynx.


Julie Manet écrit dans son journal, à la date du 10 septembre 1898 : « Oh ! quelle terrible chose ! une dépêche nous apprend la mort de M. Mallarmé ! (…) Pauvre Geneviève ! Ah ! que la mort de ce grand ami de papa et de maman, qu’ils avaient nommé mon tuteur, me rend malheureuse ! (…) M. Renoir est bien émotionné en apprenant cette horrible nouvelle. Il part avec nous ce soir pour Valvins. Nous allons coucher à Troyes. »


Puis, à la date du 11 septembre : « Le bateau paraît solitaire, son bateau qu’il aimait tant et qui me rappelle une première promenade faite dedans en 1887 avec maman et papa qui demande à M. Mallarmé s’il n’avait jamais rien écrit sur son bateau. Non, répondit-il en jetant un regard sur sa voile, je laisse cette grande page blanche« .



Et Julie Manet de poursuivre : « C’est horrible de voir ce charmant intérieur sans M. Mallarmé, et au lieu de l’entendre causer dans ce jardin sous le marronnier que Geneviève planta étant petite, d’y voir son cercueil ; c’est atroce ! Ah ! penser que nous n’entendrons plus jamais cette voix douce ! Il avait une façon si affectueuse de dire « maman  » lorsqu’il me parlait d’elle (…) Hommes de lettres et paysans avec lesquels Mallarmé était si gentil, se trouvent réunis en grand nombre dans le jardin pour suivre cet enterrement si particulièrement navrant et on sent la douleur peinte sur tous les visages. La cérémonie à l’église de Samoreau est très simple et très bien. Le cimetière (…) longe la Seine et regarde cette forêt que M. Mallarmé aimait tant, où il est déposé prés de son fils qu’il a perdu tout jeune (…).

 

La tombe de Mallarmé à Samoreau

Paul Valéry prend ensuite la parole au nom des jeunes ; mais il est tellement émotionné qu’il ne peut continuer et l’on sort du petit cimetière en sanglotant avec Geneviève (…).

 

Que c’est lugubre ce soir, lorsque tout le monde est parti, de ne plus trouver ici que deux femmes seules qui désormais seront sans celui pour lequel elles étaient. Nous dînons avec elles et je nous revois à cette table, le 24 juillet, avec celui que nous nous attendons à chaque instant à apercevoir entrant par une porte disant une jolie phrase. Tout est lui ici. Valvins a perdu son âme. »

La tombe du docteur Bonniot identique à la tombe de Mallarmé (au fond à droite)

Dans cette tombe du cimetière de Samoreau sont enterrés Anatole Mallarmé (1871-1879), Stéphane Mallarmé (1842-1898), Marie Mallarmé (1835-1910) et Geneviève Bonniot-Mallarmé (1864-1919).


La veille de sa mort, Mallarmé avait déjà eu un spasme du larynx qui l’avait asphyxié et qui lui avait fait dire (selon le journal de Julie Manet) : « Est-ce que je ne pourrais pas rester dans quelque chose comme cela ? »


À la suite de quoi il rédigea une Recommandation quant à mes Papiers (Pour quand le liront mes chéries)Mère, Vève, le spasme terrible d’étouffement subi tout à l’heure peut se reproduire au cours de la nuit et avoir raison de moi. Alors, vous ne vous étonnerez pas que je pense au monceau demi-séculaire de mes notes, lequel ne vous deviendra que d’un grand embarras ; attendu que pas un feuillet n’en peut servir. Moi-même, l’unique pourrais seul en tirer ce qu’il y a …

 

Je l’eusse fait si les dernières années manquant ne m’avaient trahi. Brûlez, par conséquent : il n’y a pas là d’héritage littéraire, mes pauvres enfants. Ne soumettez même pas à l’appréciation de quelqu’un : ou refusez toute ingérence curieuse ou amicale. Dites qu’on n’y distinguerait rien, c’est vrai du reste, et, vous, mes pauvres prostrées, les seuls êtres au monde capables à ce point de respecter toute une vie d’artiste sincère, croyez que ce devait être très beau. »


Le Livre de Mallarmé ne paraîtra pas.

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