Conférence de Jean-Christophe Paré, prononcée à Artigues-près-Bordeaux et à Malagar, en octobre 2009, en complément du spectacle : Défilé sur le sable

 jc0910aJean-Christophe Paré à Malagar

Vous avez peut-être déjà lu du Mallarmé ? Dans ce cas, vous pouvez imaginer la complexité de sa pensée ! Avec lui, parler de danse, de spectacle ou d’art moderne est passionnant, mais tout de même assez risqué ! Mais il est vrai qu’au fil du 20ème siècle, les œuvres d’art ne sont pas en reste, côté complexité… Pourtant, avec Mallarmé et l’aide de quelques observateurs éclairés, nous allons tenter un possible décryptage de ces oeuvres modernes qui ne se laissent pas si facilement approcher…

Il s’agira moins de parler des FORMES que des IDÉES, des intentions qui les font naître.

En fait, je me suis surtout intéressé à certaines figures féminines dans les textes de Mallarmé : 

Les nymphes dans son poème l’Après-midi d’un Faune, les femmes parisiennes dans la gazette de la Dernière Mode dont il fut l’unique rédacteur et les danseuses qu’il voit évoluer sur les scènes de théâtres.

 DM07Mallarmé : La dernière mode

Pourquoi ? Et bien parce que de mon point de vue de danseur, à travers ses contemplations de la femme, il explore deux aspects majeurs de sa poétique : le TEMPS, suspendu par la question du désir, et l’ ESPACE, ouvert par un va et vient entre l’endroit même du poème, le livre, et l’action poétique, sur la scène du théâtre.

A propos d’un texte fondateur de Mallarmé sur la danse, le philosophe Alain Badiou nous dit d’une part que « la danse est métaphore de la pensée » et d’autre part qu’ « elle exige l’espacement, rien d’autre ».

Or, nous verrons avec Jean-François Chevrier, commissaire d’une exposition sur Mallarmé et l’art moderne, que le plus célèbre de ses poèmes : Un Coup de dés  nous fait entrer concrètement dans la notion d’ « espacement » du lieu.

mallarmé. un coup de dés or01illustration d’Odilon Redon pour Un coup de dés 

Les auteurs de l’avant-propos du livre  Mallarmé ou l’obscurité lumineuse, Bernard Marchal et Jean-Luc Steinmetz signalent que « ce petit homme féminin, discret, peu porté sur les femmes mérite de mourir au seuil de notre siècle : il l’annonce »… Et de constater : « Là ou d’autres sont morts pour la patrie, Mallarmé eût en somme mérité cette épitaphe : Mort pour la modernité » … et ils en rajoutent : « Mallarmé est décidément un produit indéfiniment recyclable (…)  Le 20ème siècle a démultiplié Mallarmé (…) n’a cessé de le réinventer à travers de (nombreux) discours successifs ou simultanés sur les questions biographiques ; sur le rapport à l’histoire et au politique ; sur le théâtre ou la peinture, sur la différence sexuelle ; sur les spéculations strictement poétiques etc. »

Plus particulièrement, avec Mallarmé, c’est une vision singulière, proprement moderne, du lieu et de l’espace que nous rencontrons.   

À ce propos, pour Marcel Broodthaers poète et peintre, Mallarmé est un point de départ. Il dit de lui :  « Mallarmé a inventé inconsciemment l’espace moderne », et il poursuit : « Le mot ou l’idée – indissociablement lié à l’être – se trouve être à l’origine des notions modernes d’espace dans les arts plastiques et la musique. (…) Il n’y a pas de structures primaires autres que celles du langage qui les définit. Je veux dire qu’un artiste ne construit pas un volume. Il écrit en volume. »*

Nous devons avoir à l’esprit qu’au début du 20ème siècle, Mallarmé et Cézanne sont vus comme les deux inventeurs d’une pensée constructive qui devait donner une structure, voire une permanence à deux grands courants de la peinture de cette époque : l’impressionnisme et le lyrisme symbolique.

Mallarmé et Manet étaient très proches, au point que ce dernier illustra le poème l’Après-midi d’un Faune.

Manet_faunefrontispice de Manet pour L’après-midi d’un faune

Mallarmé a décrit un petit tableau de Manet : Le Linge.

« …une dame en bleu lave, par jeu, ce qui de son linge ne sèche pas encore dans l’air transparent et tiède (…) Le corps de la jeune femme est entièrement baigné et comme absorbé par la lumière qui ne laisse d’elle qu’un aspect à la fois solide et vaporeux (…) ce phénomène se produit principalement à l’égard des chairs, taches roses mobiles et fondues dans l’espace ambiant ».

92px-Edouard_Manet_087Manet : le linge 

Or, on trouve de multiples échos de ce tableau dans la production artistique du 20ème siècle. Moins chez les impressionnistes que dans l’art constructif, avec Sophie Taeuber, les photographies de Josef Albers, chez Paul Klee et même du côté de Duchamp et du surréalisme, chez Man Ray en particulier…

L’image du linge suspendu renvoie à la figure, plus abstraite, du suspens ; un des mots-clé de la poétique mallarméenne. Le suspens est la qualité d’une forme allégée, aérienne, qui n’a pas rompu avec la gravitation.

Comme le corps humain, elle est située entre ciel et terre, mais  elle ne s’élève plus du sol… »

En fait, il y a derrière l’image du linge suspendu, la question de l’idéalisation des objets, qui s’opère dans l’émanation de l’Idée ».

Le suspens, n’est-ce pas une belle définition possible d’un danseur saisi dans son geste?     

Je cherche à comprendre d’où aurait bien pu émerger chez Mallarmé cette fameuse invention de l’espace moderne. Si je pars de ce que je connais le mieux : la danse, je me dis qu’on ne peut pas vraiment être présent dans l’espace sans traverser un temps singulier. Je ne peux pas m’empêcher d’aller voir du côté de la gestuelle de notre poète. Ce qui m’intéresse, c’est la relation possible entre le temps de l’inspiration poétique et la conception de l’espace chez Mallarmé.

Dans une simple position assise, il y a déjà beaucoup de la relation d’un homme à l’espace et au temps.

1876c (Manet) 

Voyons ce très beau portrait de Mallarmé, peint par Edouard Manet en 1876.

Nous sommes face à un homme qui sait prendre son temps. Une main enfoncée dans la poche de sa veste, il est confortablement assis dans son fauteuil. On sent l’assurance d’un homme installé, sans exagération, ni démonstration, dans la société de son époque. La posture oblique révèle un homme à la fois décontracté, mais « corporellement » attentif. Le regard est projeté en diagonale vers le bas, il y a de la réserve, de la discrétion. Le regard est « périphérique ».  C’est-à-dire que dans cette attitude, c’est le mouvement qui est perçu, avant même la précision des détails de l’image, au fond de la rétine. La main droite est posée sur un livre, les pages ouvertement blanches. On voit immédiatement l’attention que Mallarmé porte à celui-ci. Mallarmé est en contact avec le livre, mais le regard est ailleurs, légèrement fuyant. Il y a un certain recul, dans cette position. Il semble moins concentré sur le livre qu’à son écoute. Un cigare est serré entre deux doigts. Les volutes de fumée le détournent vers l’espace des songes, de la rêverie…

Les spirales de son imagination retiennent le déroulement « logique » du temps, s’étirent et s’espacent… J’imagine la « danse » de Mallarmé dans l’exercice de l’écriture :  en amples va et vient, du fond du fauteuil vers l’avant du siège. Il est moins courbé sur la page à remplir que renversé contre le dossier, laissant l’esprit flotter avant de coucher quelque mot sur le papier. De ces mouvements, il crée lui-même un bercement fondamental. Ce bercement aimé des nouveaux-nés, si propice à la remémoration des sensations les plus profondes. Mallarmé prend tout son temps.

 C’est à l’âge de 23 ans, en 1865 que Mallarmé se lance dans l’écriture de l’un de ses plus célèbres poèmes :  l’Après-midi d’un Faune.

 Poème qui deviendra essentiel pour la musique, et plus tard pour la danse. 

Il écrit à Henri Cazalis : « … je rime un intermède héroïque, dont le héros est un Faune. Ce poëme renferme une très haute et belle idée, mais les vers sont terriblement difficiles à faire, car je les veux absolument scéniques, non possible au théâtre, mais exigeant le théâtre… ».

Retenons ici un premier lien opéré par Mallarmé, entre écriture poétique et scène d’action théâtrale…

On sait qu’il n’achève pas son Faune durant cette année-là. Il le reprend au printemps 1866, puis le silence tombe sur le Faune.

Il faut attendre 10 ans, pour le voir publié dans la République des Lettres.

Lorsque Mallarmé entend le Prélude composé par Debussy en 1894, il lui écrit dès le lendemain : « votre illustration va plus loin encore que mon poème, dans la nostalgie et la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse… »

Cependant, subitement disparu en 1898, il ne verra pas le ballet créé par Nijinsky en 1912, dans les décors de Léon Bakst. Nijinsky, chorégraphe naissant, encouragé par Serge de Diaghilev, directeur des Ballets russes, recherche une danse totalement nouvelle. Il mettra plus d’une année pour chorégraphier les 10 minutes du prélude. Lors de la première représentation, un scandale éclate… par la radicalité de la danse et bien entendu par le sujet, audacieux à l’époque, consistant à représenter sur scène le désir emprunt d’animalité d’un faune pour une nymphe.

Il s’agit bien d’érotisme !

D’ailleurs, au fil du poème, le lecteur est saisi par l’intensité des pensées songeuses du faune. Nous sommes dans le déroulé d’un temps singulier, celui de la pensée incertaine, douteuse d’elle-même et cependant suffisamment consciente car Faune dit :  « réfléchissons ». Faune aussi décide de prendre tout son temps !

Le sujet est dans le sujet. Mallarmé crée un Faune, certes, mais il est lui-même le Faune.

1887 caricature de LuqueMallarmé par Luque (1887)

Le Faune tarde à saisir la nymphe. Le poète tarde lui-même à saisir l’instant de l’achèvement de son texte donc la fin du processus d’écriture. Quant au lecteur, il ne peut saisir, dans l’immédiateté de l’instant, les multiples sens cachés du poème.

Lire la poésie de Mallarmé oblige à fournir un effort particulier pour « comprendre » le texte.

Mais Mallarmé n’a pas le choix. D’ailleurs, à ceux qui l’accusent d’obscurité, il répond : « le Mystère n’est pas un effet calculé pour envoûter le lecteur. » L’obscurité est d’abord une opacité commune, une opacité de chacun à soi-même, qui fait masse et insiste parce que déniée ou refoulée : « quelque chose d’occulte au fond de tous « . Il ajoute : « écrire, c’est tendre le nuage, précieux, flottant sur l’intime gouffre de chaque pensée ».

Faune n’existe pas sans les nymphes, ou tout au moins leur image ou leur souvenir…

Ces nymphes, je les rapproche des femmes décrites dans la gazette de la Dernière Mode.

DM02Mallarmé : La dernière mode 

Elles n’ont certes absolument pas le même statut ! Les unes sont mythologiques, les autres sont l’image même de la réalité. Mais face à La Femme, Mallarmé suspend, par la question du désir, l’imminence d’une image poétique.

À propos de La Dernière Mode, qu’il rédigea à l’automne 1875,  on a souvent avancé que l’activité avait été pour lui « alimentaire ». Mais dix ans plus tard, dans une lettre à Paul Verlaine, il écrit : « … j’ai, après quelques articles colportés d’ici et de là, tenté de rédiger tout seul, toilettes, bijoux, mobilier, et jusqu’aux théâtres et aux menus de dîner,  un journal :  La Dernière Mode (…) et il ajoute : « les huit numéros parus servent encore quand je les dévêts de leur poussière à me faire longtemps rêver. »

Mallarmé, trouve sans doute un certain plaisir, lorsqu’il écrit, dans la peau de  « Miss Satin » :  « Si les tissus classiques de bal se plaisent à nous envelopper comme d’une brume envolée et faite de toutes les blancheurs, la robe elle-même, au contraire, corsage et jupe, moule plus que jamais la personne : opposition délicieuse entre le vague et ce qui doit s’accuser » … et plus loin : « La femme mieux que jamais se fait voir sous le voile même de ses étoffes ».

Nous ne sommes pas si loin du Faune, surprenant les nymphes se dénudant pour aller à la baignade…

Lorsque nous lisons : « Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure“, nous pouvons comprendre qu’il est moins question de voir que de chercher à voir.

D’ailleurs Mallarmé a écrit : « Peindre, non la chose, mais l’effet qu’elle produit ». 

En définitive, avec la Dernière Mode, Mallarmé se présente comme un personnage double. Il ne pensait pas que l’œuvre d’art dût être nécessairement détachée de son environnement culturel. Il distinguait seulement deux registres dans son activité. L’un, essentiel, auquel il rêvait de consacrer tout son temps, le « Grand Œuvre », le Livre ; l’autre, alimentaire et circonstanciel (il n’avait pas de rentes) qu’il ne méprisait pas pour autant.

Au cours de l’année 1887, lorsqu’il rédige ses « crayonné au théâtre » : des articles pour la Revue Indépendante, Mallarmé nous livre quelques textes essentiels sur la danse : « La danseuse n’est pas une femme qui danse »… Mieux encore, il ajoute  que « la danseuse ne danse pas »… Il dit aussi  que « La danseuse n’est pas danseuse, si on entend par là quelqu’un qui exécute une danse ».

En décryptant ces étranges énoncés, le philosophe Alain Badiou nous amène à l’idée que la danse est métaphore de la pensée. Pour cela, il le rapproche d’un autre énoncé tout aussi paradoxal : La danse, nous dit Mallarmé, c’est le « poème dégagé de tout appareil du scribe« . Paradoxal, en effet, car le poème est par définition une trace, une inscription, singulièrement dans la conception Mallarméenne.

Par conséquent, le poème dégagé de tout appareil du scribe, c’est proprement le poème dégagé du poème (…) tout comme la danseuse, qui ne danse pas, est la danse soustraite à la danse ».

La danse est comme un poème ininscrit, ou détracé. Et la danse est aussi comme une danse sans danse, une danse dédansée. Ce qui se prononce ici est la dimension soustractive de la pensée. Toute pensée véritable est soustraite au savoir où elle se constitue.

La danse est métaphore de la pensée précisément en ceci qu’elle indique par les moyens du corps qu’une pensée dans la forme de son surgissement événementiel est soustraite à toute préexistence du savoir.

La danse est donc « poème dégagé de tout appareil du scribe »…

Alain Badiou repère également une autre phrase tout aussi essentielle de Mallarmé, phrase qui nous renvoie à la question de l’espace :  « La danse seule me paraît nécessiter un espace réel ». Badiou développe : « La danse est le seul des arts qui soit contraint à l’espace. (…) Elle intègre l’espace dans son essence. Elle est la seule figure de la pensée qui le fait, en sorte qu’on pourrait soutenir que la danse symbolise l’espacement de la pensée. A ce point d’ailleurs qu’elle n’a pas besoin de décor. La danse est le site, tel quel. Elle exige l’espace, l’espacement, rien d’autre« .

À partir de cette notion d’espacement, nous pouvons dès lors nous laisser guider par Jean-François Chevrier, le commissaire de cette exposition ayant eu lieu en 2005 à Nantes et dont l’intitulé était… « l’Action restreinte ».

T00833_7Braque : La mandore 

L’idée était d’interroger l’art moderne à la lumière de la poétique mallarméenne. Tout a commencé avec la découverte d’un tableau de Braque intitulé  La Mandore  , peint en 1909, faisant écho à un sonnet de Mallarmé :  une dentelle s’abolit.

L’action restreinte  est le titre d’un essai publié par Mallarmé dans un recueil de 1897 intitulé Divagations. Pressé par le sentiment d’urgence que ses amis éprouvaient face à l’actualité politique et sociale, Mallarmé se pose la question de la poésie comme outil d’action. La question suppose que la poésie n’est pas seulement contemplative.

Elle est bien une action mais RÉDUITE aux moyens de l’écriture : au langage, aux mots, à la lettre, à la page et à l’espace du livre comme « instrument spirituel ».

Le « coup de dés », ce poème qui a eu le plus d’échos dans les avant-gardes du 20ème siècle, nous entraîne au cœur de l’idée d’espacement.

mallarmé. un coup de dés 01Mallarmé : Un coup de dés 

Avec Le coup de Dés, l’image sublime des constellations se dessine dans l’ « espacement » du poème, mais celui-ci s’inscrit encore sur la page. Or, Mallarmé écrit que  « rien n’aura eu lieu que le lieu, excepté peut-être une constellation »  dont il pense qu’elle est située «  aussi loin qu’un endroit fusionne avec l’au-delà ». La constellation est encore une image du suspens.  Il y a ici une dialectique du lieu et de l’espace. La pensée du lieu tend au hiératique (…) mais l’espace ouvre les lieux, il permet de les traverser. Le suspens est l’image d’un lieu « espacé ».

Avec  Un Coup de dés, au seuil du XXè siècle, la question du hasard devient un principe poétique et cosmogonique. Le sujet parlant s’interroge sur lui-même, doute de sa maîtrise, cherche l’occasion d’une réponse imprévisible. Mais le recours au hasard ne peut-être un procédé mallarméen que s’il participe d’une expérience réfléchie des limites de la composition.

La découverte d’un texte dont les mots eux-mêmes sont espacés les uns des autres, fait plonger directement dans la question de la discontinuité.

Pierre Reverdy a dit de lui : « L’effort de Mallarmé fut énormément dans la syntaxe ».

De son côté, Jean François Chevrier précise : « La syntaxe n’est pas la métrique, c’est le discontinu, les rapports lointains, accélérés, les raccourcis analogues à des syncopes« .

L’espace moderne est celui du discontinu :

Cette notion nous amène à rappeler ici qu’au lendemain d’un deuil des dernières illusions romantiques et baudelairiennes, la poétique mallarméenne part du constat de la mort de Dieu.

Penseur athée, Mallarmé a intégré la liberté anarchique de l’individualisme moderne.

Les discontinuités sont autant d’articulations qui ne cherchent pas à produire une vision globale.

Artaud écrit dans une note en 1933 : « Dans Mallarmé, il y a l’esthétique d’une poésie transcendante et de la poésie elle-même, mais tout de même il y a en clair et de façon absolument consciente et volontaire l’idée de plusieurs réalités concrètes qui se tiennent là et se présentent évoquées en même temps ».

Jean-François Chevrier conclut en nous rappelant que « ce qui perdure de Mallarmé à Duchamp, voire de Baudelaire à Jeff Wall en passant par Broodthaers, c’est la liberté anarchique de l’art opposée à la recherche d’un style collectif« .

À un style moderne qui se croit encore un temps capable de synthèse, se substitue la notion de « rythme ». Associant la poésie à la danse et à la musique, le rythme est la condition d’un espace de langage qui déborde la fixation spatiale de l’objet et la réification de l’image.

La mobilité de la lecture, mise à l’épreuve dans  Un coup de dés  manifeste le principe d’incertitude et de variation, qui caractérise l’aspect public de l’œuvre moderne. Mallarmé admet que cette relation participe de la « communication », mais il ajoute que l’œuvre, plutôt que forcer l’attention ou de supposer un public sur mesure, s’adresse « à qui veut ».

« L’espace Moderne inventé inconsciemment par Mallarmé est bien un théâtre de l’esprit, puisque sa dimension physique, matérielle s’inscrit dans une logique mentale et psychique ».

Ce théâtre de l’esprit, avec sa composante alogique, est l’espace du langage, de la dispersion et de la fragmentation, dont procèdent les pulsions. C’est en cela qu’il est moderne. L’espace moderne est un espace autre.

Au fil du 20ème siècle, toute une constellation d’artistes se reconnaîtront de Mallarmé, ou se placeront en réaction à sa pensée, mais rarement l’ignoreront…

Les courants de pensée, les courants esthétiques se succèdent : le symbolisme, le cubisme, le futurisme… en passant par  Dada ; les avant-gardes, jusqu’au structuralisme et au bricolage… Les notions de collage, de montage…l’espace du rêve et de l’inconscient…

Et puis, la libération du mot sera aussi celle du corps…

Citons simplement quelques uns de ces artistes… dans le désordre, comme il se doit !

Odilon Redon ; Georges Braque ; Paul Klee ; Hans Arp ; Vassily Kandinsky ; Adolphe Appia ; Yvonne Rainer ;  Frantisek Kupka ; Joan Miro ; Pablo Picasso ; Antonin Artaud ; Trisha Brown ;  Marcel Broothaers ; Pierre Reverdy ; Marcel Duchamp ; Man Ray ; Samuel Beckett ; John Cage ; Sol LeWitt ; Robert Rauschenberg ; Merce Cunningham  …

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