Mallarmé s’installe alors dans le nouveau Quartier de l’Europe, près de la gare Saint Lazare et du lycée Condorcet, au 4ème étage du 29 rue de Moscou.

Ce quartier, en pleine expansion, va devenir le centre de la vie parisienne de Mallarmé.

1- 29 rue de Moscou (logement de Mallarmé de 1871 à 1875)

2- Lycée Condorcet (Mallarmé y enseigne de 1871 à 1884)

3- 4 rue de Saint-Pétersbourg (Manet y a son atelier de 1872 à 1878)

4- 52 rue de Rome (logement de Mery Laurent de 1875 à 1877)

5- 89 rue de Rome (logement de Mallarmé de 1875 à 1898)

Au premier étage de ce 29 rue de Rome se trouve le cabinet dentaire du docteur Evans, un richissime américain, qui a été le dentiste et l’ami de Napoléon III et qui a installé sa maîtresse dans l’appartement situé en face à son cabinet dentaire. On dit qu’il lui donne 10 000 francs par mois (alors qu’à la même époque Mallarmé gagne 3 300 francs par an !). Celle-ci est une actrice qui n’hésite pas à jouer nue et qui passe pour avoir été la maîtresse de Victor Hugo, de Théophile Gautier, de Théodore de Banville, de François Coppée et de beaucoup d’autres.

Méry Laurent

L’écrivain irlandais Georges Moore, qui fréquentera les mardis de Mallarmé l’appelle pour cette raison « Toute la Lyre ». Elle sera, dit-on, une des modèles  d’Odette de Crécy (Mme Swann).

Il s’agit bien sûr de Mery Laurent, de son vrai nom Anne Rose Suzanne Louviot, née à Nancy en 1849 ; les mauvaises langues racontent qu’elle est la fille naturelle du maréchal François Certain de Canrobert, un des conquérants de l’Algérie et un des fossoyeurs de la Seconde République) qui la déflora quand elle avait 15 ans puis la maria à Jean-Claude Laurent. Très vite Mallarmé tombe sous le charme de cette belle rousse ; il l’aimera platoniquement (malgré lui) jusqu’à sa mort et écrira pour elle de nombreux poèmes, dont un sonnet (qui ne sera publié qu’en 1908) dont voici le premier quatrain :

O si chère de loin et proche et blanche, si

Délicieusement toi, Mary, que je songe

À quelque baume rare émané par mensonge

Sur aucun bouquetier de cristal obscurci

Le romancier Joris-Karl Huysmans écrit dans ses carnets secrets : « Dîner, ce soir avec Mery en tête-à-tête, dans son nouvel hôtel. Elle me dit, entre deux cigarettes, sa vie. Sa mère lingère chez Canrobert. Prise par lui à quinze ans, mariée par lui à un paysan qui vient de mourir lui laissant 117 000 francs. Me parle de Mallarmé, combien elle eût voulu être sa maîtresse, mais il la dégoûte par sa saleté. Parle de ses chemises de flanelle rongées, de ses plastrons. Il a couché là dans la chambre, les draps étaient noirs. La femme de chambre lève les bras au ciel. Eh bien, non, non ! Jamais – Et il se croit propre ! Je l’aime beaucoup et ce qu’il me dégoûte – Je me mettrai au feu pour lui, mais quand à ça, jamais ! – il en souffre – et il ne comprend pas- L’étrange fille ! Si bonne – mais ne rêve qu’à l’amour, qu’au coup – Ah ! Elle ne comprend plus rien d’autre. Oui dit-elle, mon petit amant de 30 ans le Docteur Fournier, je l’adore, mais ce qu’il est propre ! – il se mariera, je souffrirai, Mallarmé j’en avais pour la vie et c’est impossible – Ce petit vient, le matin à 6 heures ; Avant elle est passée dans sa baignoire, l’attend pour prendre le thé, dans son lit. Cela explique comment elle se couche si tôt. La vie de Mallarmé qui a assisté au début de la liaison avec Fournier subit le supplice de Tantale, car il l’adore et est engueulé chez lui par sa femme qui ne doute pas qu’il la trompe ! »

Méry Laurent par Manet

Laissez un commentaire

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> 
requis