C’est après la mort d’Anatole, à partir de 1880, que Mallarmé commence à recevoir rue de Rome, le mardi ; la plupart des écrivains et des artistes de cette époque fréquenteront ces mardis dont Henri de Régnier a donné une description : « On était là peu ou beaucoup, souvent tout ce que la petite salle pouvait contenir entre les murs ornés de tableaux de choix, le long d’un haut buffet ciselé de sculptures paysannes où brillaient des étains et des poteries, autour de la table que dominait la douce lumière d’une lampe et sur laquelle gisaient un livre, un encrier de laque rouge, un bol de porcelaine de Chine ou du tabac. […] Peu à peu l’échange préparatoire des propos se taisait à la parole attendue, et on écoutait la souple et fine voix dessiner le contour de l’Idée ».

Henri de Régnier

Un disciple de Mallarmé : le poète Camille Mauclair a laissé, lui aussi, une description de l’appartement (et de Mallarmé) dans Mallarmé chez lui (1935) : « Un mardi de mai 1891, je me présentai donc, en compagnie de Louÿs, à l’appartement du poète, 89 rue de Rome, où il recevait de neuf heures à minuit (…) ; à la vérité, il était des plus modestes, au quatrième étage d’une maison banalement bourgeoise. Ce fut Mallarmé lui-même qui vint nous ouvrir et, après une antichambre exiguë, nous introduisit dans une pièce tenant lieu tout ensemble de salon et de salle à manger ( …) aux murs, quelques très belles choses : un paysage de rivière de Claude Monet, une esquisse d’Édouard Manet représentant Hamlet et le Spectre sur la terrasse d’Elseneur, une eau-forte de Whistler, le petit portrait de Mallarmé par Manet qui est maintenant au musée du Louvre, une aquarelle de Berthe Morisot et un pastel de fleurs d’Odilon Redon (…) ; sur un vaisselier, il y avait un plâtre de Rodin représentant une nymphe nue saisie par un faune et une bûche de bois orangé où Paul Gauguin avait sculpté un profil de Maori dont Mallarmé, pour me taquiner, affirmait qu’il me ressemblait. ( …). C’était un homme de taille moyenne (…). Il gardait, pour recevoir, d’épais chaussons de laine, et, comme il était très frileux, il avait presque toujours sur les épaules un plaid quadrillé. Cela ne l’empêchait point de s’adosser au poêle, et il restait debout toute la soirée, fumant sa pipe favorite au fourneau de terre rouge et au tuyau fait d’un os d’oie. Il n’eût offert que l’aspect d’un petit bourgeois vieillissant – il avait alors quarante-huit ans et paraissait beaucoup plus âgé – sans l’expression saisissante de son regard. Des cheveux grisonnants coupés en brosse, une barbe grise, courte et pointue, sous une moustache épaisse, des oreilles faunesques. »

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