C’est également dans ces années 1890 que le journaliste et poète Charles Morice qui travaille pour la revue Lutèce où fut publiée la première série des Poètes maudits amène Gauguin à un mardi.

Dans une misère noire et projetant de partir pour Tahiti, Paul Gauguin organise début 1891 une vente aux enchères de ses tableaux.

Un banquet est donné par ses amis au café Voltaire le 23 mars 1891. C’est juste avant de partir pour Tahiti que Gauguin réalise une eau-forte de Mallarmé avec, derrière la tête du poète, le corbeau, qui fait évidemment référence au poème d’Edgar Poe, que Mallarmé a traduit et publié (avec des illustrations de Manet) en 1875.

Comme le dit Gustave Kahn dans Symbolistes et décadents : « cela cotait d’être invité aux mardis de Mallarmé  » et ces soirées étaient égayées par la présence de Geneviève « fine, élancée, blonde et pâle (ressemblant) à une héroïne d’Edgar Poe que guette une destinée mystérieuse  » ainsi que l’écrit Gabriel Mourey.

Geneviève en 1891 (photographie de Paul Nadar)

L’année suivante, c’est au tour de Renoir de peindre Mallarmé. C’est dans le salon de Manet que Mallarmé et Renoir se rencontrent, comme l’atteste Julie Manet dans le Journal qu’elle commence à 14 ans (en 1893) et qui écrit : « Le peintre plein d’esprit (Renoir) et le charmant poète (Mallarmé) causent ensemble comme ils l’ont souvent fait à la maison ces jeudis soirs dans le haut salon rose où ceux qui recevaient étaient dans leur propre création entourés de tout ce qu’ils aimaient, entourés d’amis délicieux. »

Julie Manet (1878-1966), est la fille d’Eugène Manet, le frère d’Édouard Manet, et de Berthe Morisot, que Mallarmé fréquente régulièrement et chez qui il prononce en 1890 la célèbre conférence (avec laquelle il vient de faire une tournée en Belgique) sur Villiers de l’Isle-Adam.

Mallarmé deviendra le subrogé-tuteur de Julie après la mort d’Eugène Manet en 1892 et son tuteur après la mort de Berthe Morisot en 1895 ; elle épousera en 1900 Ernest Rouart, peintre et polytechnicien, ami de Degas et frère de Louis Rouart, le grand père de l’académicien Jean-Marie Rouart. Au cours de la même cérémonie, sa cousine Jeannie Gobillard (1877-1970), nièce de Berthe Morisot, épouse Paul Valéry. Paule, Jeannie et Marcel Gobillard étaient les enfants de la sœur aînée de Berthe Morisot, qui deviendra leur tutrice après la mort de sa sœur, en 1893 ; Mallarmé hérite de cette fonction après la mort de Berthe.

Comme beaucoup Renoir fut très affecté par la mort brutale et prématurée de Mallarmé et c’est lui qui, échauffé par le repas et les boissons, déclara alors : « On n’enterre pas Mallarmé tous les jours… ».

Mais ce portrait de Renoir ne plut pas à Mallarmé qui, dit-il dans sa correspondance, se trouve : « un air de financier cossu ».

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