À partir de L’Île-Bouchard, la ligne traversait de nouveau la Vienne et suivait la rive droite de la Vienne, malgré les pétitions des habitants de l’autre rive, qui auraient souhaité que les trains passent par Parçay-sur-Vienne et Ports-sur-Vienne pour rejoindre Port-de-Piles, mais il est probable que l’influence du marquis de Quinemont, ancien maire de Crouzilles et propriétaire de l’usine de Paviers, fut prépondérante et permit que la ligne desservît son usine.

Après la gare de L’Île-Bouchard, les voies traversaient la D110 au PN47 puis la D18 au PN48 et la ligne, qui faisait alors un large S, était construite sur une levée de terre car toute cette zone, de part et d’autre de la Vienne, était inondable.

Dans toute cette région, les voies ont été démontées et l’ancienne ligne est devenu un chemin piétonnier, qui va jusqu’à Mougon et qui traverse la Vienne sur l’ancien pont métallique de la SNCF.

Ancien pont de L’Île-Bouchard (nov. 2013)

Après ce pont, la ligne arrivait au PN49, construit au bord de la levée de terre, qui traversait la D760 allant de Chinon à Sainte-Maure-de-Touraine et qui existait encore il y a une vingtaine d’années, obligeant les automobilistes à passer sur un important dos d’âne.

Ancien PN49 (nov. 2013)

Peu après la ligne passait à côté du Ponceau, manoir édifié au 16ème siècle, qui appartint à Pierre Périllau, mort en 1623 et  « ministre de l’église réformée », c’est-à-dire pasteur protestant ; près du portail de ce manoir, il y a plusieurs marques de crue, dont celle de 1792, à 2 mètres du sol.

Ancien pont sur la vallée du Ponceau (nov. 2013)

La voie passait de nouveau sur un petit pont métallique puis sur un pont de pierre, construit sur le ruisseau du Ponceau, avant d’arriver à la gare de Crouzilles, qui est maintenant une habitation privée.

Ancienne gare de Crouzilles (nov. 2013)

À la fin du 19ème siècle, l’état eut le projet de raccorder Crouzilles à Azay-le-Rideau, où passait la ligne Tours-Chinon ; cette voie, déclarée d’utilité publique en 1878, devait desservir le camp militaire du Ruchard, où il y aurait eu une gare ; les trains se seraient aussi arrêtés à la gare d’Avon-les-Roches et il y aurait eu une halte à la Chapelle-Sainte-Blaise (commune de Cheillé).

Projet pour la dérivation du Ruchard

Les études furent complètes, y compris le métré, qui consistait à quantifier tous les éléments de la ligne et le terrassement commença, aux abords de la station de Crouzilles, sur une longueur de près de 800 mètres.

Mais finalement le ministère des Travaux Publics décida en 1908 de ne pas construire cette ligne, malgré les vœux du conseil d’arrondissement de Chinon et du Conseil Général, sans doute parce que la dépense, pour cette ligne de 18,2 km, évaluée à 2,7 millions de francs (soit 9,5 millions d’euros 2013), fut jugée excessive, d’autant plus que le commandant du camp du Ruchard estima que le nombre de déplacements, en hommes et en matériel, au départ de Tours ne justifiait pas cette construction.

Crouzilles : PN51 (nov.2013)

Après la gare de Crouzilles, la ligne passait au PN50 dit Méligrette puis dans le centre du village, où il y avait le PN51, et traversait de nouveau la D760 au PN52 avant d’arriver à Mougon.

Cette ancienne commune, qui fait aujourd’hui partie de Crouzilles, fut, à l’époque gallo-romaine, une importante agglomération, appelée Mediconnum, toponyme issu de Medos, dieu celtique du vin ; en effet des vignes existaient dans la région dès le 1er siècle après JC et des amphores destinées à transporter le vin étaient fabriquées à Mougon, qui était un grand centre de production de poteries et où une quarantaine de fours de potiers ont été découverts.

Poteries de Mougon (photo PCIL)

Quatre de ces amphores portent le nom de Sacrovir, qui était peut-être l’un des premiers producteurs de vin de Chinon !

À Mougon, la ligne traversait la rue de l’église au PN53 puis arrivait à l’usine de Paviers, (aujourd’hui usine Parexlanko), créée en 1844, pour fabriquer de la chaux hydraulique, vers laquelle une dérivation se dirigeait.

Ancienne voie en direction de l’usine Parexlanko (nov. 2013)

Après l’usine de Paviers, la voie arrivait sur la commune de Trogues ; elle passait sous un grand pont construit pour assurer l’accès au chemin conduisant au bord de la Vienne puis arrivait à la gare de Trogues, petite commune autrefois importante grâce à ses fours à chaux ; six fours à chaux y furent construits entre 1858 et 1893 près du site de la Rolandière, où il y avait de vastes carrières de calcaire ; en 1901 on installa une machine à vapeur et on construisit une haute cheminée, qui est toujours debout malgré son air penché ; ces fours fonctionnèrent jusqu’en 1953.

Ancienne gare de Trogues (nov. 2013)

La gare est aujourd’hui une habitation privée mais sur la façade une pancarte annonce toujours : « La distribution des billets commence au plus tard 15 minutes avant l’heure réglementaire du départ du train ; elle cesse au plus tôt 3 minutes avant l’heure réglementaire du départ du train. »

Après la gare, la voie se dédoublait et une bifurcation permettait aux trains d’aller près des fours à chaux pour y être chargés. Les deux voies passaient sur un pont métallique au PK 38,161  et sous ce pont, comme sous tous les ponts de ce genre, un panneau indique un numéro de téléphone où il faut appeler d’urgence si on est « témoin du heurt de ce pont par un véhicule routier » ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce numéro fonctionne toujours et est celui de la gare SNCF de Saint-Pierre-des-corps !

Pont du PK 38+161 (nov. 2013)

Peu après on arrive au PN56, situé au PK 39,076 sur la route allant de Trogues à Pouzay et appelé la Martinière. En effet, près de là, une petite route conduit à La Martinière, dite autrefois, pour la distinguer de la Haute Martinière, la Petite Martinière, dont une tour défensive a été transformée en pigeonnier sans toit, puis à la Rollandière, ancien château du 16ème siècle dont il  reste une tour circulaire ; le château actuel, où l’on peut louer des chambres d’hôte, a été construit ex nihilo entre 1880 et 1882 par Edmond Wolff[1].

Trogues : la Petite Martinière (avril 2013)

Les divers signaux de ce passage-à-niveau ont été installés lorsque les barrières ont été automatisées.

450 mètres plus loin, le PN57 a été aménagé sur la route conduisant à la Thibaudière, ancienne ferme du 18ème siècle et à Beauvais, où subsistent plusieurs maisons du 15ème siècle.

La maisonnette du garde de ce passage à niveau possède toutes les caractéristiques de ces petites maisons : remise, jardin, puits et cabinet d’aisance éloigné de la maison.

Trogues : PN57 (nov. 2013)

La voie croisait ensuite, avec un passage-à-niveau non gardé (PN58), un chemin servant de limite entre Trogues et Pouzay. Ce chemin conduit à Profond Fossé, qui est le manoir le plus ancien de la région, car sa construction remonte au début du 15ème siècle ; Il y avait là, dit-on, un grenier à sel.

Trogues : Profond Fossé (avril 2013)

Sur la commune de Pouzay, la voie croisait d’abord, au PN59, un chemin conduisant à la Buvinière ; il y avait là une maison de garde-barrière qui a complètement disparu ! Puis elle passait sur un pont métallique au-dessus d’un chemin conduisant au Marais, où subsiste un beau pigeonnier du 17ème siècle, contenant 900 boulins avant d’arriver au PN60 et à la gare de Pouzay.

Ancienne gare de Pouzay (carte postale)

La maison du garde du passage-à-niveau 60, qui traverse la D58, allant de Pouzay à Noyant-de-Touraine, a été largement transformée et agrandie comme celle du PN61, sur la rue des Trois Moulins (voir Annexe).

Ancienne gare de Pouzay (carte postale)

Quant à la gare de Pouzay, aujourd’hui habitation privée, son souvenir demeure sur de nombreuses cartes postales, que j’ai pu voir et photographier dans le café-épicerie Chez Jacqueline (2 place de l’église).

Ancienne gare de Pouzay (nov. 2013)

Après la gare de Pouzay, la voie croisait la D109, allant de Pouzay à La Celle-Saint-Avant, au PN62, toujours habité par l’ancienne garde-barrière puis traversait, au PN63, autrefois gardé mais dont la maison de garde a été détruite, une petite route conduisant à Chenevelles, hameau à cheval sur Pouzay et Nouâtre, près duquel se trouvaient le dolmen de la Pierre Levée ainsi que l’ancienne villa gallo-romaine de Soulangé ; c’était un vaste domaine campagnard (villa rustica) avec des constructions : grande maison de maître, logements pour les intendants et les esclaves, bâtiments agricoles, qui s’étendaient sur vingt hectares et allaient jusqu’à la Vienne, où il y avait un gué permettant de rejoindre les Mariaux (commune de Marcilly-sur-Vienne).

PN63 et, au fond, l’emplacement de l’ancienne villa de Soulangé (nov. 2013)

Il est possible que ce domaine ait ensuite appartenu à l’évêché de Tours et que cette résidence ait été occupée, au 6ème siècle, par le poète latin Venance Fortunat qui, dans deux de ses poèmes, parle d’une villa près de la Vienne, où Grégoire de Tours l’hébergea.

C’est là aussi que la voie ferrée croisait la grande voie gallo-romaine allant d’Espagne en Belgique via Poitiers, Tours et Le Mans avant d’arriver au PN 64, non gardé de Talvois, qui se trouve maintenant dans la zone industrielle de Nouâtre.

On arrivait ensuite à l’important PN 65 aménagé sur la D108, allant de Nouâtre à Sainte-Maure-de-Touraine.

À ce niveau une bifurcation fut ensuite installée pour permettre aux trains d’entrer dans le camp militaire ayant pris la suite du camp de prisonniers aménagé en 1917 pour faire travailler les soldats allemands dans les fermes privées des hommes partis à la guerre.

Nouâtre : entrée du camp militaire (sept. 2013)

Chantal B., qui habite toujours la maisonnette du PN 65, avait remplacé sa belle-mère : Marcelle B. qui avait été garde-barrière pendant 30 ans ; elle-même fut garde-barrière de 1979 à 1989 ; par la suite des barrières automatiques furent installées jusqu’à l’arrêt de la circulation mais comme elles continuaient à fonctionner quand un plaisantin bloquait les automobiles en appuyant sur les pédales situées à 800 m. avant et après le passage-à-niveau, ces barrières automatiques furent démontées. Marcelle B. tenait aussi un café dans la maisonnette car à cet endroit le train manœuvrait pour entrer ou sortir du camp militaire.

Ce camp, qui n’existait pas au moment de la construction de la voie, a entraîné la disparition du PN 66, qui se trouvait sur le chemin rural n° 13, allant de Nouâtre à Maillé (actuelle rue des grelets), comme le montre la carte ci-dessous.

Les trains qui étaient entrés dans le camp au PN 65 pouvaient sortir au PN 67, qui était gardé mais dont, pendant un temps, les barrières furent commandées à partir du PN65 au grand dam des habitants du village ; près de ce PN67, on peut encore voir un ancien aiguillage ou aiguille à bifurcation, comme on disait alors.

Ancien aiguillage au PN67 (sept. 2013)

Peu après les trains arrivaient à la gare de Nouâtre-Maillé ; on a du mal à imaginer aujourd’hui que le simple dépôt d’une boîte-à-lettres près de cette gare, fait par la commune de Maillé, entraîna les  récriminations de cette dernière commune dans un important courrier à destination de la mairie de Nouâtre.

Gare de Nouâtre-Maillé (carte postale)

Près de la gare, une grande maison isolée était un hôtel mais les voyageurs ne devaient pas être très nombreux car le dernier propriétaire : François Gautron (1853-1930), fit faillite et émigra au Canada ; il avait épousé Jeanne Duchesne (1853-1943), fille de Pierre-Étienne Duchesne (1824-1905), qui fut maire de Nouâtre de 1876 à 1888.

Ancienne gare de Nouâtre-Maillé (sept. 2013)

Nouâtre fut d’abord une agglomération gallo-romaine, située sur la voie Poitiers-Tours et de nombreuses poteries ainsi que des moules prouvant qu’il y avait des fours de potiers ont été trouvés ; les photographies aériennes ont montré la présence de murs dans le village même ainsi que d’exploitations agricoles dans les environs. Cette agglomération se développa du fait de l’existence d’un port qui accueillait les bateaux pouvant aller de Nantes à Poitiers en remontant la Loire, la Vienne et le Clain, ainsi que d’un gué permettant de traverser la rivière et d’aller vers les voies rejoignant Candes ou Loudun. Grâce à ce gué et à ce port, Nouâtre, où Foulques Nerra avait fait construire un château, dont les ruines se mirent toujours dans la Vienne, devint au 15ème siècle une « ville » dont le seigneur était Jean du Fou, chambellan de Louis XI.

Château et église de Nouâtre (oct. 2013)

La voie passait ensuite à côté du château de la Tourballière, commune de La Celle-Saint-Avant, où restent l’ancien château du 15ème siècle, sous lequel existe un important souterrain refuge, ainsi que les ruines du nouveau château, construit par le comte Paul Hippolyte de Murat (né en 1768 à Périgny-en-Aunis), gendre de Marc-René-Marie de Voyer de Paulmy d’Argenson, petit-fils de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy d’Argenson, ministre de la guerre de Louis XV.

Château de la Tourballière (sept. 2013)

La voie arrivait ensuite aux Maisons Rouges, commune de Nouâtre, où une base de travaux est en cours d’aménagement pour la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux. Cette base de travaux sera permanente et servira plus tard à l’entretien de cette ligne.

Base de travaux de la LGV (sept. 2013)

La portion de l’ancienne voie allant des Maisons Rouges à Port-de-Piles a été réhabilitée pour les besoins de cette base.

Peu après, l’ancienne voie rejoignait la ligne Paris-Bordeaux, juste avant la gare de Port-de-Piles, qui, en fait, se trouve au Corps de garde, sur la commune de La Celle-Saint-Avant.

Voie réhabilitée (sept. 2013)

En attendant la fin de la construction de la LGV, prévue pour 2017, cette ligne Paris-Bordeaux est utilisée par les TGV.

Gare de Port-de-Piles (carte postale)

De la gare de Port-de-Piles, on pouvait donc prendre le train pour Paris ou pour Bordeaux mais il existait aussi une ligne de 66,400 km, aujourd’hui désaffectée, qui permettait de rejoindre Le Blanc (dans l’Indre) via Descartes, Preuilly-sur-Claise et Tournon-Saint-Martin.

Gare de Port-de-Piles (oct. 2013)

 


[1] Originaire d’Alsace, Edmond Wolff s’installa en Touraine après l’annexion de ce département par la Prusse ; il fut directeur de l’école de médecine de Tours et maire de Trogues ; son petit-fils Jean Wolff, né en 1905 dans le château de la Rollandière, fut évêque à Madagascar, de 1941 à 1967.

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