À Port-Boulet passait déjà la ligne allant de Tours à Nantes, qui fut aménagée entre 1848 et 1851 et qui fonctionne toujours.

Plus tard, en 1885, de là fut construit la ligne Port-Boulet/Château-Renault via Château-la-Vallière, surnommée la ligne du Pain Sec, à cause de sa lenteur, le pain, frais au départ, étant sec à l’arrivée.

Cette dernière appartenait à la Compagnie des chemins de fer départementaux (C.F.D, réseau nord d’Indre-et-Loire) et était une ligne à voie métrique.

Gare de Port-Boulet (oct. 2013)

La plus grande partie de Port-Boulet est située sur la commune de Chouzé-sur-Loire, où se trouve le château des Réaux, très près de la gare de Port-Boulet ; il y eut d’abord à cet endroit un château-fort appelé le Plessis-Rideau, qui était en ruines lorsqu’il fut acquis, au 15ème siècle, par Jean Briçonnet, conseiller de Louis XI et premier maire de Tours ; il fut ensuite reconstruit tel qu’il est aujourd’hui puis prit le nom des Réaux après avoir été acquis en 1651 par l’écrivain Gédéon Tallemant des Réaux, connu surtout pour ses historiettes, racontant les dessous de la vie de cour au 17ème siècle.

Châteaux des Réaux

Cependant une petite portion de cet important lieu-dit traversé par la D749, venant de Chinon et conduisant à l’autoroute A85 (Vierzon-Nantes) puis à Bourgueil, fait partie de la commune de La Chapelle-sur-Loire.

Les voyageurs qui voulaient emprunter cette ligne à Port-Boulet prenaient le train de l’autre côté de la gare où l’on accédait par la rue des Réaux, comme le montre une ancienne carte postale, où l’on distingue des personnes en face du bâtiment des voyageurs (voir photo ci-dessous)

Gare de Port-Boulet

Bourgueil demanda, en vain, la construction d’une passerelle qui aurait évité un long détour aux voyageurs venant de cette commune.

Après la gare, la ligne passait sous la route qui allait de Chinon à Bourgueil puis faisait un grand arc de cercle pour rejoindre le pont sur la Loire en passant par le PN1 (actuellement 21 rue de la Jacquelinière) et le PN2 qui permettait à la voie de traverser l’actuelle D952, ancienne nationale suivant la rive droite de la Loire.

Ce pont sur la Loire, construit en 1874 pour remplacer le pont suspendu détruit pendant la guerre de 1870, fut élargi de 4 mètres pour permettre le passage de la voie ferrée.

Pont sur la Loire (carte postale)

Après avoir traversé la Loire, la ligne arrivait sur la commune d’Avoine aujourd’hui complètement transformée par la construction de la centrale, dite de Chinon, première centrale nucléaire de France, construite en 1963 ainsi que par les aménagements urbains, réalisés grâce aux ressources apportées à la commune par cette installation.

Ancienne gare d’Avoine (carte postale)

C’est ainsi que la gare, construite après du PN9, et plusieurs passages-à-niveau ont complètement disparu. Cette gare était à cheval sur les communes d’Avoine et de Beaumont, entre les quartiers de la Villette et de la Baronnerie (voir plan ci-dessous).

La presse de l’époque relate plusieurs accidents qui ont eu lieu dans la région. C’est ainsi qu’en novembre 1912, un homme de 71 ans, trompé par l’obscurité, fut écrasé au PN11 entre Avoine et Chinon ; qu’en février 1924, le train en provenance d’Avoine et en direction de Chinon percuta la charrette d’un laitier au PN de la Croix-Bazouille : le cheval fut tué mais le laitier ne fut que légèrement blessé ; qu’en septembre 1937, un cultivateur de Beaumont se jeta devant la locomotive du train venant de Chinon, 500 m. avant la gare d’Avoine, et fut tué sur le coup. Merci à M. Pierre Acier, d’Avoine, qui m’a communiqué ces renseignements.

Le train traversait alors cette riche région du Véron, située entre la Loire et la Vienne, où, selon la tradition, se serait réfugiée une partie des Maures vaincus lors de la 3ème « bataille de Poitiers », qui se serait déroulée près de Sainte-Maure-de-Touraine.

Dans toute cette région, les rails ont été enlevés après la seconde guerre mondiale et il ne reste plus, dans le paysage, que des traces de cette voie ainsi qu’une maisonnette de garde-barrière, à l’entrée de Chinon, à droite de la rue des Grésillons, qui était longée par cette voie ; c’était le PN16. Les trains passaient au niveau des boîtes à lettres actuelles de la maisonnette.

PN16 (sept. 2013)

À l’entrée de Chinon, la voie Port-Boulet/Port-de-Piles rejoignait la voie venant de Tours, juste avant un tunnel de 920 mètres qui permettait aux trains de traverser Chinon, avant d’arriver à la gare.

En août 2010, un camion mixte, capable de rouler sur route et sur rail, a pris feu dans ce tunnel et 70 pompiers ont dû être mobilisés pour venir à bout du sinistre.

Sortie du tunnel de Chinon en 1966

Plusieurs bouches d’aération permettaient de ventiler le tunnel, enfoui profondément sous terre ; ces bouches d’aération étaient doubles et on peut encore voir quelques-unes dans le quartier des Hucherolles notamment.

Sortie du tunnel de Chinon en 2013 (sept.)

Après ce tunnel les voies passaient sur le pont de Bessé, qui tire son nom d’une ancienne villa gallo-romaine qui se trouvait dans les environs.

Chinon : bouche d’aération du tunnel dans le quartier des Hucherolles (nov. 2013)

Après le pont de Bessé, les trains arrivaient en gare de Chinon. La gare actuelle a été mise en service en 1887. En 2005, la façade a été décorée par une œuvre lumineuse de François Morellet.

Chinon : Pont de Bessé (nov. 2013)

Chinon est connu par son vaste promontoire de tuffeau, aux flancs creusés de profondes grottes, qui a sans doute été occupé depuis les temps les plus reculés mais les preuves matérielles manquent et les premières traces tangibles sont celles d’une forteresse gauloise, entourée de fossés, à l’emplacement du fort Saint-Georges, où une grande épée et un beau vase gaulois ont été découverts (actuellement au musée du château).

Arrivée en gare de Chinon (nov. 2013)

Cette forteresse fut occupée par les Romains, qui, à la fin de l’empire, aménagèrent à la hâte un camp fortifié, comme le montrent les blocs de pierre récupérés sur les constructions précédentes : c’est le castrum Cainonense mentionné par Grégoire de Tours, qui fut pris par les Wisigoths puis assiégé, en 446 par le général romain Aegidius ; c’est pendant ce siège, alors que l’unique puits avait été asséché par les Romains, qu’aurait éclaté l’orage provoqué par les prières de saint Mexme.

Une vingtaine de mètres des remparts de ce castrum ont été découverts en 2009. Saint Brice y fonda en 425 l’église Saint-Martin, dont l’abside peut être vue rue du coteau Saint-Martin. Les Wisigoths resteront à Chinon jusqu’en 507, date de la bataille de Vouillé, dans la Vienne, où Clovis tua Alaric II et s’empara de ses territoires. 

Gare de Chinon (déc. 2013)

Le château actuel, édifié par Henri II Plantagenêt et par son fils Richard Cœur de Lion, remplaça un premier château construit par Thibaud le Tricheur. Conquis en 1205 par Philippe-Auguste, il appartint dès lors à la couronne de France et c’est dans une salle de ce château que, selon la tradition, Jeanne d’Arc rencontra Charles VII en 1429.

Comme nous l’avons vu, la portion entre Port-Boulet et Chinon fut désaffectée après la seconde guerre mondiale ; elle est aujourd’hui remplacée par un service d’autocars, qui mettent sensiblement le même temps : 25 mn pour les cars contre 30 mn pour les trains.

 

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