Ayant la chance d’habiter dans le sud de la Touraine, au bord de la Vienne, j’ai voulu faire revivre l’ancienne voie ferrée qui allait de Port-Boulet à Port-de-Piles et sur laquelle j’ai vu les trains circuler quand j’étais enfant.

En parcourant le terrain, je me suis aperçu que cette ligne était encore fortement présente dans le paysage et que ses traces étaient nombreuses : anciennes voies, rails, signaux, ponts, aiguillages, barrières, gares, maisons de garde-barrière, etc.

Ce sont ces traces que je présente dans les pages suivantes.

Locomotive à vapeur du type 120

J’ai aussi été aidé par une documentation importante et mes remerciements vont à :

La SNCF, qui m’a permis d’accéder à ses archives.

L’Association pour l’histoire des chemins de fer (AHICF) qui m’a transmis un extrait de Trains oubliés de José BANAUDO (volume 4, 1982) ainsi qu’un article de Bruno CARRIÈRE paru dans La vie du rail, n° 1801, du 9 juillet 1981.

Le site Les Trains de l’histoire dont le forum, très animé, m’a fourni de nombreux renseignements et documents ;

voir http://www. histoire.trains-en-vadrouille.com.

Merci aussi à Jacky Duvigneau, qui m’a fait part de ses conseils, qui m’a souvent accompagné sur le terrain et qui a bien voulu relire ce travail.

Cette voie ferrée, longue de 52,200 km ou 52+200 en langage SNCF, reliait Port-Boulet (commune de Chouzé-sur-Loire, en Indre-et-Loire), où passait la ligne Paris-Nantes via Tours, à Port-de-Piles, où passait la ligne Paris-Bordeaux ; cette commune se trouve dans la Vienne mais sa gare est située au Corps-de-Garde, sur la commune de La Celle-Saint-Avant, en Indre-et-Loire.

Au départ, on parlait de la ligne de Port-de-Piles à Port-Boulet car celle-ci, qui appartenait à l’état, fut construite dans le cadre d’un projet de liaison directe de Montluçon à Nantes mais comme elle fut mise en service, d’abord, en 1882, pour la portion de Port-Boulet à L’Île-Bouchard puis, en 1885, pour la portion de L’Île-Bouchard à Port-de-Piles, on finit par l’appeler la ligne de Port-Boulet à Port-de-Piles. D’autant plus que, contrairement aux prévisions de l’état, elle ne joua qu’un rôle local, car elle était isolée, les autres lignes appartenant à la compagnie privée du chemin de fer de Paris à Orléans (P.O.).

En 1884 une dérivation partant de la gare de Ligré-Rivière permit de relier Chinon à Richelieu.

Une partie de cette ligne fut construite sous la direction de Louis Goury du Roslan, ingénieur des Ponts et Chaussées, fils du baron Célian Goury du Roslan, ministre de Louis-Philippe et petit-fils de Jean-Sébastien Goury des Tuileries, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, député sous Louis-Philippe. Louis Goury du Roslan épousa en 1892 Suzanne Élise Hachette, fille de l’éditeur Louis Hachette.

Il y avait à l’origine trois trains par jour, puis deux trains par jour pendant la première guerre mondiale ; en 1938, au moment de la nationalisation des chemins de fer, un seul omnibus reliait les deux extrémités de la ligne et le service-voyageurs fut supprimé en 1939.

Après la seconde guerre mondiale, le pont sur la Loire ayant été détruit, le tronçon allant de Port-Boulet à Chinon fut abandonné mais des trains de marchandises continuèrent à circuler, d’abord entre Chinon et Port-de-Piles, puis, après 1977, entre L’Île-Bouchard ou Trogues et Port-de-Piles.

Locomotive à vapeur 030T5 (1910)

La circulation des trains arrêta complètement en 1992.

En 1936, époque où il y avait de nouveau trois trains par jour, le trajet entre Port-Boulet et Port-de-Piles durait 1h.53 ; le premier train partait de Port-de-Piles à 5h.45 et arrivait à Port-Boulet à 7h.38 ; un autre partait de Port-Boulet à 7h.16 et arrivait à Port-de-Piles à 9h.09.

À la même époque, il y avait quatre liaisons entre Chinon et Richelieu plus une liaison en 3ème classe seulement, pour un train de marchandises, et le trajet durait 45 mn.

En 2012, la portion entre Les Maisons Rouges à Nouâtre et Port-de-Piles a été réhabilité pour les besoins de la construction de la Ligne à Grande Vitesse entre Tours et Bordeaux ; elle sera utilisée jusqu’en 2017 pour acheminer des matériaux sur la base de Nouâtre puis pour la maintenance de la LGV mais le trafic sera alors très occasionnel.

En septembre 2013, le Conseil d’administration de Réseau Ferré de France a décidé la fermeture de la section entre le PK 36,390 (entre Crouzilles et Trogues) et le PK 50,885 (après Nouâtre). Les rails vont probablement être démontés pour que le chemin, qui va déjà de L’Île-Bouchard à Crouzilles, puisse être continué.

Locomotive à vapeur 141C100 (1922)

Les ouvriers du bâtiment bénéficiaient du demi-tarif, en 3ème classe, du 1er mars au 1er octobre et les ouvriers agricoles, du 1er juin au 31 octobre, à condition d’effectuer un parcours aller-retour de 60 km au minimum ; en fait ces personnes payaient tarif plein à l’aller et avaient une place gratuite au retour ; il fallait pour cela avoir une attestation du maire de la commune.

Tout au long de cette ligne, il y avait 73 passages-à-niveau (PN) ; la moitié environ était des passages protégés par des barrières commandées par un ou une garde-barrière habitant une maisonnette dont le pignon était au bord de la voie, l’autre moitié étant des passages à niveau non gardés. Beaucoup de ces maisonnettes ont été largement transformées  (voir Annexe).

La gestion de ces passages-à-niveau posait de nombreux problèmes aux communes. C’est ainsi que la commune d’Avoine demanda que les barrières du PN6, qui étaient ouvertes entre le passage des trains du 1er juin au 31 octobre, soient également ouvertes toute l’année ; mais cette décision aurait entraîné le changement de catégorie de ce PN, qui serait passé du niveau 3 au niveau 2 et l’obligation de construire une maison de garde ; d’où le refus du ministre des Travaux Publics !

D’autre part, dans certains cas, les barrières étaient commandées à distance au moyen de câbles métalliques, comme à Avoine, où les barrières du PN7 étaient commandées par le garde-barrière du PN8 ou à Nouâtre, où celles du PN67 dépendaient du PN65 mais comme, pour éviter des accidents, ces barrières télécommandées restaient en général presque continuellement fermées, les conseils municipaux se faisaient l’interprète de leurs administrés mécontents et prenaient des délibérations pour demander, presque toujours en vain, que ces barrières soient gardées sur place.

Un certain nombre de ces passages à niveau n’existent plus car plusieurs portions de voies ont vu disparaître leurs installations et ont été transformées en chemin mais la plupart sont encore visibles, même s’il ne reste que les rails comme à Chenevelles, entre Pouzay et Nouâtre.

Les gares, comprenant le bâtiment des voyageurs (BV) et le bâtiment des marchandises (BM), se trouvaient, après Port-Boulet, à Avoine-Beaumont (PK 6,400), Chinon (PK 14,200), Ligré-Rivière (PK 19,600), Sazilly (PK 24,300), L’Île-Bouchard (PK 31), Crouzilles (PK 34,700), Trogues (PK 37,900), Pouzay (PK 42,500), Nouâtre-Maillé (PK 47,300) et Port-de-Piles (PK 52,200).

Il y avait aussi des haltes à Anché (PK 22,100) et à Tavant (PK 28,200)

Ancien bâtiment des marchandises de Port-Boulet (sept. 2013)

La construction d’une gare moyenne coûtait 150 000 francs environ, c’est-à-dire plus de 500 000 euros, un franc de cette époque valant à peu près 3,5 €.

Toutes ces gares, sauf celle d’Avoine, ont été conservées et la plupart sont maintenant des logements privés, certaines ayant été largement transformées, comme c’est le cas de l’ancienne gare de Trogues.

La construction de cette ligne entraîna évidemment de nombreuses expropriations. Sur la commune de Nouâtre, par exemple, il y eut 57 expropriations pour un total de 6 hectares environ, le prix du terrain étant payé de 12 à 28 francs l’are, soit de 4 200 à 9 800 € l’hectare ; c’était là un bon prix, ces terres valant actuellement de 1 240 à 6 100 € l’hectare.

Les arrêtés d’expropriation étaient publiés dans les journaux locaux de l’époque, qui étaient le Journal de l’Indre-et-Loire, le Journal de Chinon et le Lochois. Les sommes versées étaient, pour leur part, indiquées par voie d’affiches.

Le point culminant de la ligne se trouvait au Point Kilométrique 11, entre Avoine et le tunnel de Chinon.

Sur les 18 courbes de la ligne, une avait un rayon de 300 mètres, trois un rayon de 1 000 mètres et quatorze un rayon de 500 mètres.

Dans les gares les plus importantes, comme à Avoine, Chinon ou à L’Île-Bouchard, les dépêches ou les marchandises qui arrivaient par la voie ferrée pouvaient être portées à domicile mais ce service était privatisé.

Carte des voies ferrées en Indre-et-Loire vers 1930 (archives SNCF)

3 ont commenté “A. Historique

  • Bernard MARCAILLOU a écrit le :

    Belle documentation et que de recherches ! Une bonne idée me trotte dans la tête depuis quelques temps et la phase finale, si je réussis à convaincre de jeunes étudiants passionnés dans divers domaines, devra obligatoirement se dérouler sur une voie ferrée désaffectée…
    Cordialement BM

    Répondre
  • Branger Eric a écrit le :

    Je m’intérresse depuis quelque temps aux anciennes lignes de chemin de fer dans le 37. Merci pour ce documentaire très bien fournit. Je cherche encore des photos et des documents concernant ce passé ferroviaire. Cordialement EB

    Répondre

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