RIVE GAUCHE DE LA LOIRE D’ORLÉANS À ANGERS

 

Cette voie doublait la précédente, qui passait par la rive droite, en empruntant la rive gauche de la Loire.

Déjà, à l’époque gauloise, un pont permettait de traverser la Loire à Cenabum (Orléans) pour emprunter une voie qui allait vers Angers (Juliomagos), en suivant, de près ou de loin, la rive gauche de ce fleuve et en passant par Amboise, où se trouvait la principale place-forte (oppidum) des Turons.

La Loire à Blois
La Loire à Blois

Cette voie passait à Vienne (Blois rive gauche) où un habitat gaulois avec fanum (temple) du 4ème siècle avant JC a été repéré et où un pont permettait de rejoindre le centre de Blois, ancien oppidum des Carnutes, situé au carrefour des voies Orléans-Angers (voir voie 1.1) et Chartres-Bourges.

Après être passée sur les communes actuelles de Candé-sur-Beuvron (Condate),  de Chaumont-sur-Loire, où le comte Eudes 1er fit construire un château au 10ème siècle, et de Rilly-sur-Loire (Rilliacum), le voyageur entrait sur le territoire des Turons et arrivait à l’étape (mansio) de Mosnes, connue au début du 10ème siècle sous le nom de Villa Medona.

À l’époque des pèlerinages à Saint-Jacques de Compostelle, la voie dite Via Turonensis (voie de Tours), qui, comme les autres voies, reprenait des itinéraires gallo-romains passait par Mosnes et par Chargé (Carradiacum), avant d’arriver à Amboise.

C’est à Amboise, selon l’opinion couramment admise, que se dressait l’oppidum principal des Turons, connu aujourd’hui sous le nom d’oppidum des Châteliers.

1.2 A Amboise, plan annoté

Ce lieu, vaste éperon barré entre la Loire et l’Amasse, qui s’étend sur 50 hectares, à l’est du château actuel, a été fortifié par les Turons, vers 400 avant notre ère, puis occupé par les Romains et détruit par les Bagaudes à la fin du 3ème siècle après JC.

Les fouilles ont montré qu’il fut occupé dès l’époque préhistorique et ont livré un important matériel du Chasséen (4ème millénaire avant J.C.). Elles ont aussi permis de découvrir un sanctuaire de l’âge du fer (500 avant JC.), qui a fourni une poterie, placée dans une fosse contenant de remarquables objets en fer, comme un chenet à tête de palmipède et contenant 8 potins.

Statue gauloise des Châteliers (musée du Grand-Pressigny)
Statue gauloise des Châteliers (musée du Grand-Pressigny)

Dans un autre site des Châteliers, on a trouvé deux statuettes gauloises du 1er siècle avant JC, actuellement au musée du Grand Pressigny, dont celle d’un homme ou d’un dieu accroupi, portant un torque (collier celte) et tenant un autre torque dans sa main droite avec un animal (mouton ou chien) sur les genoux.

La butte de César en 1943
La butte de César en 1943

Le centre de cet oppidum est occupé par une butte, appelée, sans réelle justification, la butte de César, près de laquelle on peut admirer une belle portion du rempart gaulois.

Rempart gaulois des Châtelier (février 2011)
Rempart gaulois des Châtelier (février 2011)

Amboise, surtout connue aujourd’hui par son château (qui occupe la pointe ouest de l’oppidum), où le roi Charles VIII mourut en 1498 après avoir heurté de la tête le linteau d’une porte, où les « conjurés d’Amboise » furent pendus en 1560 et où l’émir Abd el Kader fut emprisonné de 1848 à 1852, est aussi le lieu d’une tentative de conciliation, en 504, entre le roi des Francs Clovis et le roi des Wisigoths Alaric II ainsi que le lieu de séjour de Léonard de Vinci qui mourut au Clos Lucé (Lucciacum) en 1519.

On ne sait pas s’il y avait là un pont gaulois, car, le premier pont connu, un pont de bois construit au 4ème siècle après JC traversait la grande Île d’or, au lieu-dit Entrepont, et aboutissait au lieu-dit le Bout des Ponts, (Amboise rive droite) en permettant de rejoindre à Nazelles-Négron la voie qui longeait la rive droite (voir voie 1.1).

Rochepinard (août 2011)
Rochepinard (août 2011)

En continuant sur la rive gauche, la voie passait à Lussault-sur-Loire puis arrivait à Montlouis-sur-Loire. Il est probable que la voie s’éloignât alors de la région inondable de La Ville-aux-dames pour passer non loin de Rochepinard (commune de Montlouis-sur-Loire), où s’élève une butte près de laquelle Jacques Dubois a photographié les vestiges de deux villas gallo-romaines, avant de rejoindre le territoire de la commune actuelle de Saint-Pierre-des-Corps, sur la rive droite du Cher (voir voie 2.1), un peu avant Caesarodunum, fondée entre 10 avant JC et  10 après JC, par Auguste (empereur de 27 avant JC à 14 après JC), en tant que capitale des Turons.

Il existait antérieurement un village turon, occupé entre 180 et 120 avant JC, dont on a retrouvé quelques traces dans le quartier des Halles (rues Julien le Roy et Néricault-Destouches, hôpital de Clocheville) où l’on a découvert une voie, des traces d’activités artisanales et des débris de céramiques, dont un morceau d’assiette en céramique grise portant le graffito Caranus Optatus (patronyme associant un nom celtique et un nom latin) ainsi que 14 potins à la tête diabolique, considérés généralement comme la monnaie des Turons.

Potins à la tête diabolique
Potins à la tête diabolique

À proximité, une place forte (oppidum) était sans doute installée sur la colline, qui faisait partie de l’ancienne commune de Saint-Étienne-Extra, rattachée à Tours en 1845, où l’on trouve encore trois lieux-dits au nom caractéristique : Bellevue, Montjoyeux et Grandmont mais l’environnement a bien changé, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

Oppidum de Montjoyaux (mars 2011)
Oppidum de Montjoyeux (mars 2011)

Il reste assez peu de traces du Caesarodunum antique : on peut cependant noter la découverte des éléments suivants :

* Près du croisement de la rue Nationale avec les rues Émile Zola et de la Scellerie, à l’emplacement présumé du forum, les vestiges d’un temple rond, d’inspiration celtique, construit, au premier siècle après JC, sur 900 pieux de chêne, près duquel on a trouvé un long fragment de corniche provenant d’un bâtiment du forum.

Vestiges du temple rond (wikipedia)
Vestiges du temple rond (wikipedia)

* Des traces des thermes construits vers 70/80 à l’emplacement actuel du lycée Descartes (Thermes sud) et du château (Thermes est).

 

Vestiges des thermes de l'est (wikipedia)
Vestiges des thermes Est (wikipedia)

* Un bâtiment public du 1er siècle après JC, comprenant un puits consolidé avec des planches de chêne,  rue Bernard Palissy (près du lycée Descartes).

* Place de la Résistance, à côté de la rue Nationale, de la céramique de La Graufesenque signée OFMVI (marque du potier Murranus) et de Lezoux, signée MANERTI (marque du potier Manertus, actif au 1er siècle après JC).

* Près du cloître Saint-Martin, une construction du 1er siècle après JC, avec des enduits peints à fond rouge agrémentés de motifs végétaux verts et de motifs géométriques jaunes et noirs.

* Rue et place de la Victoire, des constructions du 1er siècle après JC, avec des murs construits sur pieux de chêne ; à cette époque, en effet, cet endroit, situé sur une berge de la Loire, n’était pas ferme.

* Enfin, rue de Clocheville, un bâtiment des 1er/2ème siècles avec des murs en petit appareil (pierres d’une hauteur inférieure à 20 cm) de belle qualité, aux joints tirés au fer.

La cité atteint son apogée au 4ème siècle et prend le nom  de civitas Turonorum  ; un castrum est alors édifié, intégrant l’amphithéâtre construit sous le règne d’Hadrien (empereur de 117 à 138) ; il reste de cette époque d’importants vestiges des remparts (rue de Ursulines), ainsi qu’un sarcophage du 4ème ou 5ème siècle, taillé dans une borne milliaire au nom de l’empereur Tacite (Marcus Claudius Tacitus), découvert, rue Saint-Lidoire, près du cloître Saint-Martin, dans une nécropole, qui était située à côté de la maison d’un sénateur, dans laquelle Lidoire (évêque de Tours de 338 à 371) avait édifié une église.

Vestiges des remparts de Tours (mars 2010)
Vestiges des remparts de Tours (mars 2010)

C’est à cette époque que Martinus (plus connu ensuite sous le nom de Saint Martin) devint le troisième évêque de Tours et fonda, sur la rive droite de la Loire, l’abbaye de Marmoutier, où l’on a découvert des vestiges d’un édifice avec des murs en petit appareil recouverts d’enduits peints rouge pompéien ainsi que des fragments de céramiques et un dé à jouer en os.

Vestiges du pont gallo-romain (cliché Haut)
Vestiges du pont gallo-romain (cliché Haut)

Un pont, permettant de traverser la Loire et de rejoindre Saint-Symphorien (voir voie 1.1), fut édifié vers 40/50 après JC et réparé vers 80/120 ; ce pont fut utilisé jusqu’au 4ème siècle puis restauré ou reconstruit au moyen-âge ; on peut encore voir, quand les eaux sont basses, les piliers de ce pont en amont du Pont de Fil, construit en 1847.

Mais l’empire romain d’occident est attaqué de toute part par les « barbares » et, après la déposition de Romulus Augustus (empereur de 475 à 476), Euric, roi des Wisigoths de 466 à 484, conquiert toute la partie de la Gaule au sud de la Loire ainsi que l’Espagne ; en 480, il s’empare de Tours, que le roi des Francs Clovis prend à son tour en 507 après avoir tué le fils d’Euric, Alaric II à la bataille de Vouillé, près de Poitiers.

1.2 F Tours, du 4ème au 14ème siècle

Après Caesarodunum, il fallait suivre la rive gauche du Cher (voir voie 2.2) puis la rive gauche de l’Indre (voir voie 3.2) avant de retrouver la Loire à Avoine.

Toute cette région a été profondément bouleversée par la construction de la centrale nucléaire d’Avoine, juste après le confluent de l’Indre et de la Loire mais on retrouve peu après l’ancienne voie qui traverse le Véron.

Ce riche pays du Véron, entre la Loire et la Vienne, a été, dit-on, l’endroit où les prisonniers maures ont été relégués après la bataille de Poitiers et un des carrefours de cette région, où arrivent 6 voies, porte le nom de Carroi du cimetière maure. Sur cette bataille de Poitiers, voir aussi les voies 6.1, 6.4 et 7.2.

La voie passait peut-être près du prieuré du Petit Chouzé (12ème siècle) et par la Rue Guillot avant d’arriver au confluent de la Loire et de la Vienne, où elle rejoignait une voie venant de Chinon (voir voie 4.1). La borne milliaire  qui se trouve devant la mairie de Savigny-en-Véron était peut-être placée au point de jonction des deux voies, juste avant l’ancien pont qui permettait de rejoindre Candes (voir voie 4.2). Un milliaire de ce genre, composé de plaques de marbres fixées sur un support polygonal, a été trouvé à Autun (Augustodunum).

Borne milliaire de Svigny-en-Véron (août 2011)
Borne milliaire de Svigny-en-Véron (août 2011)

Après Candes, la voie entrait chez les Andécaves et continuait, en suivant la rive gauche de la Loire, jusqu’à Angers (Juliomagus), en passant par Saumur (Castrum Salmurum).

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