RIVE GAUCHE DU CHER DE MAREUIL-SUR-CHER À HUISMES

Cette voie doublait la précédente et entrait sur le territoire des Turons à Mareuil-sur-Cher.

Elle arrivait ensuite à Pouillé (en face de Thésée-la-Romaine), où l’on a découvert, au bord de la rivière, une vingtaine de fours dans lesquels étaient cuites les belles poteries de Pouillé ; près de ces fours, on peut voir les restes d’un fanum (temple) du 1er siècle après JC.

Ce temple, près duquel un puits et un bassin ont été découverts, était consacré à une divinité des eaux, probablement le dieu du Cher, évoqué pour soigner les yeux malades car une grande quantité d’ex-voto en forme d’yeux y ont été trouvés.

La voie ancienne est reprise par une route qui longe, au sud, la D 976 et qui passe par des lieux au nom évocateur, comme la Roche ou la Rochette, puis par Angé (Annicacum) avant d’arriver à la Motte, site probable d’un oppidum, sur la commune de Faverolles-sur-Cher ; il y avait là un gué permettant de rejoindre Montrichard, sur la rive droite, qui était utilisé par la voie venant de la vallée de la Vienne (voir voie 6.1).

Après Faverolles-sur-Cher la voie gallo-romaine a disparu mais on la retrouve, à Saint-Georges-sur-Cher, sous l’appellation D 17, qui prend le nom de route de Tours au lieu-dit Vrigny (Veriniacum).

Après Vrigny la D 17 redevient la D 976 et passe sur la commune de Francueil au sud de laquelle se trouvent les lieudits les Ouldes (avec un manoir du 16ème siècle, restauré au 19ème siècle) où a été trouvé un trésor monétaire contenant plus de 500 potins à tête diabolique et, à côté, le Moulin à Tan, sur le Ruisseau de Francueil, où des dalles anciennes auraient été vues.

Toujours sur cette commune la voie passait à Vingtain, qui pourrait être à 20 lieues gallo-romaines (44,400 km) de Caesarodunum et qui est effectivement à une quarantaine de Tours puis à Coulommiers (commune de Francueil) où il y avait une colonne (columna), qui aurait été à l’origine de ce toponyme et qui aurait été une borne milliaire, ; c’est là aussi que dans un  castellum, édifice de 120 mètres sur 40 mètres, de nombreux fragments de poteries sigillées et une monnaie de Néron (empereur de 54 à 68) ont été découvert

La voie passait ensuite à Civray-de-Touraine (rive gauche), au lieu-dit la Canardière, où des poteries contenant des cendres indiquent qu’il y avait là une nécropole, puis à Bléré, où elle croisait une voie allant vers Amboise* (voir voie 6.3) en franchissant  le Cher pour rejoindre La Croix-en-Touraine, sur la rive droite (voir voie 2.1), au lieu-dit Finispont, toponyme qui, d’ailleurs, reprend le nom gaulois de Bléré, qui était Briotreide, autrement dit le bout du pont !

 

Entre Bléré et Saint-Avertin, il existait, comme le montre la carte ci-dessus, de nombreuses villas, le plus souvent un peu à l’écart de la voie, notamment Le Pré des Renards, où une amphore du 1er s. av. JC a été découverte et la Cholterie (commune de Bléré)  où il y avait une villa gallo-romaine.

À deux km à l’ouest de Bléré, au lieu-dit Fontenay, où un château du 19ème s. a remplacé un château du 17ème siècle, se trouvait le début du bien connu aqueduc, long de 26 km, construit à l’époque de l’empereur Hadrien pour aller alimenter en eau Caesarodunum et en particulier les thermes du sud. Cet aqueduc est appelé aussi Canal de Beaune parce que Jacques de Beaune en fit réparer des parties lorsqu’il était surintendant des finances de François 1er.

2.2 C carte aqueduc

À la sortie de Bléré, la voie longeait le Cher ; la rue de l’Aqueduc ou GR 41, qui reprend peut-être l’ancienne voie et qui conduit à Athée-sur-Cher, passait d’abord à la Boissière (Buxaria), où se trouve un manoir du 16ème siècle, dont le parc est traversé en souterrain par l’aqueduc de Fontenay, puis à la Boulaye (Betulleta), sur la commune d’Athée-sur-Cher, où se trouve aussi un manoir du 16ème siècle.

 

Il y avait là une villa gallo-romaine, dont le plan a été fait par l’historien Sylvain Livernet, qui a étudié cette région d’une façon approfondie et selon qui il existait peu après la Boulaye, au lieu-dit la Taille des Bournais, un ancien village du nom d’Écueillé ou de Cueillé, où des poteries ont été trouvées ; l’une d’elle, marquée …ERCAT… serait une poterie de Mercator, potier à la Graufesenque de 80 à 120 après JC.

La voie arrivait ensuite à Chandon (Candonem), sur la commune d’Athée-sur-Cher, où passait une voie, qui, venant de Nouâtre (Nogastrum), se dirigeait vers la vallée de la Loire (voir voie 6.4) en utilisant un gué ou un pont permettant de rejoindre Saint-Martin-le-Beau, sur la rive droite.

Après Chandon et avant d’arriver sur la commune d’Azay-sur-Cher, la voie passait à côté du beau château de Nitray (Nanturiacum), construit au début du 16ème siècle pour Emery Lopin, maire de Tours en 1516, fils de Jean Lopin, maire de Tours en 1475 ; il y avait peut-être là, toujours selon Sylvain Livernet, une villa gallo-romaine ainsi qu’un fanum (temple).

Peu après, la Voie Creuse, qui se trouve avant les château de Beauvais, de Leugny (Lupinacum) et du Côteau, reprend sans doute en grande partie le tracé de la voie antique qui continue ensuite le long du Cher en direction de Véretz sous le nom de Chemin de l’évêque de Tours (c’est-à-dire saint Martin). Un site néolithique y a été découvert.

À l’entrée de Veretz, quelques vestiges de l’aqueduc de Fontena  se trouvent dans le parc, maintenant loti de luxueuses villas, du château de Beauregard (qui appartint un temps au militaire et pamphlétaire Paul-Louis Courier). Sur la même commune, La Chavonnière, qui appartenait aussi à Paul-Louis Courier lorsque celui-ci fut assassiné dans les bois de Larçay en 1825, a certainement remplacé une villa gallo-romaine car des poteries et des monnaies gallo-romaines y furent découverts.

Selon les écrits d’un ancien instituteur de la commune, c’est une colonie gothique, venue du Bordelais, qui aurait donné les noms de Gironde et de Guyenne aux deux petits cours d’eau qui se jettent dans le Cher dans le centre de Véretz.

La voie continuait vers Larçay et on trouve le lieu-dit les Quarts à la limite entre les deux communes. Le site de Larçay a été occupé dès le paléolithique et on a repéré des traces de cette occupation  au Voisinet (-  40 000) et aux grands champs (- 10 000) ; des poteries néolithiques ont été trouvées aux Graviers (- 5 000) et une ferme gauloise a été vue d’avion par Jacques Dubois dans le bois de la Duporterie (commune d’Esvres), qui prolonge la forêt de Larçay ; dans le parc du château de Bellevue, où il y avait une villa gallo-romaine, on a découvert des poteries gauloises, un dépôt de 9 haches en bronze et 3 monnaies des Turons, des Pictons et des Celtes-Ibères.

Mais Larçay* est surtout connu pour son imposant castellum, édifié au 3ème siècle ap. JC, pour protéger sans doute la voie qui passait à proximité au lieu-dit le Carroi*, où il y avait peut-être un embranchement vers le sud ; près de ce lieu-dit on remarque aussi les lieudits Bordebure* et la Poterie. Les fouilles, menées entre 1984 et 1987 par Jason Wood, n’ont pas donné beaucoup de matériel, si ce n’est 21 monnaies datant de 120 à 320 ap. JC.

La voie arrivait ensuite sur la commune de Saint-Avertin par l’actuelle rue Saint-Michel, voie creuse taillée dans le rocher et profonde de 6 mètres, après être passée au lieu-dit Cangé (Candidiacum), où Jacquelin d’Andigné fit élever un château au 13ème siècle. Ce château, qui abrita brièvement la Présidence de la République pendant la seconde guerre mondiale, brûla partiellement en 1978 et a été restauré en 2012.

Saint-Avertin était dans l’antiquité un carrefour important car notre voie y croisait une autre voie (voir voie 7.3) qui permettait d’aller soit, au nord, vers Caesarodunum par les Ponts Longs, puis vers Vendôme ou Chartres, soit, au sud, vers Esvres-sur-Indre puis vers Gergovie, la capitale des Arvernes, soit vers Limoges, la capitale des Lémovices. Il existe, au carrefour des rues de Larçay, de Rochepinard, de Grandmont et de Cormery, un café appelé le Carroi, qui garde le souvenir de cet ancien croisement.

Il n’est pas facile de savoir où passait ensuite cette voie, dans cette région complètement bouleversée par l’urbanisation et par le déplacement du cours du vieux Cher mais il est fort probable qu’elle est aujourd’hui reprise par la D 7, qui traverse le Petit Cher au Pont aux oies (commune de Joué-lès-Tours). En effet le toponyme de ce pont gallo-romain n’est autre qu’une déformation d’un ancien Pont-à-voies, qui indique bien son utilisation, puisque là aussi passait la voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2).

L’ancienne voie (aujourd’hui D 7) arrivait ensuite à Savonnières, dont le nom ancien (Saponaria) indique qu’on y fabriquait du savon ; cette invention gauloise, constituée de graisse animale et de cendres, servait surtout d’onguent colorant pour les cheveux ; il y avait là un port et la grotte du clos de la cure, au-dessus de l’église, a été occupée pendant la préhistoire puis par les gaulois ; une nécropole du 3ème siècle après JC, dont il reste 7 pierres tombales, se trouvait dans les grottes pétrifiantes habitées à l’époque gallo-romaine. 

La D 7 passe ensuite devant le château de Villandry (Villa Landerici), reconstruit au 16ème siècle pour Jean le Breton, ministre des finances de François 1er à la place d’une forteresse du 12ème siècle : Sur le plateau au-dessus de Villandry, au lieu-dit la Maison Lureau,  se dresse un menhir qui fait 3,65 m. de haut  et dont le nom : la Pierre aux joncs est une déformation de la Pierre des géants ; la présence d’un menhir aujourd’hui disparu à côté de cette pierre a fait penser qu’il s’agissait peut-être, en fait, d’un des deux piliers d’un grand dolmen.

Villandry, la Pierre-au-joncs (août 2011)

Un peu après Villandry, le Cher se jette dans la Loire, dont la voie suivait le cours d’assez loin et passait par la Sagottière ; ce lieu-dit se trouve sur la commune de Lignières-de-Touraine, où le château de Fontenay, du 15ème siècle, a été construit sur une villa gallo-romaine ; peu après, une route, sur la gauche, monte vers le Plessis et vers les Vignes du Coudray, où l’on a découvert un sarcophage contenant un squelette d’enfant tenant dans sa main une pièce de monnaie (pour payer son péage). De là on domine la vallée de la Loire, avec le château de Langeais sur la rive droite de la Loire.

Après Lignières, la voie rejoignait l’Indre, qui à son tour se jette dans la Loire après Huismes (voir voie 3.2).

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