RIVE DROITE, DE TOURNON-SAINT-MARTIN À LA CELLE SAINT-AVANT

 

À partir d’Argentomagus (le Marché de l’argent), aujourd’hui Saint-Marcel dans la commune d’Argenton-sur-Creuse, ancien oppidum gaulois puis importante cité gallo-romaine, la Creuse était navigable mais il est probable qu’une voie terrestre suivît la rive droite, en passant par Le Blanc, où cette rivière fait une courbe, comme l’indique le toponyme gallo-romain, qui était Oblicum.

Entre Tournon-Saint-Martin (dans l’Indre) et Tournon-Saint-Pierre (dans l’Indre-et-Loire) coule un petit ruisseau : le Suin, qui est précisément la frontière entre les deux départements et qui, à l’époque gallo-romaine était probablement la frontière entre les Bituriges Cubes et les Turons. En effet le toponyme commun de ces deux communes : Turnomagus (le marché du virage ou le marché de Turnus) indique qu’il y avait là un emplacement favorable au commerce entre les différentes tribus gauloises, les Pictons se trouvant aussi à proximité, de l’autre côté de la Creuse. 

Ancienne voie près du Suin (sept. 2011)
Ancienne voie près du Suin (sept. 2011)

Grégoire de Tours dans son « Histoire des Francs », nous apprend que vers l’an 380, Saint Martin, alors évêque de Tours, se rendit à Tournon (Tornomagensis Vicus) par la voie romaine qui allait de Tours à Argenton-sur-Creuse. Il y détruisit le temple païen et y édifia la première église chrétienne de la commune qu’il dédia à saint Pierre.

À la Croix de Pierre (commune de Tournon-Saint-Pierre*), partaient deux voies : celle qui se dirigeait vers le nord, via Preuilly-sur-Claise (voir voie 7.3) et celle qui allait vers Yzeures-sur-Creuse en suivant d’assez loin la rive droite de la Creuse (actuelle D 750). 

L’occupation de ce site remonte au paléolithique supérieur (- 10 000) et on peut voir au confluent de la Creuse et de la Gartempe, près du lieu-dit appelé justement Confluent, le dolmen de la Pierre levée (- 3 500) qui était entouré par un petit cromlech.

Il y avait à Yzeures une église du 12ème siècle qui menaçait ruines ; lorsqu’en 1895, on décida de la détruire pour en construire une nouvelle, on eut la surprise de trouver les fondations d’une église mérovingienne, fondée par saint Eustoche, évêque de Tours au 5ème siècle, et de s’apercevoir que ces fondations étaient constituées par 80 blocs sculptés de grande dimension appartenant à des monuments gallo-romains et provenaient d’un pilier votif, qui devait mesurer plus de 9 mètres de haut ainsi que d’un grand édifice polygonal, un temple sans doute, dédié à Minerve, déesse des arts et des sciences.

La municipalité d’Yzeures a eu la bonne idée de faire construire un petit musée pour protéger ces blocs et nous avons eu la possibilité de le visiter grâce à l’obligeance du responsable de la bibliothèque voisine, qui en avait les clés.

Le premier niveau du pilier représente : Jupiter avec un aigle à ses pieds, Vulcain, le dieu des métaux, vêtu comme un artisan gaulois, avec des tenailles posées sur une enclume et une hache, Mars, le dieu de la guerre, qui brandit une lance en se protégeant derrière un bouclier ainsi qu’Apollon, tenant une lyre et protégé par un animal fabuleux.

Parmi les blocs du temple on a aussi retrouvé des blocs provenant d’un autel et d’une dédicace « Numinibus Augustorum et Deae Minervae » c’est-à-dire « aux Divinités des Auguste et à la déesse Minerve » ; ces Auguste sont sans doute les empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus, qui ont régné ensemble de 161 à 169.

L’existence de tous ces monuments dans un lieu situé à la frontière entre trois peuples gaulois : les Turons (au nord), les Bituriges (à l’est) et les Pictons (à l’ouest), comme l’indique le toponyme Cirande, (toponyme composé du suffixe gaulois randa = limite) sur la voie de la rive gauche, laisse à supposer qu’il y avait là un sanctuaire permettant à ces peuples de commercer en paix.

Le Perray (sept. 2011)
Le Perray (sept. 2011)

La dédicace avait été faite par « les fils de Marcus Petronius Camillus », et il s’agit vraisemblablement de la famille qui possédait le domaine appelé Petroniacum et continué sans doute par le château de Perray, qui existait déjà au 13ème siècle.

Un peu au nord de ce château de Perray, au lieu-dit La Guérinière, il y avait villa gallo-romaine avec des thermes, dans lesquels on a trouvé une statuette du 2ème siècle après JC, représentant un personnage assis sur un bouc couché et ayant un serpent à tête de bélier enroulé autour de la jambe droite (actuellement au musée du Grand Pressigny). Peut-être s’agit-il du dieu gaulois Cernunnos.

Un peu au nord de ce château du Perray, au lieu-dit La Guérinière, des fouilles ont révélé  l’existence d’une villa gallo-romaine avec des thermes, où l’on a trouvé une statuette représentant un personnage assis sur un bouc couché et ayant un serpent à tête de bélier enroulé autour de la jambe droite (actuellement au musée du Grand Pressigny) . Peut-être s’agit-il du dieu celte Cernunnos (le Beau Cornu).

Statue découverte à La Guérinière
Statue découverte à La Guérinière

D’autres domaines existaient aussi à Lignez (Lemniacum) et à Marigny (entre Tournon et Yzeures) ainsi qu’à Neuville (nova villa).

La voie arrivait ensuite sur la commune de Chambon (du gaulois cambo = courbe), où des sépultures et des poteries néolithiques ont été découvertes au lieu-dit les Chevrettes (un peu avant Chambon), au sud-ouest de la D 750, qui continue peut-être l’ancienne voie ; non loin de là, mais à l’est de la D 750, des domaines agricoles se trouvaient sans doute à Vertenay (Vertiniacum) et aux Lurés (Luriacum) ; des restes de forges gauloises et des monnaies romaines ont aussi été vus dans le Bois de la Forge, à l’est du centre. 

Après Chambon, la voie passait à Barrou, où elle croisait une voie allant de Vouneuil-sur-Vienne à Montrichard (voir voie 6.1).

De nombreux ateliers préhistoriques de taille de silex existaient à Barrou et un site du bronze final (vers 1 000 avant JC) ainsi qu’une nécropole gallo-romaine sont attestés non loin du gué où l’on a découvert des céramiques du 1er siècle après JC ainsi qu’une statuette en bronze, haute de 17 cm, représentant une femme ou une déesse tenant une cruche dans sa main droite et une coupe dans sa main gauche.

Statuette découverte à Barrou
Statuette découverte à Barrou

L’ancienne église Saint-Maurice, fondée vers 475 par l’évêque de Tours, Saint Perpet, au bord de la Creuse, (place du prieuré actuellement) fut détruite vers 1760 ; les murs de cette église reposaient sur des tambours de colonne provenant certainement d’édifices gallo-romains. Ces tambours, dont l’un fut creusé en bénitier, se trouvent dans l’église actuelle. Deux d’entre eux supportent des statues, dont une, du 18ème siècle, en terre cuite représentant Saint Maurice et une autre, de Sainte Maure, pense-t-on, en pierre dure du Grand Pressigny.

Tambour de colonne transformé en bénitier
Tambour de colonne transformé en bénitier

On découvrit vers 1890, à proximité de l’ancienne église 12 puits funéraires contenant des tessons de poteries noires et rouges, dont l’un porte la marque IVSTI, qui est celle du potier Justus, actif à la Graufesenque au 1er siècle après JC, ainsi qu’un vase contenant des ossements calcinés d’homme et de cheval.

Après être passé près de La Guerche, où l’on peut voir, au bord de la Creuse, un beau château du 15ème siècle et où se trouve le domaine de la Ville Plate (villa plata), la voie arrivait sur le territoire de la commune d’Abilly, connu des personnes qui s’intéressent à la préhistoire grâce à son musée appelé l’Archéolab mais où il y a aussi l’église Saint-Martin (12ème siècle) qui a remplacé une église antérieure fondée par Saint Martin, peut-être à la place d’un temple gallo-romain.

La Guerche : Ville plate (avril 2018)
La Guerche : Ville plate (avril 2018).

Les photographies aériennes de Jacques Dubois ont révélé l’existence de deux villas gallo-romaines : à La Blanchetière (à l’est d’Abilly et à la limite avec Le Grand-Pressigny) où il y avait des thermes alimentés par un aqueduc gallo-romain et au Foulon (à gauche de la D 42 un peu avant Abilly). D’autres domaines se trouvaient aussi à Bessé (Bettiacum) et à Chisay (Casiacum).

L’existence, à l’époque mérovingienne, d’une villa appelée « viis superior », c’est-à-dire « au-dessus des chemins », laisse supposer qu’il y avait deux voies anciennes : celle qui suivait la rive droite de la Creuse, et une voie secondaire, continuée en partie par la D 42, qui suivait la rive droite de la Claise et qui rejoignait la voie principale après Rives (commune d’Abilly) où se trouve le confluent de la Claise et de la Creuse ; peut-être s’agit-il de la villa située au lieu-dit Langeville (Langia villa), qui effectivement se trouve au-dessus de ces deux voies.

Après Abilly, la voie passait par Descartes et Balesmes (voir voie 6.2) avant de rejoindre La Celle-Saint-Avant, d’où partait une voie vers Amboise (voir voie 6.6) et de continuer vers Nouâtre où elle retrouvait la voie Limoges/Angers (voir voie 4.1).

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