INTRODUCTION

 

Au 5ème siècle avant notre ère, la tribu celte des Turons s’installe dans les riches vallées de la Loire, du Cher, de l’Indre et de la Vienne. On pense généralement qu’elle venait de la haute vallée du Main, en Bavière, et que le nom de la ville de Thurnau a la même origine que celui de Tours : la cité des Turons (civitas Turonorum).

Ce qu’on appelle le Pays des Turons correspond donc, grosso-modo, à la Touraine, c’est-à-dire au département d’Indre-et-Loire (37), qui reprend, avec quelques modifications, les frontières de la Province de Touraine, qui, elle-même, continuait l’évêché de Tours, constitué dès le 4ème siècle après JC sur le territoire des Turons, devenus des gallo-romains chrétiens.

Dès leur arrivée les Turons occupèrent et renforcèrent les places-fortes (oppida) constituées par les habitants précédents (que l’on ne connaît guère) et développèrent les domaines agricoles qui, depuis le néolithique, exploitaient les plaines alluviales.

Oppidum des Châteliers à Amboise (février 2011)
Oppidum des Châteliers à Amboise (février 2011)

On verra, à la lecture des pages suivantes que ces camps fortifiés se trouvaient, le long de la Loire, à Amboise, Rochecorbon et Fondettes, à Chinon (sur la Vienne) et à Loches* (sur l’Indre) ainsi qu’à Betz-le-Château et à Sainte-Maure-de-Touraine.

À combien peut-on estimer la population des Turons au 1er siècle avant JC ? Étant donné qu’ils envoient 8 000 hommes au secours de Vercingétorix assiégé dans Alésia, on pense que la population totale des Turons, à cette époque, était d’une trentaine de milliers de personnes mais si l’on tient compte des chiffres habituellement donnés pour la population de la Gaule (20 hab./km²) on arrive à 120 000 environ.

Les Turons étaient entourés, au sud-est, par les Bituriges Cubes dont la capitale était Avaricum (Bourges), au sud-ouest, par les Pictons de Limonum (Poitiers), à l’ouest, par les Andécaves, résidant autour de Juliomagos (Angers), au nord-ouest, par les Aulerques Cénomans, qui ont donné leur nom au Mans (anciennement Vindunum), et, au nord-est, par les célèbres Carnutes, dont les deux villes principales étaient Autricum (Chartres) et Cenabum (Orléans).

Oppidum de Montboyau à Fondettes (janvier 2011)
Oppidum de Montboyau à Fondettes (janvier 2011)

Après la conquête de la Gaule chevelue (Gallia comata), Caesarodunum (Tours) fut fondée sous l’impulsion de l’empereur Auguste et cette capitale des Turons, située au carrefour des voies gallo-romaines allant de l’est à l’ouest et du sud au nord, devint rapidement une cité importante, étant donné que les romains développèrent les voies (viae) déjà nombreuses en Gaule avant leur arrivée.

Notre premier travail a été de dresser une carte précise et complète des voies gallo-romaines dans le pays des Turons ; pour cela, nous avons été aidés par :

* Les travaux de plusieurs historiens, notamment ceux de Pierre Audin, Jean-Mary Couderc, Jacques Dubois, Jean-Paul Lecompte, Sylvain Livernet et Raymond Mauny, qui ont publié des études partielles très bien documentées.

* La toponymie (étude des noms de lieux) et l’odonymie (étude des noms de rues ou de routes) car ces noms sont souvent révélateurs : les chemins appelés Chemin ferré ou Chaussée de César désignent généralement d’anciennes voies romaines et les lieux appelés Ingrande ou Ingrandes sont toujours situés sur une frontière entre deux peuples gaulois.

* Les mégalithes (dolmens et menhirs) et les anciennes agglomérations gauloises, indiquent aussi, généralement, la proximité d’une voie gallo-romaine continuant une voie gauloise, qui, elle-même, reprenait une voie préhistorique. Inversement, une route mérovingienne est parfois située au même emplacement qu’une voie gallo-romaine.

* Enfin, et surtout, la configuration du terrain a été déterminante, car il est bien évident que ces voies ne pouvaient pas passer n’importe où et que leur tracé était conditionné par les courbes de niveau et par les cours d’eau, franchis par des gués ou des ponts, dont on peut voir les traces.

Nous avons ensuite exploré systématiquement toutes ces voies, dont certaines sont bien connues mais dont d’autres étaient à découvrir et nous avons photographié tous les vestiges de ces voies, plus ou moins visibles dans le paysage.

La voie ferrée entre Saint-Épain et Thilouze (novembre 2010)
Le Chemin ferré entre Saint-Épain et Thilouze (novembre 2010)

Sur le terrain, un chemin remplaçant une ancienne voie gallo-romaine se reconnaît aux indices suivants : c’est un large chemin, en partie rectiligne, parfois partiellement empierré, presque toujours légèrement incurvé et bordé de fossés permettant de recueillir les eaux pluviales, situé, en cas de besoin, sur une ligne de crêtes et, ce qui peut paraître plus surprenant, avec des cultures différentes de part et d’autre de ce chemin, car ces voies, qui servaient souvent de limite entre deux territoires, sont maintenant situées entre deux communes.

Les voies principales (viae publicae), qui reliaient les grandes cités, avaient une emprise totale de 32 pieds environ (10 mètres), tandis que les voies secondaires (viae vicinales), dont l’emprise était de 16 pieds environ (5 mètres), permettaient de rejoindre les bourgs (vici). À intervalles très réguliers, des bornes milliaires indiquaient la distance pour rejoindre un point donné.

Les personnes qui empruntaient ces voies ne voyageaient pas pour leur plaisir ou pour faire du tourisme ! Elles circulaient, en général, à cheval -ce qui facilitait le passage des gués- et c’étaient le plus souvent, soit des militaires rejoignant leur garnison, soit des commerçants venant acheter le blé produit par les très nombreux domaines agricoles de la Touraine.

Ces voyageurs trouvaient le long de ces voies des relais (mutationes), tous les 10 à 15 km, où ils pouvaient éventuellement changer de monture et, tous les 30 à 50 km, des lieux d’étape (mansiones), où il était possible de manger et de dormir. Les cours d’eau importants étaient franchis par des ponts de bois et les autres par des gués, souvent empierrés et soutenus par des madriers, pour les plus petits, une planche, toujours placée perpendiculairement au fil de l’eau, suffisait, ce qui d’ailleurs explique l’abondance des lieux-dits nommés la Planche ainsi que le fait qu’à ces endroits la voie dessine un Z renversé.

Table de Peutinger
Table de Peutinger

La Table de Peutinger n’indique que cinq voies sur le territoire des Turons, toutes au départ de Caesarodunum (Tours) et allant respectivement vers Cenabum (Orléans), Avaricum (Bourges) Limonum (Poitiers), Juliomagos (Angers) et Vindunum (Le Mans) mais il est évident que cette carte n’indique que les liaisons entre des capitales et que, dans notre région, les voies étaient beaucoup plus nombreuses car les déplacements étaient facilités par le présence de multiples vallées fluviales et étaient nécessaires du fait de l’existence de plusieurs centaines de propriétés agricoles (villae rusticae) ; (voir ici).

Nous n’avons étudié que la partie des voies, qui se trouvait chez les Turons, en ayant bien conscience qu’elles n’étaient souvent qu’une petite partie de voies plus longues et nous les avons organisées de la façon suivante :

D’abord les voies longeant les rives de la Loire (voies 1.1 et 1.2), du Cher (voies 2.1 et 2.2), de l’Indre (voies 3.1 et 3.2), de la Vienne (voies 4.1 et 4.2) et de la Creuse (voies 5.1 et 5.2).

Puis les voies allant d’une vallée à l’autre : de la Vienne au Cher (voies 6.1, 6.2 et 6.3), de la Vienne à l’Indre (voies 6.4 et 6.5), de la Creuse à la Loire (voie 6.6).

Enfin les voies se dirigeant du sud vers le nord (voies 7.1, 7.2 ,7.3 et 7.4).

Nous avons présenté notre travail sous la forme d’itinéraires allant d’un point à un autre et pouvant être suivis par toute personne que l’histoire, la géographie ou le tourisme intéressent, en soulignant toutes les traces encore visibles ainsi que les monuments construits à proximité de ces voies.

Notre objectif en effet n’a pas été d’écrire une étude universitaire mais de présenter une sorte de guide touristique permettant de découvrir autrement la Touraine et nous espérons que les lecteurs prendront autant de plaisir à le lire ou à le suivre que nous avons pris à le faire.

Voie gallo-romaine entre La Croix-en-Touraine et Montlouis-sur-Loire (août 2011)
Voie gallo-romaine entre La Croix-en-Touraine et Montlouis-sur-Loire (août 2011)

8 ont commenté “PRÉSENTATION

  • BOLZE Jean-Pierre a écrit le :

    Ce texte très intéressant est-il un extrait d’un livre ?
    Si oui, quel en est son titre et l’éditeur ?
    Je vous remercie, car enfin j’ai pu situer Tours sur la table de Peutinger !
    Cordialement.
    J-P Bolze

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    • a écrit le :

      Ce texte est tiré d’un livre que j’ai écrit, en collaboration avec M. Jacky Duvigneau, et intitulé : Voies gallo-romaines au pays des Turons. Il ne m’en reste que 3 exemplaires et je peux vous en envoyer un (20 euros frais de port compris). Meilleures salutations. PMD

  • Emmanuelle Fredin a écrit le :

    Bonjour Monsieur,
    Quel plaisir de lire tout ceci… J’aimerais acheter votre livre, vous resterait-il un exemplaire ? Cordialement. E Fredin

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  • Thierry Teinturier a écrit le :

    J’avais une douzaine d’années. Revenant d’une longue balade en vélo entre Joué et Ballan Miré, je me suis aperçu ensuite, aidé d’une carte paternelle sûrement, que j’avais marché, mon âne à deux roues près de moi, au beau milieu d’une voie romaine. Et durant un bon bout de chemin. Une voie romaine ?? J’étais ébahi. Cela existait encore ? Que savais-je des romains d’ailleurs ? j’étais sous le choc.. j’avais marché là où les légions avaient marché, là où tant de gens à leur suite, des plus humbles aux plus puissants, avaient déambulé au fil des siècles..

    C’est toujours un plaisir de m’y promener aujourd’hui. Merci pour cet ouvrage !

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  • baron a écrit le :

    Bonjour, s’il vous reste un exemplaire de votre livre je serai très intérrêssée de vous l’acheter. Cordialement

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  • Layssac a écrit le :

    Bonjour.
    Comme j’ai déjà pu le lire il semblerait qu’il ne soit plus possible d’acheter votre ouvrage. Savez vous s’il est consultable quelque part?
    En vous remerciant.

    Cordialement.

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