RIVE DROITE DU CHER DE BOURGES À TOURS

Cette voie, très importante, allait de Lyon (Lugdunim) à Nantes (Condevicum) et la portion chez les Turons, de Thésée la Romaine (Tasicaca) à Tours (Caesarodunum).

Cette voie figure sur la Table de Peutinger en allant d’Avaricum (Bourges), la capitale des Bituriges Cubes à Caesarodunum, via les étapes de Gabris (Chabris, dans l’Indre ou Gièvres, dans le Loir-et-Cher) et de Tasciaca (Thésée-la-Romaine). Cet itinéraire n’est pas repéré d’une façon sûre et les spécialistes discutent pour savoir s’il y avait une ou deux voies et si c’étaient des voies terrestres ou fluviales. Pour notre part, nous faisons l’hypothèse qu’il y avait deux voies et que la voie principale suivait la rive droite du Cher, dont le lit était beaucoup plus bas que de nos jours.

L’agglomération de Tasciaca, était à la frontière des Bituriges Cubes, des Turons et des Carnutes ; sur la table de Peutinger, elle est située à 24 lieues, certainement des lieues gallo-romaines, de Caesarodunum, soit 53 km contre 54,5 actuellement et elle s’étendait sur les deux rives du Cher et sur les communes actuelles de Thésée-la-Romaine, Pouillé et Monthou-sur-Cher.

De très nombreux objets : statuettes, monnaies, bijoux, poteries, y ont été découverts et sont présentés au petit musée, installé au-dessus de la mairie de Thésée.

Le site des Mazelles (début du 2ème siècle après JC) est un ensemble de bâtiments, achetés en 1966 par l’écrivain Maurice Druon (1918-2009) qui en fit don au Département ; il y avait sans doute des bâtiments administratifs et une auberge ; la construction la plus importante, de 40 m. de long sur 14 m. de large et 7 m. de haut, était peut-être un entrepôt de poteries ; en effet Tasciaca était, avec Mougon (voir voie 4.1), l’une des deux grandes agglomérations de potiers dans la région.

De la rive droite, un gué permettait de traverser le Cher et de rejoindre Pouillé où passait une voie parallèle, sur la rive gauche du fleuve (voir ci-après voie 2.2) et où arrivait une voie qui reliait la vallée de la Vienne à la vallée du Cher (voir voie 6.2).

La voie principale continuait sur la rive droite du Cher et passait par Bourré (Burracum) et Montrichard, qui sont aujourd’hui dans le Loir-et-Cher mais qui, auparavant, faisaient partie de la province de Touraine, et donc du territoire des Turons. Montrichard est connue pour sa forteresse construite par le comte d’Anjou Foulques Nerra, ancêtre des Plantagenêt et notamment de Richard-cœur-de-lion, roi d’Angleterre de 1183 à 1199, duc d’Aquitaine et de Normandie, comte d’Anjou et du Maine, qui donna son nom au château mais qui le perdit en 1188 au profit de Philippe-Auguste, roi de France de 1179 à 1223  ; il est d’ailleurs étonnant de constater que, de Faverolles-sur-Cher (sur la rive gauche), le point de vue sur le pont et le château ressemble beaucoup à celui de Chinon, une autre place-forte des Plantagenêt, elle aussi conquise par Philippe-Auguste.

Montrichard, vu de la rive gauche du Cher (wikipedia)
Montrichard, vu de la rive gauche du Cher (wikipedia)

On ne sait pas s’il y eut un oppidum celtique sur la colline et les traces celtiques sont à l’ouest du centre, à Nanteuil (commune de Montrichard), où il y a une « fontaine »c’est-à-dire une source, qui fut divinisée par les celtes et christianisée par Saint Martin ainsi que des vestiges d’habitat gaulois.

Près de la source se trouvent des ruines anciennes qui font songer à un établissement thermal mais nous ne savons pas de quelle époque elles datent. C’est aussi à Nanteuil qu’une voie (voir voie 7.2) reliant Vouneuil-sur-Vienne (voir voie 6.1) à Blois (voir voie 1.1) traversait le Cher.

Après Montrichard la voie passait par Chissay-en-Touraine, autrefois en Touraine, aujourd’hui dans le Loir-et-Cher, où deux sites préhistoriques et un site du bronze final (900 avant JC) avec des sépultures à incinération, ont été découverts, puis par Chisseaux, où une église, fondée par Saint Martin, est mentionnée dès le 5ème siècle par Grégoire de Tours et où la découverte de nombreuses monnaies laisse supposer la présence d’un atelier monétaire, puis par Chenonceaux, où un premier château avec moulin et gué  sur le Cher fut édifié au 13èmesiècle.

Peu après, à Civray-de-Touraine, un torque (collier) gaulois en or, du 4ème siècle avant JC, a été découvert en 1980 au lieu-dit Bondion (au nord-est), où des tuiles et des tessons indiquent sans doute l’existence d’un fanum (temple) et d’un sanctuaire de l’âge du fer

En cherchant des renseignements sur place, nous sommes tombés par hasard sur la veuve de l’homme qui avait déterré ce torque, en labourant, nous a-t-elle dit, mais elle n’a pas voulu, par contre, nous indiquer le lieu où ce collier avait été trouvé.

La voie se dirigeait ensuite vers La Croix-en-Touraine ; le nom de cette commune, située en face de Bléré (sur la rive gauche) était anciennement Saint-Quentin-près-Bléré et elle aurait été fondée par un certain Quintinus, si l’on en croit le site de la mairie.

Après la Croix-en-Touraine, la voie, qui était entre le Cher et l’actuelle D 140, est encore bien marquée dans le paysage ; la chaussée était large de 5 mètres et l’emprise totale (avec les fossés), de 10 mètres ; elle passait à côté de la station préhistorique de la Butte de Champ Deux (commune de Saint-Martin-le-Beau), puis au lieu-dit la Perrée du roi (commune de Montlouis-sur-Loire), toponyme qui désigne peut-être un ancien chemin empierré (actuelle D 82) conduisant à un gué sur le Cher et à Azay-sur-Cher (voir voie 2.2), car dans ce genre d’odonyme le mot « roi » est souvent une déformation de l’ancien français «  », du gaulois ritus, signifiant le gué.

La voie rejoignait alors celle qui suivait la rive gauche de la Loire (voir voie 1.2) pour arriver à Caesarodunum.

 

2 ont commenté “2.1 Voie suivant la rive droite du Cher

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