VOIE DE CHINON AU MANS VIA HUISMES ET GIZEUX

Cette voie partait de Chinon par l’actuelle rue du Collège, à côté de l’église Saint-Étienne, puis sortait de la ville par ce qui sera ensuite la porte de la Barre ; là une bifurcation permettait d’aller, soit vers Tours, à l’est (voir voie 6.5) soit vers Le Mans, au nord. La voie est ensuite continuée par les actuelles rue Saint-Jean, route de Huismes et route des puys qui se dirigeait vers l’Indre, en passant à côté d’une villa gallo-romaine, remplacée plus tard par le château de la Grille, propriété, au 19ème siècle de l’historien Gustave de Cougny, auteur notamment de Chinon et ses environs.

La voie traversait ensuite le territoire de la commune actuelle de Huismes, où résidèrent le poète américain Françis Vielé-Griffin, qui fut un ami de Mallarmé, ainsi que Max Ernst, qui habitait la villa du Pin Perdu, et dont le toponyme, venant de Oximensis villa, indique qu’il y avait là un domaine agricole appartenant à un Osisme, membre d’un peuple gaulois, dont le territoire correspondait au département actuel du Finistère.

Les domaines agricoles étaient très nombreux dans cette riche plaine agricole entre Vienne et Loire, qui fait partie du Véron : on peut citer, sur la commune de Chinon : Neuville (Nova Villa) et Le Villier (Villare) ou Signy (Seniacum) commune de Beaumont-en-Véron, qui appartint, au 17ème s. à Louise d’Aviau, veuve de Jean d’Armagnac (voir le château de la Mothe-Yvon, à Marcilly-sur-Vienne, voie 4.2) puis à Charles de Signy, gouverneur de Chinon, de 1719 à 1732.

Sur la commune actuelle de Huismes, il y avait sans doute des domaines à Azay (Avitiacum), Benais (Benniacum), Cuzé (Cusiacum), le Laré (Larriacum), Mouzilly (Musilliacum) et Rassay (Recciacum).

Le domaine de la Villaumaire, signifiait sans doute à l’origine le « grand domaine » (Villa majoris) et fut, dès le 5ème siècle la propriété des gouverneurs du Véron pour le compte des rois mérovingiens mais au 10ème siècle le roi Charles III le simple le donna au chapitre de Tours et ce toponyme fut alors interprété comme venant de Villa Majoris, « le domaine du Maire » car il appartint au magistrat ecclésiastique qui rendait la justice dans la région et qui portait le titre de Maire. À partir du 15ème siècle, le château actuel, construit à cette époque mais largement modifié par la suite, appartint à des propriétaires privés.

Des vestiges de villas gallo-romaines ont également été découverts aux Garantes, près de Mouzilly (Musilliacum) et à l’Étui près du centre de Huismes.

La route des puys se transforme en chemin et aboutit à l’actuelle D 301qui arrive au lieu-dit la Perrée, où elle croisait la voie suivant la rive gauche de l’Indre (voir voie 3.2). Presqu’en face l’actuelle Allée d’Ingrandes, qui aujourd’hui permet de franchir l’Indre au moyen d’un pont, et qui conduisait, au bord de la Loire, sur la commune actuelle d’Avoine, où un gué (puis à un bac) permettait traverser ce fleuve pour rejoindre Ingrandes-de-Touraine, sur la voie Orléans/Angers (voir voie 1.1).

 

Ce gué aboutissait vers la Croix Rouge (commune de la Chapelle-sur-Loire) puis la voie continuait vers la Croix morte, sur la commune actuelle de Restigné (Rastiniacum), où elle croisait l’importante voie Orléans-Angers (voir voie 1.1) ; toute cette région faisait partie, dans l’antiquité du territoire des Andécaves, dont la ville principale, Juliomagus deviendra Angers, puis, au Moyen-âge la capitale de l’Anjou.

 

Sur la commune de Restigné, des domaines agricoles se trouvaient aux lieudits suivants : l’Azé (Avitiacum), Lassis (Lattiacum), le Marnay (Materniacum), Lossay (Laussiacum), Louy (Laudiacum), Saint-Saunay (Solonacum) et Santenay (Sentennacum).La voie passait sans doute à Marcé (Marciacum), dans la commune actuelle de Bourgueil, puis rejoignait la vallée du Changeon à Touvois (commune de Bourgueil) mais, à partir de là le tracé est hypothétique car nous n’en avons pas trouvé de traces sur le terrain.

Selon nous, la voie continuait vers Continvoir où on trouve le Jaunay (Gallinacum) qui était « le domaine du gaulois » ainsi que les Maisons Rouges ; un lieu- dit du même nom est rencontré près de cette même voie un peu plus loin, sur la commune de Gizeux.

Puis elle passait sans doute entre le dolmen de la Cardinière (à l’ouest de Gizeux) et, à l’est, les ruines du dolmen de Continvoir, détruit par Saint Martin selon la tradition.

7.1 G2 dolmen-de-continvoir-19d23c6

On peut encore voir à Gizeux le grand château du 12ème siècle qui fut la propriété de la famille de Joachim du Bellay de 1315 à 1660.

 

Il est probable que la voie passât ensuite sur la commune de Parçay-les-Pins, où l’on rencontre les Quarts, lieu-dit que l’on retrouve sur la commune de Noyant, où il y avait, à l’époque mérovingienne, une villa royale, qui était sans doute la suite d’une villa gallo-romaine.

 

À Noyant, arrivait aussi une voie qui venait de Saumur, devenue un chemin de Saint-Jacques et, après Noyant, la D 767 rectiligne, reprend peut-être l’ancien tracé de la voie qui se dirigeait vers Le Lude en passant par la Boissière (commune de Dénézé-sous-Le Lude) où se trouve une ancienne abbaye du 12ème siècle puis à Laurière (commune de Dissé-sous-Le Lude), où plusieurs dolmens (en mauvais état) ainsi qu’un menhir, qui, selon la légende se réunissaient tous les 33 ans, jalonnent peut-être la frontière entre les Andécaves et les Cénomans, dont la capitale Vindunum deviendra Le Mans; on entre en effet, après Laurière dans la Sarthe, bien que toute la région fasse partie de l’Anjou sous l’ancien régime.

 

 

 

Au Lude, où existe un lieu-dit la Chaussée, le château de la Renaissance a remplacé une forteresse du 10ème siècle ; la voie principale continuait vers Le Mans tandis qu’une voie partait à l’est vers Vaas, où passait la voie Nouâtre/Le Mans (voir voie 7.2).

 

Cette voie passait par Cherré (Cariacum), dans la commune actuelle d’Aubigné-Racan, où l’on peut visiter (gratuitement) les imposantes ruines d’un sanctuaire gallo-romain située près d’un oppidum gaulois aménagé au 4ème siècle avant notre ère : l’éperon fortifié du Camp de Vaux.

Situé à proximité de trois peuples gaulois : les Turons, les Aulerques Cénomans et les Andécaves, ce sanctuaire était un grand lieu de rassemblement saisonnier et une sorte de marché aux bestiaux car de nombreux ossements d’animaux ont été retrouvés sous le forum.

Outre le forum, les constructions, édifiées aux 1er et 2ème siècles de notre ère, comprenaient notamment un théâtre pouvant accueillir 3 000 personnes, plusieurs temples et des thermes alimentés par un aqueduc ; sous le théâtre, une nécropole du 5ème siècle avant JC. a été découverte, avec cinq blocs mégalithiques et huit tumuli recouvrant des tombes à incinération, protégeant des urnes funéraires.

 

Théâtre de Cherré
Théâtre de Cherré (août 2011)

 

Nécropole de Cherré (août 2011)
Nécropole de Cherré (août 2011)

 

 

 

  

 

 

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