VOIE DE TOURNON-SAINT-PIERRE AU MANS VIA TOURS   

Nous avons vu dans le chapitre sur la voie 5.1 que, de Tournon-Saint-Pierre, deux voies partaient de la Croix de Pierre, une qui allait vers Yzeures-sur-Creuse en suivant la rive droite de la Creuse (5.1) et une autre qui se dirigeait vers le nord (7.3).

Tournon St Pierre, la Croix de Pierre (nov. 2011)
Tournon St Pierre, la Croix de Pierre (nov. 2011)

Cette dernière, qui est probablement reprise par la rectiligne D 14, passait à côté de Vonne (commune de Tournon-Saint-Pierre) puis, sans doute, au point culminant de la région, situé à la Grosse Borne (138 mètres), où il y avait probablement un dolmen, dont il reste quelques pierres, et enfin au domaine rural de Villejésus (commune de Bossay-sur-Claise) avant d’arriver à Preuilly-sur-Claise.

À Preuilly-sur-Claise, une enceinte et un site gallo-romains ont été photographiés par Jacques Dubois au lieu-dit le Mireuil, au nord de la commune, à l’ouest de la route de Pouet, allant vers Le Petit-Pressigny et continuant sans doute l’ancienne voie. Les objets découverts sur ce site (moulins, amphores, pièces) sont au musée situé dans l’ancienne poterne du château féodal de Preuilly, qui existait dès le 10ème siècle mais qui fut reconstruit plusieurs fois.

Il reste également à Preuilly-sur-Claise le pilier central d’un vieux pont sur la Claise, appelé Pont de la Clau (ou Clo, Clos, Clot) et considéré comme un pont gallo-romain, sur une voie allant d’un côté vers Charnizay et Loches, d’un autre côté vers Boussay, La Roche-Posay (voir voie 5.2) et Poitiers ; mais nous pensons qu’il s’agit plus vraisemblablement d’un pont et d’une voie médiévale. Par contre il est possible qu’une voie suivît la rive gauche de la Claise pour rejoindre la voie suivant la rive droite de la Creuse (voir voie 5.1) à Abilly.

 

Après Preuilly, la voie contournait certainement par l’ouest Le Petit-Pressigny, en passant par le Vignoux, la Carte et le Château Neuf, à côté du domaine gallo-romain de Narçay (Nartiacum), puis en franchissant l’Aigronne au Moulin Neuf avant de rejoindre La Celle-Guenand, en passant par le Moulin de Civray (Severiacum).

À La Celle-Guenand, site occupé dès l’époque néolithique, il y avait, outre le domaine de Civray, ceux de Crançay (Crescentiacum), Marnay (Madrianiacum) et Rasilly (Rasilliacum).

 

Une villa gallo-romaine avec thermes a aussi été découverte sur la commune voisine de Saint-Flovier à l’Aulnaye (D 59), où l’on a trouvé des fragments de poteries sigillées et de tuiles ainsi que des médailles et une clé en bronze. Entre La Celle-Guenand et Paulmy, la D 99 reprend sans doute le tracé de l’ancienne voie et elle croise, à la côte 119, au lieu-dit la haute borne un chemin qui continue sans doute une voie secondaire reliant la vallée de la Creuse à celle du L’Indre.

 

Paulmy est également un site occupé à l’époque néolithique comme le montre le dolmen de la Pierre Chaude (- 3 500) qui se trouve au bord de la route en direction de Neuilly-le-Brignon, un peu après le Châtelier ; à 200 mètres au sud de ce dolmen se trouvait la source sacrée de Fontenay ainsi qu’au nord, des cromlechs et un alignement connu sous le nom d’alignement de Brune ou du camp gaulois de Brenne.

Paulmy-_La_Pierre_Chaude (photo wikipedia)
Paulmy-_La_Pierre_Chaude (photo wikipedia)

La D 99 continue au nord de Paulmy, en direction de Ligueil, et passe à côté du site paléolithique de Pauvrelay, où l’on a découvert en 1937 une statue de la Tène III haute de 71 cm et représentant un dieu avec un torque (collier), tenant un poignard dans sa main droite qui a 6 doigts ; cette statue était destinée à être plantée en terre. Elle se trouve maintenant au musée du Grand Pressigny.

Statue-gauloise-de-Pauvrelay-musée-du-Grand-Pressigny
Statue-gauloise-de-Pauvrelay-musée-du-Grand-Pressigny

 

Près de Pauvrelay, au nord-ouest, la villa gallo-romaine de la Cormerie (Cormariacum) a livré du mobilier des 1er et 2ème siècles après JC.

 

La voie se dirigeait ensuite vers Ligueil, où elle croisait la voie Dangé-Saint-Romain/Athée-sur-Cher (voir voie 6.2) puis vers La Chapelle Blanche ; selon certains, l’ancienne voie serait continuée, non par la D 50, parfaitement rectiligne, mais par un chemin, dit « Chemin pavé de Louis XI » ou « Chemin de Saint Martin », car, selon la tradition, Saint Martin, empruntant un jour ce chemin, aurait été attaqué et blessé à Montfouet près de la Varenne ; il aurait ensuite lavé ses plaies dans une source proche devenue la miraculeuse Fontaine Saint-Martin ; mais cela nous semble assez peu probable.

Voie Paulmy-Ligueil 3 juin (D 99) 2018
Voie Paulmy-Ligueil (D 99) (juin 2018)

 

La D 50, toujours aussi rectiligne va ensuite, en passant par Les Maisons Neuves vers Manthelan, où elle croise deux voies transversales, allant de La Celle Saint-Avant à Amboise (voie 6.6) et de Chinon à Loches (voie 6.4), puis, après Manthelan, elle se dirigeait vers Le Louroux en passant près du Grand Bray.

 

Après cette commune, la voie se dirigeait vers Esvres-sur-Indre mais le tracé n’en est pas bien connu ; elle pouvait passer, soit par Saint-Branchs, où elle aurait croisé la voie allant de Nouâtre à Athée-sur-Cher (voie 6.3), soit par Tauxigny et Cormery.

À Esvres-sur-Indre, la voie croisait les deux voies des rives de l’Indre (voir voies 3.1 et 3.2) et en sortant de cette cité, la voie passait notamment par la Chaussée et le site néolithique de Nantilly (Nautiliacum) avant de continuer vers Saint-Avertin (voir voie 2.2) puis vers Caesarodunum par les Ponts Longs.

Une fois arrivé là, le voyageur voulant continuer vers le nord devait traverser la Loire jusqu’à Saint-Symphorien (voir voie 1.1) puis emprunter une voie continuée par l’actuelle rue du Pas-Notre-Dame qui va vers Notre-Dame d’Oé.

Notre-Dame-d’Oé est une ancienne agglomération gallo-romaine (vicus) dont les ruines sont probablement à l’origine du lieu-dit Mazières, qui est en fait le centre du village et où il y a là maintenant un château, dont le propriétaire fut, au 16ème siècle René Fame, humaniste et traducteur d’Erasme. On peut aussi noter que, à droite de la voie, avant d’arriver dans le village, le toponyme Cussé, venant de Curtiacum, indique qu’il y avait là une villa gallo-romaine.

N.D.-d'Oé-Cussé (oct-2011)
N.D.-d’Oé-Cussé (oct-2011)

La voie continuait ensuite vers Chanceaux-sur-Choisille, où la présence gauloise est attestée par un établissement rural turon au lieu-dit la grande pièce de la ferme de Chanceaux ; cette ancienne ferme était près du centre mais elle est maintenant remplacée par un ensemble de pavillons résidentiels.

Chanceaux-sur-Choisille, fanum, photo aérienne de J. Dbois (juillet 1991)
Chanceaux-sur-Choisille, fanum, photo aérienne de J. Dbois (juillet 1991)

Jacques Dubois a également photographié les traces d’une enceinte datant du 1er ou du 2ème siècle après JC et se trouvant dans une agglomération secondaire située à la Prairie de la Bourdillère (à 750 m au nord) : lieu qui a pu être exploré grâce à la construction de l’autoroute A 28.Il y avait à l’ intérieur de cette enceinte deux temples enchâssés, dont l’un avec une cella carrée, et une maison, que Jacques Dubois interprète comme « la maison du gardien ».

Langennerie-voie-descendant-vers-la-Choisille-juin-2011
Langennerie-voie-descendant-vers-la-Choisille-juin-2011

Après Chanceaux-sur-Choisille, la voie traversait la Choisille dans le bourg de Langennerie (à cheval sur les communes de Chanceaux et de Cérelles) ; il y avait là un gué, près duquel Ronsard dormit « sous les saules plantés le long d’une prairie » comme il le raconte dans son Voyage de Tours (1560), et un pont de bois entretenu par le meunier du Moulin de la Planche (15ème siècle).

Il est probable que la voie passât ensuite sur la commune de Cérelles, où l’on trouve le lieu-dit la Carte puis sur la commune de Rouziers-de-Touraine, où existe le lieu-dit Semblançay (Simpliciacum) avant d’arriver sur la commune de Beaumont-la-Ronce où elle continuait sans doute entre le menhir de Montifray, appelé aussi la Pierre du pont Champion, et le dolmen de la Haute-Barde, qui se trouve juste derrière une très grande bâtisse, qui fut jadis une belle maison de retraite mais dont l’accès est maintenant interdit, vu l’état de délabrement des bâtiments.

Beaumont-la-Ronce dolmen de la Haute Barde (oct 2011)
Beaumont-la-Ronce dolmen de la Haute Barde (oct 2011)

Dans les environs du château de Montifray, Jean-Mary Couderc a signalé un habitat gallo-romain où des fragments de poteries sigillées et de vases en verre ont été découverts.

La voie arrivait ensuite sur la commune de Neuvy-le-Roi, qui fut habitée dès l’époque néolithique et où il y eut vraisemblablement une ancienne agglomération (vicus) puisqu’au 6ème siècle ce lieu fut appelé novus vicus, au moment où une chapelle fut fondée en l’honneur de saint André.

Selon certains témoignages il existerait des voies dallées gallo-romaines sous l’actuelle rue Saint-André, dans le centre, au carrefour de la D 68 qui va vers Beaumont-la-Ronce et de la D 54 allant vers Épeigné-sur-Dème, mais ce qui est certain c’est que des sites gallo-romains ont été repérés et fouillés aux lieudits l’Oie et Mazy (Masiacum) où une métairie est signalée au 15ème siècle ainsi qu’à la Thivinière, où nous avons pu visiter, grâce à l’obligeance de la propriétaire, le manoir du 16ème siècle dont les fondations reposent peut-être sur l’ancienne villa.

Neuvy-le-Roi, la Thivinière (oct 2011)
Neuvy-le-Roi, la Thivinière (oct 2011)

Après Neuvy-le-Roi, la voie franchissait la Dème entre Épeigné-sur-Dème et Chemillé-sur-Dème, à un endroit que les gens du pays appellent l’Inferneau, où se trouvent encore de grandes dalles permettant aux piétons de franchir le gué à pied sec ; juste avant ce gué, la voie est encore bien visible sous le nom d’Allée romaine ; après le gué le chemin continue jusqu’à la D 72 où il aboutit à côté d’une croix blanche (côte 79) ; de l’autre côté de la départementale, l’ancienne voie, qui sert de limite entre les deux communes, peut encore être distinguée.

l'Inferneau, gué sur la Dème entre Épeigné et Chemillé-sur-Dème, (oct 2011)
l’Inferneau, gué sur la Dème entre Épeigné et Chemillé-sur-Dème, (oct 2011)

Après Chemillé-sur-Dème on arrive à la frontière entre trois départements : Indre-et-Loire (37), Loir-et-Cher (41) et Sarthe (72) correspondant aux territoires de trois peuples gaulois : les Turons (37), les Carnutes (41) et les Aulerques Cénomans (72) ; ce qui explique le nombre important, dans la région, de noms de lieu indiquant une frontière ou la proximité d’une limite :

1 La grande borne (commune de Beaumont-sur-Dème, dans la Sarthe) qui est sans doute un ancien dolmen mais qui n’est indiqué sur aucune carte.

2 Le gué Bordier (ancienne commune de Rorthe, annexée à Epeigné-sur-Dème en 1822), et à côté le gué de Rorthe, où la voie ancienne passait vraisemblablement ; ces deux gués sont sur le Ruisseau de Rorthe, qui indique la frontière entre l’Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher.

Épeigné-sur-Dème, le gué de Rorthe (oct 2011)
Épeigné-sur-Dème, le gué de Rorthe (oct 2011)

3 On trouve aussi, de part et d’autre de ce ruisseau, deux lieu-dits nommés Ingrande, nom qui, on le sait, indique une frontière gauloise : il s’agit d’Ingrande, sur la commune de Chemillé, donc dans l’Indre-et-Loire, au bord de la D 68 et d’Ingrande sur la commune de Villedieu-le-Château, donc dans le Loir-et-Cher.

 

Chemillé-sur-Dème, Ingrande (oct 2011)
Chemillé-sur-Dème, Ingrande (oct 2011)

 

Villedieu, Ingrande (octobre 2011)
Villedieu, Ingrande (octobre 2011)    

4 En continuant le chemin qui passe au gué Bordier, on trouve le lieu-dit la grande pierre (commune de Villedieu-le-Château) puis, peu après, le menhir des Cormiers, situé près du lieu-dit le Ragot, ces mégalithes étant souvent à proximité d’une frontière.

7.3 R1 plan Chemillé-Villedieu

Ce menhir en grès de 2,35 m. de haut ressemble vaguement à une tête et plusieurs légendes y sont attachées : il est appelé localement la Pierre druidique ou la Pierre du sacrifice, sur laquelle les victimes présumées étaient attachées par des liens passant dans les deux trous de la pierre, figurant les yeux ; on l’appelle aussi Pierre qui tourne à midi parce qu’elle aurait la propriété de pouvoir tourner sur elle-même !

Villedieu, menhir des cormiers (octobre 2011)
Villedieu, menhir des cormiers (octobre 2011)

Après Villedieu-le-Château, où subsistent les ruines imposantes d’un prieuré reconstruit au 12ème siècle, la voie continuait, chez les Aulerques Cénomans, en direction du Mans.

 

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