VOIE DE VOUNEUIL-SUR-VIENNE À MONTRICHARD 

 

À Moussais (Mocciacum), dit aujourd’hui Moussais-la-Bataille (commune de Vouneuil-sur-Vienne) parce que la bataille de Poitiers se serait déroulée là (mais voir aussi les voies 6.3 et 7.2), deux grandes voies se croisaient : celle qui allait d’Espagne en Belgique, via Poitiers, Tours, Le Mans (voir voie 7.2) et celle qui reliait Bordeaux à Bourges en allant, pour ce qui est du territoire de Turons, de la vallée de la Creuse à la vallée du Cher.

Croisement des voies 6.2 et 7.2 (avril 2011)
Croisement des voies 6.1 et 7.2 (avril 2011)

Avant d’arriver à la Creuse, où commençait le territoire des Turons, cette voie passait sur le territoire des Pictons, et longeait la réserve actuelle du Pinail, où il y avait un oppidum sur lequel une pièce en bronze de  Galba (empereur de 68 à 69 après JC) a été trouvée.

La voie franchissait la Vienne au gué de Ribes, au sud de la commune de Vouneuil-sur-Vienne, où elle croisait la voie qui suivait la rive droite cette rivière (voir voie 4.1).

Le gué et le port de Ribes (août 2011)
Le gué et le port de Ribes (août 2011)

Ribes comptait encore une centaine d’habitants en 1900 ; des grottes troglodytiques et des silex taillés indiquent l’ancienneté de ce lieu, également riche en minerai de fer, d’où l’ancien nom de Forges, donné à ce hameau. Il y avait là, à l’époque gallo-romaine un temple et un port (de chaque côté de la rivière) qui fonctionnait encore lors de la construction du pont Henri IV de Châtellerault, en 1609. Le gué a ensuite été remplacé par un bac. Selon une tradition locale, la Vienne était ici appelée la rivière aux oies ; peut-être s’agit-il, comme pour le Pont aux oies de Joué-les-Tours (voir voie 7.2), d’une déformation de « voie (gallo-romaine) ».

Voie après le gué de Ribes (août 2011)
Voie après le gué de Ribes (août 2011)

Après Ribes, la voie allait vers Chenevelles (Canabella = champ de chanvre) en passant par le bois de Foi ou de la Foye et en franchissant l’Ozon au gué de Maugeant.

 

Elle arrivait ensuite chez les Turons, après avoir traversé la Creuse entre Mairé (voir voie 5.2) et Barrou (voir voie 5.1), peut-être au gué du Moulin à vent sur la commune actuelle de Barrou.

Gué du Moulin à vent, à Barrou (août 2011)
Gué du Moulin à vent, à Barrou (août 2011)

La voie se dirige ensuite vers Le-Grand-Pressigny (actuelle D 60) en passant à côté du lieu-dit Soulanger (Subalaniacum) ; cette région, très riche en silex turonien, a fourni des  lames de 40 cm exportées, au néolithique, dans toute l’Europe ; des restes d’une villa et d’un aqueduc gallo-romains ont été trouvés à la Blanchetière, au nord de cette commune, où un très beau musée préhistorique a été installé dans le château (12ème siècle). Quatre domaines agricoles gallo-romains existaient aux lieu-dits Chitray (Castriacum), Choisy (Cauciacum), Moisay (Mosiacum) et Savigny (Sabiniacum).

Voie entre Barrou et Le Grand-Pressigny (août 2011)
Voie entre Barrou et Le Grand-Pressigny (août 2011)

Après Le-Grand-Pressigny, la voie se dirigeait vers Betz-le-Château et croisait la voie Tournon Saint-Pierre/Le Mans (voir voie 7.3), peut-être au lieu-dit la Haute-Borne, à l’entrée du bois de Paulmy, où il y a encore une croix qui indique un croisement et qui a peut-être remplacé un ancien menhir, comme c’est parfois le cas.

Croisement des voies 6.1 et 7.3 (août 2011)
Croisement des voies 6.1 et 7.3 (août 2011)

À Betz-le-Château se trouvaient l’oppidum turon de la Châtre, constitué d’une enceinte circulaire entourée de fossés, ainsi qu’une nécropole gallo-romaine située à côté de l’ancien cimetière contenant des sépultures à inhumation et à incinération, avec des céramiques du 1er siècle après J.C. comme on peut le voir dans le petit musée de la mairie.

À côté de Betz-le-Château, à Ferrière-Larçon d’anciennes mines de fer étaient déjà exploitées du temps des gaulois, près du camp préhistorique de la Butte de Muraz, où il y eut aussi un domaine gallo-romain. La voie, qui se dirigeait ensuite vers Verneuil-sur-Indre en traversant une forêt dans laquelle s’abritait le maquis Césario durant la dernière guerre, a été repérée au rond du Murger, à côté du lieu-dit le Murget, point culminant de cette forêt (146 m.), où il y avait aussi un fort (castellum) gallo-romain. Ces deux derniers toponymes (le Murger et le Murget) viennent du latin municarium, signifiant « tas de pierres » pouvant provenir des ruines d’une construction gallo-romaine).

6.1 J ancienne voie au Murget (août 2011)

C’est là qu’elle croisait la voie de la rive gauche de l’Indre (voir voie 3.2), qu’elle franchissait au moulin de Rouvray dans l’ancienne commune de Saint-Germain (aujourd’hui Saint-Jean-Saint-Germain), avant de croiser la voie de la rive droite (voir voie 3.1).

La voie continuait ensuite vers Sennevières où un monastère fut fondé au 6ème siècle par un certain Ursus, inhumé après sa mort à Loches sous le nom de Saint Ours puis vers la commune de Montrésor, où une forteresse fut édifiée au tout début de 11ème siècle par un vassal de Foulques Nerra.

Montrésor est une des plus belles communes d’Indre-et-Loire : on peut y voir le donjon de la forteresse et le château (14ème et 15ème s.) qui lui a succédé ainsi que quelques vieilles maisons à colombages des 15ème et 16ème siècles (rue Branicki) ou encore la maison du Chancelier (1581) avec sa tourelle à encorbellement (Grande-Rue) ; il y a aussi la halle aux laines ou aux cardeux (18ème s.), le cardage de la laine étant l’activité principale de la région jusqu’au 19ème siècle.

Près de l’ancienne gare de la ligne à voie métrique Loches-Montrésor (aujourd’hui la Poste), sur la rive gauche de l’Indrois, subsistent les restes de deux aqueducs gallo-romains : celui de Gravier et celui de la Ronde.

      

L’aqueduc de Gravier venait de Villeloin-Coulangé et suivait la rive gauche de l’Indrois ; celui de la Ronde partait d’une source située dans la vallée du Ruisseau d’Aubigny (Albiniacum), près du lieu-dit Villiers (Villaris), sur la commune de Villeloin-Coulangé, où se trouve le prieuré de Grandmont, fondé par Henri II Plantagenêt ; il était, pense-t-on, destiné à alimenter en eau potable une villa gallo-romaine située entre Montrésor et Chemillé-sur-Indrois ; il s’agit peut-être du domaine agricole qui devait exister aux Mouzés (Mocciacum), comme l’indique l’étymologie de ce lieu-dit, sur la commune de Chemillé-sur-Indrois.

 

Il existait aussi, sans doute, des domaines gallo-romains à Montigny (Montiniacum), sur la commune de Montrésor, et à Marigny (Mariniacum) sur la commune de Chemillé-sur-Indrois.

 

La voie passait ensuite près de la commune actuelle de Beaumont-Village et du  domaine de Cephou (commune d’Orbigny, venant de Urbiniacum), venant de Cofiacum, avant d’arriver à la Croix Mouzé (Maletiacum) et à la Maison Rouge (commune de Céré-la-Ronde), où elle est encore bien visible. Ce toponyme de « la ronde » vient du gallo-romain rotunda (Villa) ou « domaine en rond ».

 

Après la Maison Rouge, la voie montait vers le point culminant de l’Indre-et-Loire, qui se trouve au signal de la Ronde (136 m.), d’où l’on voit la vallée de l’Indrois au sud et la vallée du Cher, au nord.

 

 

C’est là que notre voie croisait la voie Dangé-Saint-Romain /Thésée-la-Romaine (voir voie 6.2) avant de continuer vers Faverolles-sur-Cher, sur la rive gauche du Cher (voir voie 2.2) et Montrichard, sur la rive droite (voir voie 2.1).

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