RIVE GAUCHE DE VOUNEUIL-SUR-VIENNE À CANDES

Nous avons vu dans le chapitre précédent qu’un voyageur allant de Limoges vers l’Atlantique suivait la rive droite de la Vienne mais il pouvait également emprunter une voie qui suivait la rive gauche de cette rivière et qui passait à Vouneuil-sur-Vienne, d’où partait une voie reliant la vallée de la Vienne à celle du Cher (voir voie 6.1).

Cette voie arrivait ensuite sur la commune actuelle de Cenon-sur-Vienne, près de laquelle se trouvait l’importante agglomération de Briva, connue aujourd’hui sous le nom du Vieux-Poitiers (voir voie 7.2), où notre voie franchissait le Clain pour continuer vers le nord.

 

Borne milliaire découverte à Cenon-sur-Vienne
Borne milliaire découverte à Cenon-sur-Vienne

Dans le cimetière de Cénon-sur-Vienne, huit bornes milliaires, transformées en sarcophages, ont été découvertes en 1928. Une de ces bornes, avec la dédicace de Trajan (empereur de 98 à 117), était sans doute placée près de Briva car elle indique LIM(onum) = XI et FIN(ibus) = V : c’est-à-dire Limonum (Poitiers) à 11 lieues (27 km) et Fines (frontière = Ingrandes-sur-Vienne) à 5 lieues (12 km), ce qui correspond précisément à la position du Vieux Poitiers.

Confluent de la Vienne et du Clain (juillet 2017)
Confluent de la Vienne et du Clain (juillet 2017)

Après avoir franchi le Clain, la voie continuait à suivre la rive gauche de la Vienne et passait Châteauneuf (commune actuelle de Châtellerault) avant d’arriver à Antran, au confluent de la Vienne et du Gatineau, où l’on a découvert des tombes d’aristocrates gallo-romains du 1er siècle après JC, dont le riche mobilier peut être vu au musée Sainte-Croix de Poitiers. Elle continuait ensuite par Vaux-sur-Vienne, où il y avait un port sur la Vienne avant d’arriver à Saint-Romain, ancienne commune faisant partie maintenant de Dangé-Saint-Romain, où un gué permettait de rejoindre la rive droite.

À la sortie de Dangé-Saint-Romain,  on rencontre un croisement marqué par une croix de pierre avec une voie allant vers Marigny-Marmande*, qui était alors sans doute une agglomération à la frontière entre les Pictons et les Turons mais on ne sait pas exactement où commençait le territoire des Turons car Antogny-le-Tillac, aujourd’hui en Indre-et-Loire, faisait autrefois partie du Poitou.

La voie principale (aujourd’hui D 18) continuait vers Séligny (Celiniacum), ancienne commune, connue dès le 7ème siècle où, selon certains, on aurait découvert les vestiges d’un aqueduc et d’un temple gallo-romain ; c’est maintenant un lieu-dit d’Antogny-le-Tillac, plus important que le bourg car la mairie, la salle des fêtes et le café se trouvent dans ce hameau.

 

 

Deux villas gallo-romaines ont été repérées sur cette commune : à la Couarde, avant Séligny, entre la D 18 et la Vienne, ainsi qu’aux Chirons, à l’ouest de Séligny, où une construction de 19 m. sur 14 m, considérée comme un temple privé et dont le sol était pavé, a également été vue ; on a aussi découvert à cet endroit une pierre avec échancrure, qui pourrait provenir d’un pressoir à raisin du 2ème s. après JC ainsi que des morceaux de céramiques sigillées. Il existait sans doute aussi un domaine à Montigny (Montiniacum), autre hameau d’Antogny-le-Tillac. On peut voir, dans cette commune, la belle et très ancienne église Saint Vincent ainsi que, à côté, le vieux cimetière, dévasté par les crues de la Vienne.

Peu après, Pussigny est aussi un lieu occupé dès la préhistoire comme le montrent l’oppidum néolithique puis gaulois du château d’Amirette, à  Sauvage, ainsi que le dolmen circulaire de Doulx (dola villa), entouré d’une ceinture de pierres et recouvert à l’origine par un tumulus, comme c’était généralement le cas.

Juste à côté de ce dolmen, les travaux de la LGV ont mis à jour, au lieu-dit le Vigneau,  un vaste complexe où Arkemine a découvert une nécropole néolithique (- 4000), contenant de nombreuses poteries ainsi qu’un enclos funéraire de la fin de l’époque gauloise avec des urnes, dans lesquelles il y avait encore des cendres ; il y eut ensuite sur ce site exceptionnel un grand ensemble gallo-romain avec un temple (fanum) puis des souterrains-refuges.

Poteries néolithiques découvertes au Vigneau
Poteries néolithiques découvertes au Vigneau

Il existait aussi, près de l’église de Pussigny, des ruines importantes avec une nécropole contenant de nombreux sarcophages, dont l’un était celui d’une nommée  Lupicina, mais tout a complètement disparu et il ne reste qu’une belle église, près de laquelle sont exposées, chaque été des peintures grand format dans le cadre des Pussifolies.

La voie passe ensuite près du Bec-des-deux eaux (commune de Ports-sur-Vienne) : nom donné au confluent de la Vienne et de la Creuse ; ce lieu fut occupé depuis les temps les plus anciens ; il y avait là un ou plusieurs dolmens, et on y découvrit en 1876, lors de la construction du pont sur la Vienne, un casse-tête néolithique en granit.

C’est là aussi qu’en 1946 on trouva par hasard une fosse contenant une dizaine de squelettes datés de – 3670 à – 2910 ; on pense que c’était la sépulture collective des habitants d’un camp fortifié se trouvant au château d’Amirette ; l’important mobilier funéraire découvert dans cette fosse se trouve maintenant au très intéressant musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny.

Mobilier de la sépulture collective du Bec-des-deux-eaux
Mobilier de la sépulture collective du Bec-des-deux-eaux

Il y eut là, au 12ème siècle, une des places-fortes des seigneurs de Sainte-Maure,  appelée Grouin < du patronyme germanique Gronnium, comme l’indique la charte 562 du cartulaire de l’abbaye de Noyers.

Peu après le Bec-des-deux-eaux, là où bien plus tard un barrage et une usine hydro-électrique furent installés, le lieu-dit Les maisons rouges est situé en face d’un autre lieu-dit du même nom, sur la rive droite de la Vienne et la commune de Nouâtre (voir voie 4.1).

Après être passée près d’une falaise d’où l’on extrayait la chaux, la voie descend vers Marcilly-sur-Vienne ; on dit généralement que le nom de cette commune vient de Marcilliacum et signifie le domaine de Marcillius mais étant donné le nombre important de communes et de lieu-dits qui s’appellent ainsi, il est possible, comme le pense Pierre Audin, que ce toponyme vienne plutôt de maro-siglen signifiant en gaulois le grand marais. Il existait d’ailleurs, au moins depuis le 7ème siècle, une ferme seigneuriale dépendant du château de la Motte et appelée la ferme du marais, située rue du marais, en face de l’église.

Voie vers Avrigny (octobre 2011)
Voie entre Marcilly et Avrigny (octobre 2011)

De Marcilly, deux voies partaient, à l’ouest, vers le Loudunois, qui à cette époque faisait partie du territoire des Andécaves ; la première passait près de l’ancien domaine d’Avrigny (Apriniacum), aujourd’hui sur la commune de Ports, tandis que la seconde traversait le domaine de Cambraye (Camaracum).

Voie près de Cambraye (octobre 2011)
Voie près de Cambraye (octobre 2011)

À la sortie de Marcilly, près du château la Motte (anciennement château de La Mothe-Yvon, un gué permettait de traverser la Vienne pour rejoindre Nouâtre puis, la voie continuait vers les Mariaux où il y avait également un gué, qui était situé juste en face de la villa gallo-romaine de Soulangé et où une épée gauloise fut découverte ;  il est possible que le tracé de l’ancienne voie soit repris par la D 18 qui passe à Marnaise, sur la commune de Pouzay, où il y avait sans doute un domaine car cet endroit s’appelait avant Vinay (Viniacum).

La voie continuait ensuite vers la commune actuelle de Parçay-sur-Vienne* en franchissait l’Arceau, petit affluent de la Vienne*, au lieu-dit le Pont. Le sud-ouest de cette commune semble avoir été particulièrement habité ; on y trouve en effet un site gallo-romain à la Vinière (Viniacum), , le dolmen ruiné de la Brèche à la Prée  et un autre site au Bois du Colombier où l’on a découvert un haut de chenet en bronze figurant une tête de taureau.

À la sortie de Parçay, au croisement de la Croix de Pierre, un chemin conduit à Mougon rive gauche (commune de Parçay) où un gué donnait accès aux ateliers de potiers de Mougon rive droite, sur la commune de Crouzilles (voir voie 4.1).

La voie allait ensuite vers la commune actuelle de L’Île-Bouchard en passant au lieu-dit la Planche (gué sur la Bourousse) près duquel il y avait les domaines de Migny (Magniacum) à Parçay-sur-Vienne et de Marigny (Mariniacum) à L’Île-Bouchard.

Créée sur une île de la Vienne*, L’Île-Bouchard* est une ancienne cité avec une importante commanderie des Templiers implantée à Brizay* où l’on peut voir  le dolmen de Grobois, dit le Palet de Gargantua. Un autre dolmen, dit du Pavé-Saint-Lazare, se trouve aussi sur la rive droite de la Vienne*. Les deux photos dessous proviennent d’un excellent site créé par Christian Nicolas.

  

Contigu à L’Île-Bouchard*, Tavant qui est surtout connu pour les magnifiques peintures (12ème s.) de la crypte de l’église romane du 11ème siècle, est aussi un site ancien car on y a découvert un site néolithique, une villa gallo-romaine (à la sortie du village sur la droite) et surtout une nécropole découverte fortuitement en 1997 au 42 rue Grande par M. Rivière, qui creusait derrière sa maison pour installer un hangar.

 

Les fouilles, effectuées par le service régional de l’archéologie de la région Centre, ont permis de découvrir 103 tessons de céramiques du néolithique et de l’âge du bronze ainsi que 24 sépultures datant du 1er au 3ème siècle ap. JC. Ces sépultures contenaient des adultes inhumés dans des cercueils ou des enfants (8) mis dans des sarcophages ; elles ont livré 118 objets, dont 67 céramiques (gobelets, cruches, assiettes, etc.), 17 objets en verre (récipients, perles, etc.), 5 pièces de monnaie, parmi lesquelles un as de Claude (41/51 ap. JC) et un as de Néron (66/69 ap. JC), 4 paires de chaussures et 3 épées miniature ; l’as étant une monnaie en bronze ou en cuivre, servant d’unité de compte ; au début de l’Empire, c’était une pièce de cuivre, pesant 10,8 grammes. Tous ces objets ont été confiés à la Société Archéologique de Touraine et certains peuvent être vus actuellement (décembre 2012) à l’écomusée du Véron dans le cadre de l’exposition : Les Gallo-Romains entre Loire et Vienne.

On dit que trois gués existaient dans ce village. Aujourd’hui le gué le plus visible se trouve dans le centre du bourg, en face de l’ancien prieuré, fondé en 987, et aboutit, sur la rive droite, à un endroit nommé le Pont (commune de Panzoult).

Après Tavant*, la voie passait sur la commune actuelle de Sazilly*, où de nombreux fragments de tuiles ont été découverts près d’un gué et dont l’église, qui est isolée non loin de la Vienne*, a remplacé, dit-on, un temple gallo-romain.

On arrivait ensuite à sur la commune d’Anché* où plusieurs vestiges gallo-romains ont été retrouvés, dont un atelier de forgeron du 2ème s. ap. JC ; à la sortie de cette commune, une route part sur la gauche : la D749, qui continue sans doute une ancienne voie allant vers Lémeré*, où des vestiges gallo-romains ont été trouvés au Château de la Noblaye, et vers Champigny-sur-Veude*, où l’on peut admirer les magnifiques vitraux de la chapelle Saint-Louis.

Sur la droite, part le chemin des Plantes qui reprend probablement l’ancienne voie allant à Candes* ; on a découvert à proximité une villa gallo-romaine et un temple, avec deux sarcophages du 4ème siècle ap. JC. Ce chemin suit la rive gauche de la Vienne* et aboutit directement à l’entrée du vieux bourg de Rivière*.    

Anciennement Riparia, c’est-à-dire celle qui se trouve sur la rive, Rivière est une ancienne commune liée à la légende de saint Martin qui aurait, à cet endroit, construit une église après avoir sauvé de la noyade son disciple saint Mexme. Sous le porche de l’église actuelle de belles peintures murales du 11ème siècle évoquent la résurrection de Lazare.

C’est à Rivière, sans doute près de l’église actuelle, que la voie Dangé*/Candes* croisait la voie Loudun*/Pont-de-Ruan* (voie B4), qui, à droite allait vers le gué de la Motte* sur la commune de Cravant*.

La voie B2 continuait à longer la rive gauche de la Vienne* et arrivait dans l’actuel faubourg Saint-Jacques de Chinon* en passant par les Naîtrés (< Natteriacum) et par le Pressoir.

La voie devient ensuite le GR3 qui traverse l’ancien Pontille (commune de Chinon*), célèbre, au temps de Rabelais, pour ses vaches et pour ses oies (Gargantua : chapitre 7 et le Cinquième Livre : chapitre 15).

Ce lieu-dit se trouve en face de Coulaine (commune de Beaumont-en-Véron) et il y avait peut-être là un gué joignant les deux rives.

Après Pontille, le chemin passe sur le Pont de Clan, également cité par Rabelais (Gargantua : chapitre 47), qui semble plus ancien et plus gallo-romain que le bien connu « pont gallo-romain », de la Chaussée sur la commune de Saint-Germain-sur-Vienne, où se trouvait le domaine de Rassay (Recciacum).

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Après La Chaussée, il se peut qu’une voie partît vers Ingrande (commune de Couziers) à la frontière entre les Turons et les Pictons, comme l’indique le toponyme  tandis que la voie principale continuait vers Candes.

Ingrande à Couziers (décembre 2012)
Ingrande à Couziers (décembre 2012)

Candes, maintenant Candes-Saint-Martin, est surtout connu pour sa collégiale où est mort Saint Martin avant d’être ramené à Tours mais ce fut aussi une importante cité gallo-romaine, où il y avait un temple, dont les vestiges ont été découverts en 1856 dans le parc du château avec deux monnaies d’Auguste (empereur de – 24 à + 14) et de Tibère (empereur de 14 à 37) ; cet édifice fut sans doute détruit en 387 quand Saint Martin édifia son église, dédiée à Saint-Maurice.

C’est à Candes que l’on peut voir la borne des Trois évêchés, au carrefour de la D 947 et de la D 7, qui indiquait le point de jonction de trois territoires gaulois : celui des Turons, des Pictons et des Andécaves, dont la capitale était Angers (Juliomagus), vers où la voie continuait.

Borne des 3 évêchés : la gauloise, à gauche, et la gallo-romaine, à droite (photo Raymond Mauny)
Borne des 3 évêchés : la gauloise, à gauche, et la gallo-romaine, à droite (photo Raymond Mauny)

 

 

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