RIVE DROITE DE LA LOIRE D’ORLÉANS à ANGERS

Cette voie était sans doute une des plus importantes de la région car elle allait de Lutèce (Lutetia) à Nantes (Condevicum), et, pour ce qui nous concerne, elle reliait, en longeant la rive droite de la Loire, deux agglomérations importantes : Orléans (Cenabum), une des deux capitales des Carnutes et Angers (Juliomagos), la capitale des Andécaves, en passant par Caesarodunum.

Elle figure sur la Table de Peutinger avec les distances suivantes : 51 entre Cenabum et Caesarodunum, 29 entre Caesarodunum et Robrica puis 17 entre Robrica et Juliomagos. Il s’agit vraisemblablement de lieues gallo-romaines (2,220 km), ce qui correspond à 113 km entre Orléans et Tours et 102 km entre Tours et Angers (118 et 128 km actuellement).

Table de Peutinger
Table de Peutinger

Après Orléans, la voie passait par La Chaussée-Saint-Victor, où il y avait au 2ème siècle une villa gallo-romaine, à l’emplacement du cimetière actuel et par Blois, ancien oppidum des Carnutes, situé au carrefour des voies Orléans-Angers et Chartres-Bourges. Elle longeait ensuite la Cisse, affluent de la Loire, qu’elle suit de près, en traversant les communes actuelles de Chouzy-sur-Cisse et d’Onzain, avant d’arriver sur le territoire des Turons à Cangey.

Première commune d’Indre-et-Loire, quand on vient du Loir-et-Cher, Cangey conserve des traces du néolithique, notamment la Pierre de David, nom christianisé de la Pierre Lée (ou Pierre Levée). Ce menhir, de 2,20 mètres de haut, enfoui de 3,50 mètres dans le sol, auquel sont rattachées de nombreuses légendes, a donné son nom au Moulin de Lée (sur la Cisse) et est situé près de la limite entre les deux départements, qui était aussi, probablement, la frontière entre les Carnutes et les Turons,

Selon certains, le toponyme Cangey viendrait d’ailleurs du gaulois can-ceton signifiant le bois sur la hauteur mais il y a aussi des traces gallo-romaines comme l’habitat trouvé, au nord de cette commune, au Bois de Lée, où il y avait peut-être un autre menhir, ainsi que le toponyme Fleuray, issu de Floriacum ou « domaine agricole de Florius », ancienne commune rattachée à Cangey en 1822.

Après Cangey et en suivant la D 1, qui longe la Cisse et qui a pris la place de la voie gallo-romaine, on arrive, juste avant Limeray au lieu-dit la Maladrerie, où, au moyen-âge une léproserie accueillait les malades, qui, venant du comté de Blois, voulaient entrer dans le comté de Tours ; en effet la limite entre les deux comtés correspond à celle entre les deux communes et il est fort vraisemblable que la frontière entre les Carnutes et les Turons coïncidât avec cette limite et non avec celle entre les deux départements.

Selon certains, d’ailleurs, le toponyme de Limeray, qui apparaît en 966 sous la forme Limariacus et que l’on fait venir habituellement, soit de Lithomariacum ou « domaine de Lithomar » (patronyme germanique), soit du gaulois limos, signifiant l’orme, pourrait être mis en relation avec un des noms latins désignant une frontière : limes.

À l’époque gallo-romaine, de nombreux domaines agricoles exploitaient les riches terres alluviales, notamment à Avizé ou « domaine d’Aviretus », fief cité en 1202, où se trouve un manoir du 15ème siècle, qui appartint à Pierre Forget, maire de Tours en 1530 ainsi qu’à Moncé ou « domaine de Montius », où une abbaye cistercienne fut fondée en 1209. 

Les archives locales citent aussi, dans la paroisse de Limeray, les fiefs de Larçay ou « domaine d’Adrastius », qui appartint à Madeleine Scarron, sœur de Paul Scarron, l’auteur de Le Roman comique, et de Souchay ou « domaine de Soppius » mais ces toponymes n’existent plus actuellement dans cette commune.

Entre la Cisse et la Loire, se trouvent aussi les Mardelles, du latin margella signifiant « petite rive », où il y avait une villa gallo-romaine du 1er siècle après JC, dans laquelle des fragments de tuiles et de poteries ont été trouvés.

En continuant notre trajet sur la D 1, on arrive à Pocé-sur-Cisse, toponyme qui apparaît en 775 sous la forme Pociacum ou « domaine de Pocius », et notamment à La Mazère, venant du latin maceria ; désignant souvent, pour les Francs, des lieux où se trouvaient des ruines gallo-romaines.

Mais si l’on regarde la carte IGN de la région, on s’aperçoit que, sur une ligne droite entre la Cisse et la Loire, existent plusieurs hameaux importants, notamment Les Mardelles, à Limeray et Les Fougerets, à Pocé sur-Cisse, lieu occupé depuis le néolithique, où une nécropole gauloise a été utilisée du 1er siècle avant JC jusqu’au 3ème siècle après JC.

On s’aperçoit aussi qu’une ligne haute tension relie ces hameaux et l’on sait que ces lignes empruntent volontiers les tracés d’anciennes voies aujourd’hui disparues ; on voit enfin que cette ligne conduit directement au Chemin des Poulains à Nazelles-Négron (voir ci-après), réputé pour être une ancienne voie gallo-romaine.

Il est donc fort probable qu’il y avait, dans la région, deux voies : celle au-dessus de la Cisse, reprise par la D 1, utilisée quand la Loire débordait de son lit et celle entre la Cisse et la Loire, peut-être plus importante, mais qui, évidemment, ne pouvait pas être empruntée quand elle était inondée.

Notons enfin que des Fougerets partait une voie conduisant à un gué permettant de traverser la Loire pour rejoindre la rive gauche (voir voie 1.2).

On arrive ensuite sur la commune de Nazelles-Négron. Entre Nazelles (où il y eut, dit-on, un port romain sur la Cisse, comme le suggère l’étymologie de cette commune) et Négron*, le chemin des Poulains est, dit-on, un vestige de la voie antique et en a gardé la rectitude. De là partait une voie permettant de traverser la Loire sur un pont de bois pour aller à l’oppidum principal des Turons, situé à Amboise (voir voie 1.2).

Après Noizay, on arrive sur la commune de Vernou-sur-Brenne, où il y avait un oppidum turon, du 2ème siècle avant JC, connu sous le nom de Butte du Trésor et situé sur les hauteurs, au nord, près du manoir actuel de Pouvray (16ème siècle), toponyme signifiant peut-être « le coteau défriché ».

Les photographies aériennes de Jacques Dubois ont montré qu’il y avait là des constructions et les fouilles ont livré de très nombreux témoignages de la Tène III : deux potins gaulois, un des Carnutes et un des Turons, de très nombreux fragments de céramique, d’animaux ou d’êtres humains ainsi qu’une fibule en bronze.

L’ancienne voie était certainement située à l’emplacement de l’actuelle rue Neuve, en contrebas du coteau, qui était prolongée par un gué permettant de franchir la Brenne mais peu avant ce franchissement une voie secondaire montait vers le nord la rive gauche de la Brenne.

Voie secondaire Vernou-sur-Brenne/Villedômer

Cette voie passait près du domaine de Charmigny (Carminicum) sur la commune actuelle de Chançay, site occupé au néolithique, où l’on a trouvé une villa gallo-romaine du 1er siècle après JC, avec un bassin à mosaïque.

Elle a été bien repérée sur la commune actuelle de Reugny, après le Moulin du Puits, aujourd’hui route de Valmer prolongée par la route de la Vallière, car c’est là que fut édifiée au 12ème siècle, une forteresse qui devint ensuite un château appartenant à la famille de Louise de la Vallière, première favorite de Louis XIV. C’est sur cette dernière commune que fut découvert un vase funéraire en verre, du 1er ou 2ème siècle après JC.

Voie devant je château de la Vallière (août 2018)
Voie devant le château de la Vallière (août 2018)

Elle continuait sur la rive gauche de la Brenne, en passant à Pomigny (Pomiciacum) et à la Roche, sur la commune actuelle de Neuillé-le-Lierre, puis longeait les ruines actuelles du prieuré de Saint-Rigomer, qui selon certains pourrait avoir été fondé au 6ème siècle et avoir remplacé un lieu sacré gallo-romain. Il est bien évident que la construction de l’autoroute A 10 a modifié le paysage mais il est possible que l’ancienne voie passât près du dolmen du château de Pierrefitte (Petra fixa = la Pierre plantée), commune d’Auzouer-en-Touraine, puis fût reprise par un chemin qui suivait la Brenne et qui desservait deux domaines ruraux : Villaumay (Villa ulmeta) et la Contancière.

1.1 X1 Auzouer-de-Touraine dolmen de Pierrefitte

Finalement, elle rejoignait à Villedômer la voie Tours/Chartes (voir voie 7.4).

Retour à la voie principale

Quant à la voie principale, elle se poursuivait sur la commune actuelle de Vouvray par une série de rues tracées au-dessus de la D 46 et aboutissant au lieu-dit la Croix Buisée, après lequel on arrive dans la rue Victor Hérault.

Cette rue, la plus ancienne de la commune, passe le long de l’église (du 11ème siècle) ainsi qu’en dessous du Vigneau, où s’élevait la place-forte de Vouvray. Devant cette église, on peut voir une pierre d’attente des morts, où étaient exposés les cercueils et sur laquelle se négociaient les ventes jusqu’en 1792.

Il est bien évident qu’après Vouvray l’ancienne voie n’est pas continuée par la N 152, qui est une route-digue moderne, mais plutôt par la rue du petit-coteau, au-dessus de cette nationale, qui passe au pied du château de Moncontour (= la maison du comte), bâti au 15ème siècle par Charles VII pour Agnès Sorel à la place d’une ancienne forteresse dépendant de l’évêché de Tours au 4ème siècle. Elle continuait ensuite par l’actuelle rue de Sens, qui conduit directement à l’oppidum de Château-Chevrier (voir ci-après).

Peu après le château de Moncontour, le lieu-dit les Pâtis, au confluent de la Cisse et de la Loire, se trouve exactement à la limite entre Vouvray et Rochecorbon. Il est possible que là était le Portus Rupium « le Port des Roches » qui, selon une charte de l’abbaye de Marmoutier, aurait été un ancien port gallo-romain sur la Loire, situé entre Vouvray et Rochecorbon.

Rochecorbon fut occupée dès l’antiquité et la place fortifiée de Château-Chevrier est considérée comme l’une des cinq grandes place-fortes des Turons.

C’était un éperon barré entre la Loire et la Bédoire, dont l’entrée se trouve en face du château d’eau de la rue du Peu Boulin, qui prolonge la rue de Sens et qui reprend l’ancienne voie.

Le rempart de cet oppidum, qui offre de belles vues sur la vallée de la Loire, du type murus gallicus, et son castrum (camp fortifié) sont encore nettement marqués dans le paysage, ; des poteries et des pièces de monnaie y ont été trouvées.

Une voie secondaire partait à droite et remontait la vallée de la Bédoire en passant par le moulin de Touvoie et par la Planche, en direction du nord via Parçay-Meslay (voir voie 7.3).

Rochecorbon est caractérisée par la Lanterne : une petite tour du 11ème siècle, construite par le fils de Corbon des Roches, qui donna son nom à cette commune qui s’appelait auparavant Vosnes ; selon certains, ce toponyme viendrait du latin vadum (gué), ce qui sous-entend qu’il y avait là un gué sur la Loire, peut-être au niveau du château des Basses-Rivières. 

Comme à Limeray, il y avait de nombreux domaines agricoles, notamment à Baugé (Balbiacum), les Rosnay (Rutanacum), Mosny (Mausonacum), Voligny (Voliniacum) et Volney (Volumniacum). À la sortie de Rochecorbon, à Saint-Georges, ancienne commune rattachée à Rochecorbon en 1808, les restes d’un aqueduc, peut-être gallo-romain, ont été vus dans des caves du domaine Le Capitaine.

La voie arrivait finalement à Saint-Symphorien, qui fut une paroisse dès le 4ème siècle puis une commune jusqu’en 1964, date où elle fut rattachée à Tours ; il y avait sans doute un oppidum (les Tourettes ?) sur une des nombreuses collines qui dominent la vallée de la Loire*. Peut-être s’agit-il de ce lieu appelé Altionus, qui était, selon un texte de 968, « medium de vinea, ad portum Ligeris, prope ecclesiam Sancti Symphoriani » (« au milieu des vignes, près du port sur la Loire et de l’église Saint-Symphorien » et que certains documents considèrent encore comme le site originel de Tours*.

De Saint-Symphorien, le voyageur gallo-romain avait trois possibilités : il pouvait : soit continuer sur la rive droite de la Loire pour aller à Angers, via Saint-Cyr, soit se diriger vers le nord par l’actuelle rue du Pas-Notre-Dame, qui va vers Notre-Dame-d’Oé pour aller au Mans (voir voie 7.3), soit encore, pour se rendre à Caesarodunum, emprunter le pont sur la Loire.  Le voyageur gaulois, par contre, ne connaissait pas ce pont et continuait généralement le long de la rive droite de la Loire, en se dirigeant vers Fondettes, où se trouvait l’un des principaux oppida des Turons.

À cheval sur Saint-Symphorien et Saint-Cyr-sur-Loire, la commune voisine, les documents du moyen-âge signalent trois fiefs dont les noms indiquent qu’il s’agissait de trois domaines agricoles gallo-romains : Bezay (Bauciacum), Limeray (Limiriacum) et Meigné* ou Mié (Magniacum).

De Saint-Cyr une voie montait sans doute vers le nord, en suivant le cours de la Choislle, pour joindre la voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2) à Saint-Roch en passant par La-Membrolle-sur-Choisille ; d’ailleurs une rue, au nord de Saint-Cyr, près de la Choisille, entre les lieux-dits Mon repos et la Lignière, porte le nom de Voie romaine.

Il existe aussi à Saint-Cyr, dans une maison appelée les Trois tonneaux et située au 126 rue du docteur Tonnelé, rue parallèle à l’ancienne voie, des cavités creusées dans le rocher, qui, dit-on, servaient déjà à conserver le vin à l’époque gallo-romaine.

Après le Pont de la Motte, la voie arrivait à Fondettes, au pied de l’oppidum de Montboyau. Nettement visible sur les photographies aériennes et situé au confluent de la Choisille et de la Loire, cet oppidum, aujourd’hui au lieu-dit les Tourelles, était sur un éperon barré, formant un triangle presque équilatéral ; il était défendu par un versant abrupt du côté des cours d’eau et par un fossé de 20 m. de large, bordé par un talus de 7 m. de haut du côté du plateau, au nord-ouest ; il est traversé actuellement par la rue de Beaumanoir près de laquelle ont été découverts deux trésors monétaires gaulois : l’un composé de 53 pièces et l’autre de 904 pièces datant, pour la plupart, du 1er siècle avant JC et dont beaucoup étaient des potins à la tête diabolique.

Oppidum de Montboyau (photo aérienne)
Oppidum de Montboyau (photo aérienne)

La voie antique passait à La Guignière où elle croisait la voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2) qui franchissait la Loire à cet endroit puis au lieu-dit Le Paradis, toponyme indiquant peut-être la présence d’une ancienne nécropole ; ce lieu est situé juste avant Martigny (Martiniacum) où se trouvait une villa carolingienne qui a sans doute pris la suite d’une villa gallo-romaine et où une rue porte le nom de Voie romaine.

Cette rue appelée Voie romaine, conduit au lieu-dit Vallières, où il y avait, selon l’historien Pierre Audin, un port sur la Loire puis est prolongée par la rue du Bel Air qui rejoint la D 276 un peu avant le château de Châtigny (Catiniacum), construit au 15ème siècle sur les vestiges d’une villa gallo-romaine du 3ème siècle après JC, comme le montre le soubassement.

Château de Chatigny (août 2011)
Château de Chatigny (août 2011)

La D 276 devient ensuite la D 76 puis, en arrivant sur Luynes, la rue de Saint-Venant.

Murs antiques du prieuré de Saint-Venant (wikipedia)
Murs antiques du prieuré de Saint-Venant (wikipedia)

Anciennement Malliacum, Luynes est situé à l’emplacement d’un bourg (vicus) gallo-romain et de nombreux lieudits gardent le souvenir d’une présence ancienne comme la Romaine où un manoir du 15ème siècle a sans doute remplacé une villa gallo-romaine ; il est aussi possible que le château actuel, du 12ème siècle, qui domine la ville, ait pris la succession d’un camp romain contrôlant les communications vers Caesarodunum mais le site le plus important est bien évidemment le prieuré de Saint-Venant, fondé au 6ème siècle sur une importante villa gallo-romaine avec des thermes alimentés par le célèbre aqueduc, aménagé au du 2ème  siècle après JC.et dont il reste 250 mètres environ sur les 565 mètres qui existaient à l’origine.

Aqueduc de Luynes (février 2011)
Aqueduc de Luynes (février 2011)

Dans cette villa, dite du Clos de Sainte-Roselle, ont été retrouvés des tesselles de mosaïque, des fragments d’enduits peints des 2ème et 3ème siècle, des céramiques sigillées ainsi que des pièces de monnaies, notamment de Faustine l’Ancienne (impératrice de 138 à 140) et de Philippe l’Arabe (empereur de 244 à 249).

En 2016, Madame D.B. nous a signalé l’existence d’un théâtre romain, qui lui avait été montré par une ancienne habitante de Lyunes qui y gardait ses chèvres, il y a une cinquantaine d’années et, selon elle, les gradins étaient encore bien visibles à cette époque. Ce théâtre se trouve sur le domaine de Panchien, fief cité pour la première fois en 1578.

Après Luynes, la D 76 continue vers Saint-Étienne-de-Chigny et passe aux Piliers et à la Croix de la Chappe ; là, une voie, qui montait vers Le Serrain (commune de Semblançay), en suivant le cours de la Bresme, et la voie Poitiers/Le Mans (voie 7.2), passait par Pont Clouet (commune de Saint-Étienne-de-Chigny), où un sanctuaire de l’âge du fer a été découvert.

Après le lieu-dit Andigny (Andeniacum), où se trouve un manoir du 15ème siècle, la départementale se confond avec la N 152 qui passe au Perré puis au Ponceau, près duquel l’ancienne voie est encore bien visible ; de là une autre voie, qui allait ensuite vers Mazières-de-Touraine, montait vers le carroi de la Motte de Mazières, la Perrée et l’Arnerie, où il y avait une importante villa gallo-romaine du 2ème siècle après JC.

Après le Ponceau, l’ancienne voie s’éloigne de la nationale et passe au pied de la pile de Cinq-Mars-la-Pile. Cette pile funéraire, haute exactement de 100 pieds romains (29,40 m.),  a été construite au 2ème siècle après JC en moellons avec un parement de briques, polychromes dans la partie supérieure.

Pile_de_Cinq-Mars_Gaignières
Aquarelle de F.R. de Gaignières (1699)

Une statue a été découverte en 2005 sur la terrasse supérieure ; elle est, pour ce qu’il en reste, haute de 1,10 m. et elle représente vraisemblablement un captif oriental (Dace ou Parthe), ce qui laisse supposer que cette pile a été édifiée en l’honneur d’un important personnage gallo-romain ayant participé à une expédition militaire en Asie ; cette statue se trouve aujourd’hui au musée du Grand Pressigny.

Le captif barbare
Le captif barbare

On a également trouvé au pied de la pile des monnaies de Marc-Aurèle (empereur de 161 à 180) ainsi que, au lieu-dit les Quarts, juste au-dessus de la Pile, des monnaies gauloises.

Après Cinq-Mars la voie s’éloignait de la Loire et suivait le bord du coteau, passant par les Caves, la Roche, et la Roche Cotard, où la construction de l’autoroute A 85 a permis la découverte d’un site préhistorique et d’une villa gallo-romaine, du 1er siècle après. JC, qui a fourni plus de 2 000 fragments de céramiques sigillées, une gourde en pâte brune et plusieurs monnaies dont une de Faustine la jeune, (épouse de Marc-Aurèle et impératrice de 161 à 175) ; nous sommes là sur la commune actuelle de Langeais, célèbre pour son château fondé à la fin du 10ème siècle par Foulques Nerra et où Saint Martin fonda une église au 4ème siècle, sans doute à l’emplacement d’un temple gallo-romain comme cela était son habitude.

Il est possible qu’à partir de Planchoury (le Pont du sieur Oury), sur la commune de Saint-Michel-sur-Loire, il y eût alors deux tracés : l’un continuant le long de la Loire, l’autre montant vers les Quatre vents puis redescendant par la Rue Millet, qui arrive aux Roches (commune de Saint-Patrice) : lieu-dit près duquel une nécropole a été découverte en 1968 par monsieur Chasle ; mais l’ancienne voie a été effacée par la construction de la voie ferrée.

Musée des Perreaux (août 2011)
Musée des Perreaux (août 2011)

Cette nécropole du 2ème siècle après JC, située aux Perreaux, était constituée d’un enclos de 17 m² entouré de murs en tuffeau ; contenant des tombes à incinération et à inhumation, elle a fourni un important matériel : céramiques de Lezoux, urnes en verre, squelettes, etc. que M. Christophe Chasle, le fils du découvreur, a rassemblés dans un musée très intéressant (16 rue des Roches), qu’il fait visiter avec une grande obligeance et qui mériterait d’avoir plus de visiteurs.

À la sortie de Saint-Patrice, la D 35 prend le nom de rue Dorothée de Dino et juste avant Ingrandes-de-Touraine, la construction du viaduc de la Perrée sur l’A 85 a permis la découverte, près du lieu-dit Tiron (Tironionem ou domaine de Tironius), d’une grande villa gallo-romaine avec un ensemble balnéaire, dite villa de Tiron, qui a fourni plus de 1 000 fragments de céramiques et de dolia, plusieurs monnaies dont une de Claude (empereur de 41 à 54), deux de Domitien (empereur de 81 à 96), une d’Antonin le Pieux (empereur de 138 à 161), une de Tetricus (empereur des Gaules de 271 à 274), ainsi qu’un petit couteau pliant avec un manche en cuivre représentant un gladiateur.

Plan de la villa de Tiron

Comme il est logique, la frontière entre le territoire des Turons et celui des Andécaves se trouvait à Ingrandes-de-Touraine, puisque ce toponyme indique toujours un lieu situé à la limite entre deux peuples gaulois, et on pense qu’elle était matérialisée par une petite rivière : la Marche, qui coule à la sortie ouest de la commune.

La D 35 continue sans doute à reprendre le tracé de l’ancienne voie et arrive à la Croix morte (commune de Restigné) puis à Marcé (commune de Bourgueil), près de Benais, où se trouve le Pont de gué ; là en effet l’archéologue Jean-Paul Lecompte a découvert un gué empierré sur le Changeon, qui reposait sur des pieux datés de 8 avant JC.

Ancienne voie à Marcé (août 2011)
Ancienne voie à Marcé (août 2011)

La rue du Pont de gué conduit à la croix de Marcé ; c’est là sans doute que notre voie croisait une voie venant de Chinon et allant vers Le Mans (voir voie 7.1) puis continuait vers Bourgeuil, Saint-Nicolas-de-Bourgueil et Allonnes, où des poteries gauloises ont été découvertes au nord de la commune, près de laquelle existe le lieu-dit la Chaussée (commune de Brain-sur-Allonnes), toponyme souvent donné à une ancienne voie.

La Table de Peutinger  indique, sur cette voie, l’étape de Robrica à 29 lieues de Caesarodunum, soit 64 km s’il s’agit bien de lieues gallo-romaines. Cette étape n’est pas identifiée clairement et, depuis des années, les spécialistes se disputent pour savoir où était située cette étape, dont le nom a disparu !

Selon l’historien Pierre Audin, il s’agirait du vieux bourg de Vivy (49680), anciennement vetus vicus, situé aujourd’hui à 69 km de Tours, mais, selon l’opinion la plus souvent admise, Robrica serait l’ancien oppidum gaulois de Chênehutte (commune nouvelle de Gennes-Val-de-Loire), appelé le Camp des romains ; cet oppidum est, un peu après Vivy, de l’autre côté de la Loire, qu’il fallait, de toute façon, traverser pour arriver à Angers : l’ancienne Juliomagos et la capitale des Andécaves.

Vue aérienne du Camp des romains
Vue aérienne du Camp des romains de Chênehutte

3 ont commenté “1.1 Voie suivant la rive droite de la Loire

  • MURRONI BERNARD a écrit le :

    VP3: à la sortie de la rue du petit coteau, en venant de Vouvray, je pense que la voie continue plutôt en prenant à gauche le sentier des patys, juste au dessus de la nationale, traversant Castelroc, les Hautes Roches(autrefois les Pentes) puis subsistance jusqu’au chemin st Roch, les basses rivieres, marmoutier…
    Qu’en pensez vous?

    Répondre
  • a écrit le :

    Merci pour votre commentaire ; il est quasiment certain que la voie ancienne empruntait l’actuelle rue du coteau à Vouvray ; c’est aussi vraisemblable pour le sentier des Patys et la rue Saint-Roch ; pour le reste nous ne savons pas encore et nous irons vérifier à la première occasion.

    Répondre
  • MURRONI BERNARD a écrit le :

    Merci surtout à vous de nous faire partager vos connaissances. Pour plus de précisions: sentier des patys (laisser un décrochement à droite montant au château de Sens) continuer, au niveau du château, à gauche une chapelle du 12e, à droite un puits, puis le chemin est barré par un portail,traverse la propriété, est bien visible de chez moi quand il longe Castelroc, et on peut le suivre de la nationale jusqu’à La Chasse Royale.

    Répondre

Laissez un commentaire

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> 
requis