VOIE DE NOUÂTRE À ATHÉE-SUR-CHER

 

Nouâtre (Nogastrum) sur la rive droite de la Vienne, était, dans l’antiquité, une agglomération beaucoup plus importante que maintenant, située sur le passage de plusieurs voies gallo-romaines : notamment la grande voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2) et la voie suivant la rive droite de la Vienne (voir voie 4.1)

À la sortie nord-ouest de l’agglomération, au lieu-dit Talvois, où passaient ces deux dernières voies, une voie secondaire partait vers l’est en direction de la vallée du Cher via Sainte-Maure-de-Touraine et Cormery. Cette voie passait d’abord sur la commune actuelle de Maillé, (malheureusement connue pour le massacre du 25 août 1944), entre les Gaudeberts et le château d’Argenson, qui appartint à la famille de Marc René de Voyer d’Argenson (1652-1721), Garde des sceaux de Louis XIV, puis de son fils : Marc Pierre de Voyer d’Argenson (1696-1764), ministre de la guerre de Louis XV de 1743 à 1757.

 

Manoir de Douce (mai 2011)

Après l’ancienne villa gallo-romaine de Douce (Dulciacum), sur la commune de Pouzay, devenue un manoir au 15ème siècle, la voie continuait vers Sainte-Maure-de-Touraine en passant, au lieu-dit les Raudières, à côté de la Pierre fondue, dolmen connu aussi sous le nom de dolmen de Boumiers ou de Bommiers.

 

Voie près de dolmen de Bommiers

Peu après, la ferme de la Petite Baillolière est un ancien fief dépendant du château d’Argenson. Il y a là plusieurs grosses pierres provenant, selon le témoignage du propriétaire, d’un lieu appelé les Trois Croix, au bord d’une petite route allant vers Maillé. Selon une tradition locale, c’est à cet endroit que se serait déroulée une dernière « bataille de Poitiers », après laquelle Charles Martel aurait  déposé son épée dans une chapelle, située ensuite sur la commune actuelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois, où elle aurait été retrouvée, beaucoup plus tard, par Jeanne d’Arc ; quant aux corps des maures tués, ils auraient été enterrés sur les terres d’un domaine voisin : la Bommelière, où Mathutin Martin-Tiffeneau (un ancien maire de Sainte-Maure) dit avoir trouvé de très nombreux ossements, dont l’origine est inexpliquée (voir aussi voie 6.1 et 7.2).

 

Non loin de là, à l’ouest, sur une petite butte, le manoir d’Anzay (Anciacum) continue une villa gallo-romaine et, entre les deux domaines, on a découvert vers 1910, en refaisant la route allant à Sainte-Maure, une nécropole dans laquelle on a dégagé des poteries, notamment une cruche d’origine grecque, une cruche locale, deux écuelles en terre rougeâtre et une carafe en verre ainsi qu’une hachette en fer.

On arrive ensuite près d’une croix tréflée, entourée d’un petit déambulatoire et située sur l’ancien chemin de Compostelle (dit via turonensis) ; de l’autre côté de la route, la voie est encore bien marquée à l’intérieur d’une propriété privée.

 

Voie près de la Croix tréflée (mai 2011)
Voie près de la Croix tréflée (mai 2011)

L’ancienne route, maintenant disparue, passait entre une petite colline appelée le Peu blanc et le lieu-dit les Chauffeaux, où l’un des plus anciens habitats turons, datant de la Tène I a été repéré ; les fouilles ont mis à jour un carquois en bronze et en fer du 5ème siècle avant JC ainsi que des pièces de métiers à tisser, montrant qu’il y avait là des moutons dont la laine était travaillée.

Voie à l’arrivée sur Sainte-Maure (mai 2011)

La voie contournait ensuite par l’ouest l’ancienne citadelle gallo-romaine, dont le nom primitif était Arciacum en franchissant la Manse par l’actuelle rue du moulin, prolongée par les rues Auguste Chevallier et du docteur Patry puis par l’impasse du ha-ha.

Au lieu-dit les Poteries (à l’ouest, sur la route de Saint-Épain), se trouve l’un des oppida principaux des Turons connu sous le nom d’oppidum des deux Manses ; c’était un oppidum du type « éperon barré », protégé par la Manse et le Courtineau. Cet oppidum couvrait huit hectares et le rempart, qui fait 12 mètres d’épaisseur à la base, est encore bien visible par endroit ; mais c’est une propriété privée à laquelle l’accès n’est pas toujours aisé.

Oppidum des Deux Mnases (avril 2011)
Oppidum des Deux Mnases (avril 2011)

La voie sortait de Sainte-Maure par l’actuelle rue de Sainte-Catherine et se dirigeait vers Sainte-Catherine-de-Fierbois, où elle rencontrait la voie Chinon/Loches (voir voie 6.4) à la Croix de Barres, avant d’arriver sur le territoire de la commune de Saint-Branchs. Mais toute cette région a été maintenant bouleversée par la construction de la LGV Paris/Bordeaux et il n’est plus facile de voir aujourd’hui des traces autrefois bien visibles.

 

À la sortie de Saint-Branchs, la voie, qui continuait en direction de Cormery, croisait une voie allant Tournon Saint-Pierre au Mans (voir voie 7.3) avant de franchir l’Échandon au Pont-Girault.

 

 

 

Ce pont, dit aussi Pont-romain ou Pont-aux-fées, date en fait du 13ème siècle ; la voie ancienne, pour sa part, traversait ce cours d’eau par un gué, situé, comme de coutume, en aval du pont et encore bien visible.

De l’autre côté de l’Échandon, la voie remonte en longeant l’ancien mur du château de Montchenin qui, au 11ème siècle, appartenait aux seigneurs de Nouâtre, puis se dirigeait vers Cormery où elle traversait l’Indre, sans doute en face de la rue de l’abreuvoir, à l’angle de laquelle il reste une tour des anciennes fortifications, en croisant les deux voies suivant le cours de cette rivière (voir voies 3.1 et 3.2).

Après Cormery, qui fut célèbre pour son abbaye, la voie passait par la commune actuelle de Truyes, dont le nom, comme celui de Trogues, vient sans doute d’un domaine appelé Trogia villa et appartenant à quelqu’un d’origine gauloise ; là, en contrebas de l’église Saint-Martin du 12ème siècle, un petit aqueduc gallo-romain est encore en eau ; on y a aussi repéré, aux Vignes-Saint-Blaise, un établissement rural turon.

 

La voie continuait vers Athée-sur-Cher, où elle retrouvait la voie longeant la rive gauche du Cher (voir voie 2.2), en passant près du manoir de Chaix (du latin casa) du 13ème siècle, sur la commune de Truyes, qui a remplacé une grande villa gallo-romaine, puis, sans doute, entre les domaines de Quentinne (Quintinni Villa) et de Givry (Gabriacum) sur la commune d’Athée-sur-Cher.

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