RIVE GAUCHE DE L’INDRE, DE NIHERNE À HUISMES

Venant sans doute de chez les Arvernes, qui ont donné leur nom à l’Auvergne, une voie suivait la rive gauche de l’Indre. Elle passait par le hameau de Mehun (Magodunum = Marché de la citadelle) dans la commune actuelle de Villedieu-sur-Indre, où il y eut une importante agglomération gauloise, et entrait sur le territoire des Turons à Clion-sur-Indre.

En effet, Claudiomagos ou Marché de Claudius se trouvait alors à la frontière entre les Bituriges Cubes et les Turons, si l’on en croit Sulpice-Sévère, qui dans ses Dialogues (II-8) parle d’un miracle exécuté par Saint Martin à « Claudiomagus, sur les limites du Berry et de la Touraine, (où) est une église célèbre par la piété de ses saints et le troupeau, non moins glorieux, de ses vierges. »

Clion-sur-Indre : sortie vers le nord (avril 2011)
Clion-sur-Indre : sortie vers le nord (juin 2011)

Il y avait là une agglomération (vicus) avec un théâtre, dont l’impasse du Pied de Bourges a gardé la trace, une nécropole, à la sortie de l’agglomération, sur la droite avant le passage de l’Ozance, qui matérialisait sans doute la frontière, ainsi que des constructions qui ont livré des mosaïques, des céramiques et des monnaies.

Après Clion, la voie continuait sur la rive gauche de l’Indre et passait par Châtillon-sur-Indre où, dans une tombe aristocratique gauloise du 1er siècle avant JC, ont été trouvés des objets de valeur, dont une oenochoé en bronze avec une anse ornée d’un masque de théâtre et une épée à lame de fer incrustée d’or ainsi que sept amphores vinaires ; le mobilier de cette tombe est conservé au musée Dobrée de Nantes.

La voie passait ensuite à Fléré-la-rivière, où l’un des chemins de ce village s’appelle chemin de l’ancienne route de Tours et où une tombe aristocratique gauloise, datant de l’époque de l’empereur Auguste a également été découverte, puis elle s’éloignait sans doute un peu de l’Indre pour rejoindre Bridoré et Verneuil-sur-Indre, où la voie croisait une voie reliant la vallée de la Vienne à la vallée du Cher (voir voie 6.1).

Verneuil-sur-Indre : carrefour des voies 3.2 et 6.1 (juin 2011)
Verneuil-sur-Indre : carrefour des voies 3.2 et 6.1 (juin 2011)

Sur la commune de Verneuil-sur-Indre, il y eut une commanderie des templiers, au lieu-dit la Châtre-aux-grolles (corbeaux) et sans doute un castrum comme l’indique la première partie du nom de ce lieu.

On arrivait ensuite à Perrusson où il y avait une agglomération gallo-romaine avec un temple dont une partie a été réutilisée dans les fondations de l’église actuelle (10ème siècle) qui a remplacé une église antérieure (6ème siècle) dans laquelle plusieurs nobles mérovingiens avaient été enterrés.

On a en effet découvert en 1973 dans l’église Saint-Pierre, outre plusieurs tessons de poteries sigillées des 1er et 2ème siècles, six sarcophages, dont celui d’une femme de l’aristocratie contenant un diadème brodé de fils d’or et une fiole en verre piriforme.

Si l’on demande les clés à la mairie voisine, on peut voir dans le chœur de l’église deux de ces sarcophages ainsi que, à droite, un ancien bénitier provenant visiblement d’une colonne ancienne.

Dès la sortie de Perrusson on aperçoit le grand donjon de Loches où il y eut sans doute un oppidum gaulois puis un castrum gallo-romain, dont quelques traces ont été découvertes récemment dans le rempart du moyen-âge. 

Loches : vestiges du castrum (juin 2018)
Loches : vestiges du castrum (juin 2018)

Par ailleurs, dans l’ancienne église Saint-Ours, qui était au pied du château actuel, on a retrouvé un autel gallo-romain réemployé dans les fondations et présentant plusieurs personnages ; transformé en bénitier, ce bloc se trouve maintenant sous le porche de la collégiale Saint-Ours.

 

On pense aussi qu’il y avait un établissement rural turon au lieu-dit les Rabines près de la route de Vauzelles, au nord-ouest de Loches. C’est aussi là que les voies de l’Indre croisaient une des voies reliant la vallée de la Vienne à la vallée du Cher (voir voie 6.2)

La voie continuait sur la rive gauche et franchissait le ruisseau de l’étang au moulin de Cornillé (Corneliacum),  avant d’arriver dans la commune actuelle de Chambourg-sur-Indre, où la présence gallo-romaine était importante comme l’indiquent les pièces de monnaie à l’effigie de Néron et de Septime Sévère trouvées dans le bourg à l’emplacement d’une domus (maison) ainsi que les sites de Marray (Mariacum) et de Cornillé, où subsistent les vestiges d’une villa, avec des thermes alimentés par un aqueduc, et dans laquelle des pièces d’or de l’poque romaine ont été découvertes.

Voie entre Azay-sur-Indre et Reignac (octobre 2011)
Voie entre Azay-sur-Indre et Reignac (octobre 2011)

À partir de là, la voie de la rive gauche (D 17) passait à Azay-sur-Indre puis continuait vers Reignac rive gauche où passait aussi une voie allant de La Celle-Saint-Avant à Amboise (voir voie 6.6) qui franchissait l’Indre au moyen d’un gué et qui permettait de rejoindre la voie de la rive droite. Des travaux récents (avril 2018) ont mis en évidence, dans la Z.I. de la gare de Reignac, l’existence d’un village néolithique occupé à la fin du 4ème millénaire avant J.C.

Continuant le long de l’Indre la D 17 arrive à Cormery, où l’abbaye fondée au 8ème siècle par Ithier, chancelier de Charlemagne, a pris la place d’une grande villa gallo-romaine, récupérée par l’église à l’époque mérovingienne, comme c’était la coutume. C’est là qu’elle croisait une voie allant de Nouâtre à Athée-sur-Cher (voir voie 6.3), qui continuait vers Truyes.

Cormery : ancien gué (février 2017)
Cormery : ancien gué (février 2017)

La voie atteignait ensuite la commune actuelle d’Esvres rive gauche, en franchissant l’Échandon au moulin de Saulquet et en passant près de Port-Joie ; une des étymologies possibles de cet endroit, où il y a un ancien moulin, est Portus Jovis (Port de Jupiter), ce qui laisserait supposer qu’il y aurait eu un port à cet endroit.

Esvres : passage de l'Échandon au moulin de Saulquet (mars 2018)
Esvres : passage de l’Échandon au moulin de Saulquet (mars 2018)

Peu après elle arrivait sur les communes actuelles de Veigné (Vindiniacum) où un site gallo-romain a été repéré au lieu-dit les Varennes, près de la D 250, qui continue peut-être l’ancienne voie, puis de Montbazon et de Monts ; il est vraisemblable que ces lieux furent habités dès l’antiquité mais il n’en reste pas de traces et Montbazon par exemple n’est pas cité avant que les moines de Cormery ne se plaignent que Foulques Nerra n’y ait construit son imposant donjon. Entre Montbazon et Monts, la voie est peut-être reprise par la D 17, qui a gardé les caractéristiques d’une voie gallo-romaine.

Voie entre Montbazon et Monts, à l'entrée de Monts (avril 2018)
Voie entre Montbazon et Monts, à l’entrée de Monts (avril 2018)

Elle se dirigeait ensuite vers Pont-de-Ruan, en passant par le moulin d’Artannes, sur la rive gauche de l’Indre.

Voie entre Monts et Artannes (avril 2018)
Voie entre Monts et Artannes (avril 2018)

À Pont-de-Ruan, la voie 3.2 croisait, à la Croix-Billette, la voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2).

Pont-de-Ruan : la Croix Billette (août 2011)
Pont-de-Ruan : la Croix Billette (août 2010)

Après Pont-de-Ruan, l’ancienne voie est encore bien visible notamment au chemin des Aunays , qui se dirige vers  Saché, dont le château Renaissance a remplacé une place-forte du 12ème siècle.

Voie entre Pont-de-Ruan et Saché : chemin des Aulnays (mai 2011)
Voie entre Pont-de-Ruan et Saché : chemin des Aulnays (mai 2011)

Ce château fut remanié au 19ème siècle par Jean de Margonne, parrain de Balzac ; ce dernier, lors des nombreux séjours qu’il y fit entre 1825 et 1848, y écrivit notamment Le lys dans la vallée. Ce château appartint ensuite à la famille d’Élisabeth Lecoy, épouse de l’écrivain René Benjamin, puis au professeur Paul Bernard Métadier, qui, avec son père, y installa en 1951 un très intéressant et très riche musée consacré à Balzac, dont il fut le conservateur jusqu’en 2002.

Saché : voie au niveau de la Gouacherie (août 2010)
Saché : voie au niveau de la Gouacherie (août 2010)

On voit nettement, un peu avant Saché, que l’ancienne voie était bien en-dessous de la D 17 actuelle car le niveau de la Gouacherie, maison occupée par le sculpteur Calder de 1956 à 1976, est bien plus bas que celui de la route.

Après Saché, la voie arrivait sur la commune actuelle de Cheillé. Cette région est particulièrement riche en vestiges ; on a notamment découvert, au lieu-dit le Maupas, à l’entrée de la forêt dite de Chinon, dans l’actuelle commune de Cheillé, une enceinte gauloise formant un rectangle de 90×75 m.

Mais le lieu le plus remarquable de cette région est la propriété appelée la Rémonière (commune de Cheillé), où il y a maintenant un château du 15ème siècle, en face du célèbre château d’Azay-le-Rideau.

Cheillé : la Rémonière (août 2011)
Cheillé : la Rémonière (août 2011)

Nous avons eu la possibilité, grâce à l’amabilité de la propriétaire, de visiter plusieurs fois ce site important, qui était sans doute, une agglomération gallo-romaine. On peut y voir en effet les traces de ce qui semble bien être un petit théâtre ainsi que les vestiges d’un temple, près duquel il y avait la tombe d’une certaine Secunda épouse du citoyen romain Caius Nero, contenant de nombreux objets dont un sceau et une sculpture en ambre.

Médaillon trouvé à la Rémonière et représentant, peut-être Secunda
Médaillon trouvé à la Rémonière et représentant, peut-être Secunda

Le château lui-même a été construit sur un bâtiment gallo-romain, comme le montre la base, édifiée en opus vittatum (forme de parement antique fait de petits moellons rectangulaires, disposés en assises régulières alternées).

Cheillé : la Rémonière (mai 2011)
Cheillé : la Rémonière (mai 2011)

La voie passait ensuite à Quinçay (Quintiacum), commune de Rivarennes, près duquel se trouve la butte de Motille, tumulus daté de 700 avant JC,

Rivarennes, la butte de Motille (photo Touraine insolite)
Rivarennes, la butte de Motille (photo Touraine insolite)

puis à côté de l’ancienne église de Rigny (commune de Rigny-Ussé), sous laquelle une construction gallo-romaine (un temple ?), détruite au 4ème siècle après JC, a été repérée  

Rigny-Ussé, église de Rigny (août 2011)
Rigny-Ussé, église de Rigny (août 2011)

et près du château d’Ussé, construit au 15ème siècle pour Jean V de Bueil, capitaine du roi Charles VII puis chambellan de Louis XI, qui a été occupé à l’époque préhistorique et gauloise, comme l’indiquent le tumulus et les tombes découvertes dans l’enceinte du château.

Rigny-Ussé, château d'Ussé (sept 2009)
Rigny-Ussé, château d’Ussé (sept 2008)

La voie arrivait finalement sur la commune actuelle de Huismes, où passait la voie Chinon/Le Mans (voir voie 7.1) et, après le confluent de l’Indre et de la Loire, rejoignait la voie qui suivait la rive gauche de la Loire (voir voie 1.2).


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