VOIE DE CHINON À LOCHES 

De Chinon (voir voie 4.1), située au bord de la Vienne, partait une voie transversale, qui arrivait à Loches (voir voie 3.2), au bord de l’Indre. Cette voie empruntait, par l’actuelle rue Diderot, la voie longeant la rive droite de la Vienne (voir voie 4.1) jusqu’aux Loges, puis après ce lieu-dit, l’ancienne voie est continuée par une petite route, au-dessus de la D 21, qui passe à Malvault (Malvau, au 18ème siècle, sur la carte de Cassini), Nueil et Narçay (Nartiacum), trois lieu-dits situés sur la commune actuelle de Cravant-les-Côteaux.

 6.4 A voieS aux Loges

Dans le chapitre 21 de la première édition de Gargantua, Rabelais cite « la fontaine de Narçay », qui se trouvait, peut-être, à l’emplacement du lavoir actuel. 

 

Peu après la voie longeait le château actuel de Sonnay (Sunnacum), qui est cité dès le 13ème siècle mais qui a été reconstruit d’abord au 15ème siècle, puis, en grande partie, au 19ème siècle. Du château du 15ème, subsiste, à l’est, une tour carrée ainsi que la chapelle, restaurée en 2002 par Frédéric de Foucaud, Président de la Société d’histoire de Chinon, Vienne et Loire.

 

Au-dessus de ces domaines, commence la forêt dite de Chinon, contenant de très nombreux vestiges gaulois et gallo-romains, voir à ce sujet la voie Ligré/Azay-le-Rideau (voie 6.5), qui croisait notre voie aux Loges.

 

Il est possible que l’ancienne voie soit continuée aujourd’hui par le GR 48 qui franchit le Ruisseau de Saint-Mexme au Moulin à tan, non loin de l’ancien bourg de Cravant où se trouvaient le château et l’église Saint-Léger, l’une des plus anciennes de la région, puisque la nef date du 9ème siècle. Par la suite, le bourg de Cravant fut déplacé pour être près de la D 21 ; la commune est alors devenue Cravant-les-Côteaux et une nouvelle église fut construite à la fin du 19ème siècle.

Cravant : le Moulin à tan (mai 2013)
Cravant : le Moulin à tan (mai 2013)

Il est vraisemblable que l’ancienne voie franchissait le Ruau au Croulay (Cruciliacum), site troglodytique d’une ancienne villa gallo-romaine (commune de Panzoult), où se trouve un gué que Rabelais empruntait quand il se rendait au couvent voisin des Cordeliers, fondé au 15ème siècle. C’est là, dans ce lieu qu’il connaissait bien, qu’il situe la « sibylle de Panzoult » que Panurge vient consulter pour savoir s’il doit se marier ou non (voir le chapitre 17 dans Le Tiers Livre).

Panzoult : le Croulay (juin 2013)
Panzoult : le Croulay (juin 2013)

Sur cette commune de Panzoult, se trouvent aussi les anciens domaines de Coulaine (Colonica villa), où se dressent les tristes ruines d’un vieux château, et d’Étilly (Stulliacum), près duquel passait sans doute la voie, qui se dirigeait ensuite vers l’ancienne commune d’Avon-les-Roches, où, au lieu-dit la Maison Rouge, il y avait peut-être une auberge pour les voyageurs empruntant cette voie, qui est peut-être continuée par la D 21 actuelle.

 

Juste après la D 136 à gauche, qui va vers la Maison Rouge et le centre d’Avon, se trouve, à droite le château de Naie (Nasia villa), qui a remplacé une villa gallo-romaine se trouvant au lieu-dit le Petit Naie où des fragments de tuiles ont été découverts.

 

Cette route suit d’un peu loin le cours de la Manse, sur laquelle il y a le moulin de Monmay, lieu-dit appelé aussi Maumay ou Mournay (Maurinacum) ; de l’autre côté de la route (vers le nord) on aperçoit, au loin, le domaine d’Oignié (Oniacum), où il reste un ancien pigeonnier contenant un millier de boulins.

   

De là on voit bien les Roches-Tranchelion (commune d’Avon), qui est un beau site où se trouvent les ruines d’un château du 15ème siècle, dans lequel le roi Charles VII, qui y séjourna plusieurs fois, réunit en 1449 le Grand Conseil du Royaume, ainsi que celles d’une collégiale (16ème siècle), continuant un ancien prieuré.

La voie continuait ensuite vers la commune actuelle de Crissay-sur-Manse, village considéré comme l’un des plus beaux du département, qui conserve plusieurs belles maisons des 15ème et 16ème siècle ainsi qu’un château du 15ème siècle, dont une grande partie est en ruines, ayant remplacé un château du 12ème siècle, qui appartint jusqu’au 17ème siècle à la famille des Turpin de Crissé, dont le premier connu est Lancelot Turpin de Crissé.

 

Après Crissay-sur-Manse, la voie passait à côté d’une autre Maison Rouge, cette fois sur la commune de Saint-Épain (anciennement Brigogalus) où elle croisait l’importante voie allant du sud au nord (voir voie 7.2).

 

Après ce croisement, la voie existe encore, sans doute, sous la D 21 et l’on peut voir, à droite, les tristes restes du château de Montgoger. On trouve, pour ce lieu appelé Mons Gaugerii (la colline de Gaugerius) au 13ème siècle, les orthographes suivantes : Mongauger, Mongoger, Montgauger et Montgoger ; là se dressent les ruines d’un château considéré par Louis XIII comme « une des plus belles maisons de (son) royaume » mais sur lequel la malchance ou la malveillance semble s’être acharnée ; en effet, ce château abrita, dit-on, des faux-monnayeurs à la fin du 18ème siècle puis fut dévasté par deux incendies, en 1883 et en 1943. Au 12ème siècle, il appartint à Hugues de Sainte-Maure et il resta dans les biens de cette famille jusqu’au 15ème siècle.

 

Au carrefour de la Billette, la voie est sans doute continuée par l’actuelle route des Aiguilliers, qui passe en-dessous de plusieurs sites troglodytiques et néolithiques, dont celui du souterrain-refuge de la Cave Fourte, près de la Morinière, puis continuait en direction de Sainte-Catherine de Fierbois, en passant près de lieu les Maisons Rouges (commune de Saint-Épain).

 

Après avoir traversé l’actuelle D 910 (ancienne RN 10) la voie arrivait sur la commune actuelle de Sainte-Catherine de Fierbois, où elle croisait la voie allant de Nouâtre à Athée-sur-Cher (voir voie 6.3).

 

Les fouilles faites à l’occasion de la construction de la LGV Paris-Bordeaux ont montré que Sainte-Catherine était sans doute une agglomération plus ancienne que l’on ne croyait mais cet aménagement a complètement bouleversé le paysage, de telle sorte que les traces de ces voies ont pratiquement disparu. Après Sainte-Catherine, le tracé de la voie devient hypothétique car nous n’avons trouvé aucune trace ni aucun témoignage à son sujet.

 

Il est possible que la voie passât à Mazère (commune du Louroux), toponyme qui indique souvent une ancienne agglomération gallo-romaine, puis à Manthelan, ancien lieu de commerce, dont le toponyme gaulois (Mantalomagos), qui signifie « le marché de la route » ou « le marché de la balance », apparaît dès le 6ème siècle après JC.

 6.4 T carte des voies à Manthelan

Cette région fut occupée dès le néolithique comme le montrent le dolmen ruiné de la Roche, le cromlech (maintenant dispersé) de la Chauvelière (près de Laleu) et l’abri sous roche du Vigneau, découvert en 1898, où l’on trouva plusieurs squelettes, des débris de poteries, des silex taillés et une hache polie. Là passaient aussi la voie La Celle Saint-Avant/Amboise (voir voie 6.6) ainsi que la voie Tournon Saint-Pierre/Le Mans (voir voie 7.3).

Après Manthelan, la voie passait, peut-être, à côté du petit menhir, appelé d’une façon paradoxale, la Haute Borne ou la Grande Borne, qui, selon la légende, serait « une pierre qui pousse » et que l’on peut trouver à droite de la D 760, un peu avant la ferme des Passoires, sur la commune de Chanceaux-près-Loches, elle desservait peut-être ensuite le domaine de Neuville (nova villa), sur la commune de Loches, avant de rejoindre la voie longeant la rive gauche de l’Indre (voir voie 3.2).

 

 

Une personne a commenté “6.4 Voie transversale de Chinon (Vienne) à Loches (Indre)

  • W.Grekoff a écrit le :

    A Narçay, il est très vraisemblable que la voie faisait une remontée vers le côteau surplombant le manoir puis celui du Nueil, car ici la vallée est inondable et la route départementale actuelle a du être construite sur un remblai.
    L’ancien manoir de Narçay (en travaux de réhabilitation) conserve quelques vestiges dans ses murs et des souterrains.

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