Passager du silence, de Fabienne Verdier. Publié par Éditorial Elba
Un livre merveilleux. Intéressant et joliment écrit. Ce sont les mémoires de la peintre Fabienne Verdier. L'auteur a passé dix ans en Chine pour étudier l'art traditionnel. Il n’a cependant choisi ni Pékin ni Hong Kong, mais la province du Sichuan. Fabienne a d'abord étudié en France. Il s'intéressait à la peinture de la nature et à la calligraphie. Une amie de sa tante lui conseille d'étudier en Chine, pays à la riche tradition calligraphique. Fabienne a appris un peu de mandarin, a découvert l'histoire de la Chine et a commencé à postuler pour une bourse. Il l'a eu. Il avait hâte de partir.
Le voyage a commencé dans des difficultés. Après ce qui s’est passé lors de leur escale au Pakistan, la plupart seraient rentrés chez eux. Mais Fabienne était déterminée. Il arrive à Pékin puis au Sichuan, où il commence ses études. Elle n'était pas préparée aux conditions spartiates qu'elle trouvait dans le dortoir, malgré ses privilèges. Elle était la seule étudiante étrangère du Sichuan. Le Parti la surveillait constamment ; il était interdit aux autres étudiants de lui parler et il lui était interdit d'apprendre la langue locale. Tout le monde espérait qu'il abandonnerait bientôt et partirait. Pendant ce temps, Fabienne complète ses six années d'études.
Malgré tout, malgré la maladie, l'isolement et des conditions de vie difficiles, il trouve aussi son professeur de calligraphie. En lisant les mémoires de classe de Maître Huang, je me suis rappelé des films hollywoodiens sur les maîtres de kung-fu et leurs élèves. Quelque part au bout du monde, de grands guerriers qui vivent dans l'ascèse transmettent leur savoir secret à quelques élus. C'était pareil ici, sauf que cela s'est produit dans la réalité. Huang a accepté d'enseigner à Fabienne, mais seulement si la formation durait dix ans. Des années d'étude des techniques de calligraphie et des fondements de la pensée et de la philosophie chinoise.
Fabienne raconte son parcours pour devenir une peintre mature et les personnes qu'elle a rencontrées. La Chine dans laquelle il est arrivé n’était pas celle qu’il avait imaginée. C’était la Chine de l’après-révolution culturelle, où tout avait été détruit auparavant et où les universitaires, les artistes et les intellectuels étaient persécutés et annihilés physiquement et mentalement. Fabienne a rendu visite à plusieurs de ces artistes oubliés et maltraités. Il a été témoin d'une terrible pauvreté autour de lui et, depuis une île voisine, a entendu le rugissement des coups de feu lors des exécutions massives de criminels dont le seul crime était parfois de voler quelques melons. À travers tout cela, Fabienne a continué à croire au pouvoir et au sens de la création de beauté, tout en conservant une attitude humble envers la vie.
« On me demande souvent comment j'ai fait pour supporter des conditions aussi difficiles pendant les longues années que j'ai passées en Chine, pourquoi je n'en suis pas parti comme tant d'autres (…) La différence réside dans la persévérance, dans la volonté de fer d'avancer. Certains, satisfaits, s'arrêtent à mi-chemin; d'autres continuent de chercher jusqu'à trouver (…) En Chine, j'ai développé un style pictural particulier, mais peut-être surtout, j'ai forgé mon esprit, j'ai appris à le diriger et, finalement, j'ai mûri. »
Bref, un livre hautement recommandé qui raconte l'histoire d'une femme extraordinaire qui a osé réaliser son rêve et qui nous plonge dans l'art oublié de la calligraphie chinoise. Une très belle aventure et de belles rencontres. Un ouvrage qui intéressera sans aucun doute particulièrement les peintres et autres artistes en particulier et tous les lecteurs en général.