Examen de comme des bêtesde Violaine Bérot.
Synopsis.
Dans une ville isolée dans les montagnes, la police interroge plusieurs habitants pour tenter de découvrir d'où vient une petite fille dont personne ne savait rien et qui est réellement le jeune homme qui s'occupe d'elle. Il s'agit d'un garçon surnommé l'Ours, incapable de communiquer avec les humains et qui possède une force brutale et un don prodigieux pour soigner les animaux. Les rumeurs se déchaînent dans une vallée où résonnent encore légendes et mystères anciens.
Examen de comme des bêtesde Violaine Bérot.
UN INTERROGATION DE POLICE.
Le roman est une histoire à mi-chemin entre le roman policier et la fable. Il présente les interrogatoires que la police mène sur différents personnages et, à travers lesquels, on découvre une réalité émouvante et brutale. Nous lisons les témoignages de l'instituteur de la ville, d'un ancien camarade de classe de l'Ours, d'agriculteurs, de commerçants, d'éleveurs, de randonneurs et d'habitants des villes voisines.
C'est raconté d'une manière qui s'apparente davantage à des monologues ou à des réflexions car on n'a en tête que les réponses des témoins et jamais les questions des policiers. Entre les deux, se faufilent les chants des fées, un chœur grec, entrecoupant une seconde version de l'histoire, une vision magique plus ancrée dans les contes et fables populaires.
Il y a une magnifique combinaison entre le réel et l'irréel, avec une certaine aura de roman policier qui imprègne l'histoire, comme s'il s'agissait d'un documentaire sur un crime. Chaque personnage qui parle, un différent par chapitre, apporte une forte dose de réalisme. Ce sont des voix qui résonnent et se joignent aux autres pour donner au lecteur une vision polyphonique de la réalité.
UN POINT DE DÉPART BIOGRAPHIQUE.
Bérot a souligné dans des interviews que l'histoire trouve son origine dans une expérience personnelle : « Pendant plusieurs années, j'ai élevé des chèvres et des chevaux, et j'ai accueilli des enfants de l'hôpital psychiatrique. Je voulais parler de la relation particulière qui peut naître entre les personnes que nous considérons comme « anormales » et les animaux, d'une communication claire entre eux, que nous, les gens « normaux », ne sommes plus capables d'établir. de là pour inventer la légende des bébés volés. Elle transpose cette expérience dans le roman, en présentant un monde rural en voie de disparition et en valorisant ce qui est différent, ce qui ne va pas, les femmes, les mères et les enfants.
UNE RÉFLEXION SUR LES CONVENTIONS SOCIALES.
L'intrigue évoque la collision des mondes. L'enquête policière révèle la coexistence d'un jeune homme qu'on appelle « l'Ours » (handicapé et d'une force surhumaine) et d'une petite fille sortie de nulle part. Cela donne lieu à une remise en question des conventions qui nous dominent, de la nécessité de considérer comme la seule option un mode de vie commun à la majorité de la population, sans accepter qu'il y ait des gens qui se sentent différents et qui préfèrent s'échapper du chemin tracé.
Le livre contient une réflexion brute sur la différence, sur un monde rural en voie de disparition, sur la vulnérabilité des femmes et de tous ceux qui décident de vivre hors norme. Le plus terrible, c'est qu'il y a ceux qui se sentent attaqués lorsqu'ils rencontrent des comportements qui ne sont pas identiques aux leurs, même s'ils sont inoffensifs.
Cela oblige le lecteur à remettre en question ses propres préjugés et pose de manière ambiguë qui sont les véritables monstres ou « bêtes » dans l'histoire. Il expose la violence et le manque d'empathie de la « civilisation » (les gens et les normes urbaines) face à la pureté instinctive et animale des marginalisés. La société détruit ce qu’elle ne sait pas classer dans ses catégories.
CONCLUSION.
comme des bêtes C'est un texte magnétique, percutant et polyphonique qui, en quelques pages, explique beaucoup de choses car il pointe vers l'essentiel. Violaine Bérot montre combien il est facile de condamner le bizarre, aussi bon soit-il. Honnêteté et spontanéité face à l'ignorance et aux préjugés. Dans cette histoire, la majorité des voisins savent clairement ce qu’ils préfèrent, mais l’autorité en décide autrement.
Bérot réactualise le mythe du bon sauvage, interrogeant les frontières entre l'humain et l'animal, entre l'intime et le social, entre le magique et le réel.
C'est une histoire de montagnes, de quartier, de nature, de vie selon les besoins et non selon ce que dicte la société et c'est avant tout une mystérieuse histoire d'amour.
Il combine des éléments de fiction policière avec des fables sombres et des légendes traditionnelles. Le tout raconté avec une prose raffinée et un style original qui vous captive et vous emmène dans un monde magique,
Un texte court mais très dense et intense qui émouvoira quiconque entrera dans ses pages.
À propos de Violaine Bérot
Violaine Bérot (France, 1967) est diplômée en philosophie. Bérot est né dans les montagnes, mais les a quittés pour terminer ses études et commencer à travailler comme informaticien. Il décide alors de changer de vie et s'installe dans les Pyrénées, où il se consacre pendant des années à l'élevage de chèvres. Tout au long de ce parcours, il n’y a eu qu’une seule constante dans sa vie : l’écriture. Depuis ses débuts littéraires au milieu des années 90 avec le roman JehanneBérot a écrit une douzaine d'ouvrages qui lui ont valu la reconnaissance des lecteurs.
Fiche technique
- Qualification: Comme des bêtes.
- Auteur : Violaine Bérot.
- Traduction: Pablo Martín Sánchez.
- Éditorial : La périphérie.
- Année : 2022.
- Pages : 138.