Les ami-e-s de Mallarmé
Dujardin Édouard (1861-1949)
Dandy célèbre pour ses gants blancs, Édouard Dujardin fonde en 1884, avec Houston Chamberlain (1855-1927), le gendre de Wagner,
La Revue wagnérienne, à laquelle collabore Mallarmé, Mendès, Villiers, Elémir Bourges. En 1885 Mallarmé écrit pour cette revue Richard Wagner, rêverie d’un poète français « moitié article, moitié poème en prose » comme il le dit dans une lettre du 5 juillet 1885.
Dujardin par Vallotton
L’année suivante, pour un n° spécial de La Revue wagnérienne (dans lequel paraît aussi le poème Parsifal de Verlaine), Mallarmé écrit le sonnet Hommage, dont voici le premier quatrain :
Le silence déjà funèbre d’une moire
Dispose plus qu’un pli seul sur le mobilier
Que doit un tassement du principal pilier
Précipiter avec un manque de mémoire.
En 1886, Dujardin prend la direction de La Revue indépendante et récrée cette revue pour promouvoir «l’Art sous toutes ses formes; il demande à Mallarmé d’y écrire une chronique régulière sur le théâtre. De novembre 1886 à juillet 1887, Mallarmé écrira ainsi des Notes sur le théâtre, qui seront reprises dans Divagations sous le titre Crayonné au théâtre. »

Dujardin avec Mallarmé
Initialement situé au 79 rue Blanche, le local de cette revue, qui est aussi un lieu de réunion et d’exposition, est ensuite déplacé au 11 chaussée d’Antin. Pour l’inauguration de ce nouveau local, Mallarmé écrit, en guise d’invitation, un poème, dont voici le dernier quatrain :
LA REVUE avec bruit qu’on nomme
INDEPENDANTE, Monsieur, pend
Une crémaillère d’or comme
Le gaz en son local pimpant.
C’est aussi pour cette revue, qui les publie en janvier 1887, que Mallarmé écrit (ou réécrit) les trois sonnets Tout Orgueil fume-t-il du soir, Surgi de la croupe et du bond, Une dentelle s’abolit. Et dans une lettre à Dujardin, du 18 décembre 1886, Mallarmé précise : « J’ai ponctué, parce que somme toute il ne faut pas nous mettre le monde à dos. » A la suite de ce triptyque, La Revue indépendante publie aussi le sonnet Mes bouquins … qui forme la conclusion du recueil Poésies de Stéphane Mallarmé (édité par Dujardin en 1887) et qui commence ainsi :
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,
Il m’amuse d’élire avec le seul génie
Une ruine, par mille écumes bénie
Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.
Pour ce recueil, Mallarmé a calligraphié lui-même les poèmes qui ont été ensuite « photo-lithographiés » et Félicien Rops a dessiné un frontispice, représentant une femme nue couronnée de lauriers et tenant une lyre.
En 1887, Dujardin publia également l’édition « courante et définitive » de L’après-midi d’un faune et Mallarmé lui fit plusieurs dédicaces, dont celle-ci :
Faune, si tu prends un costume
Simple comme les liserons
Dujardin et moi non posthume
Nous te populariserons.
En 1889 Dujardin demande Geneviève en mariage, mais celle-ci refuse, jugeant la situation du jeune homme « telle qu’une jeune fille sans aucune ressource personnelle la puisse partager ».
Mallarmé écrivit aussi pour lui le quatrain postal suivant :
Monsieur Dujardin -jardini
Attendu que le traître insigne
Est rue, au treize, Spontini
Malgré Lohengrin et le cygne.
Par la suite Dujardin loua une propriété à Samois et épousa, en 1896, Germaine Teisset, une artiste peintre ; Mallarmé fut un des témoins et apposa son paraphe à côté de celui du peintre Jean-François Raffaëlli.
Dujardin est l’auteur de plusieurs œuvres dont Les lauriers sont coupés : un court roman publié en 1887 dans sa revue, avec, pour la première fois peut-être, un monologue intérieur, dont James Joyce s’inspirera pour l’écriture de son Ulysse ; sa trilogie tragique en vers libres : Antonia eut beaucoup moins de succès ; Il écrivit aussi Mallarmé par un des siens, publié en 1936.
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24 mai 2012 à 14 h 40 min
Pouvez-vous donner une explication HISTORIQUE (datée) du fait que Anne Rose Suzanne Louviot, née ‘en 1849, soit la « fille naturelle » de F.C. de Canrobert qui, de 1835 à 1849 sert en Algérie ?
Il est rappelé à Paris (1850-1851 / coup d’état / aide de camp du prince président) ; il participe à la guerre de Crimée et est rappelé par l’empereur à Paris (1856)
Ce n’est qu’en 1859 qu’il devient gouverneur militaire de Nancy où il demeure jusqu’en 1862 (attesté par « L’Almanach de la Meurthe » pour ces années.
C’est Méry elle-même qui raconte « pris par elle à quinze ans » (sic) ; « mariée par lui à un paysan »… etc
« Les mauvaises langues » sont souvent de « mauvaises sources » d’information, surtout lorsqu’on ne vérifie rien.
Heureusement, il y de sérieuses publications sur tous ces sujets, et qui ne manquent pas de citer leurs références.
Ce qui manque regrettablement à vos travaux, par ailleurs amusants.
Cordiales salutations.