Église Saint-Léger

L’église actuelle de Nouâtre, dédiée à Saint Léger, fut construite vers 1483 par Jean du Fou (voir Gens de Nouâtre) et son épouse Jeanne de la Rochefoucauld ; c’est une église en forme de croix latine, inscrite dans l’inventaire des monuments historiques depuis 1971 et protégée depuis 2002. Les armes de Jean du Fou  étaient peintes aux deux côtés du maître-autel.

Église de Nouâtre en 1920 (carte postale)

On sait par le cartulaire de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers qu’une église, dédiée à Saint Révérend, avait été fondée en 940 par Aymon, abbé de Saint-Cyprien « in castro Nocastro » (dans la place forte de Nouâtre). Le cartulaire de l’abbaye de Noyers en parle à plusieurs reprises, notamment dans la charte 296 (de 1101) qui cite « l’atrium de l’église de Saint-Révérent ». Ce cartulaire nous a également conservé les noms de plusieurs prêtres de cette église : Gimon en 1065 (charte 38), Bigot en 1134 (charte 483), Robert en 1140 (charte 523) et Guillaume en 1177 (charte 605). De cette église primitive, il reste les fonts baptismaux, utilisés comme bénitier (à gauche de l’entrée) et un chapiteau, retrouvé lors de la restauration faite en 2016 et placé dans la chapelle de la Vierge (à droite).

Église de Nouâtre vers 1960

Selon la légende Saint Révérend, né à Bayeux,  serait mort à Nouâtre où il était devenu ermite et où il s’était installé près d’une source devenue miraculeuse à son contact. En réalité, comme l’écrit dom Guy Oury dans le n° 35 du Bulletin de la société archéologique de Touraine, les reliques de Saint Révérend, transportées de Bayeux à Poitiers pour échapper aux invasions normandes, transitèrent assez longtemps à Nouâtre, qui conserva une partie de ces reliques,  jusqu’à la Révolution selon Carré de Busserole.

Mais cette église Saint-Révérend était peut-être une seconde église car, selon Pierre Leveel (voir Bulletin de la Société Archéologique de Touraine 37. 1972) une première église ou chapelle, dédiée à Saint Léger, aurait pu avoir été érigée au 7ème siècle, lors de la translation du corps de ce saint. Il s’agirait, dans ce cas, de la plus ancienne des églises de la région (avec celle de Cravant, dédiée elle-aussi à Saint Léger). La charte 130 (de 1085) du cartulaire de Noyers parle d’ailleurs d’ «une chapelle, qui se trouve en dehors de l’enceinte de Nouâtre » et qui n’est donc pas l’église Saint-Révérend.

Église de Nouâtre en 2009

Né vers 615, Leudgari (nom germanique signifiant la lance du peuple) ou Leodegarius en latin devint vers 653 abbé du monastère Saint-Maixent (dans les Deux-Sèvres) ; en 656, la reine Bathilde, veuve de Clovis II (fils du roi Dagobert), l’appelle au Conseil de Régence et le choisit comme précepteur de ses trois fils ; vers 660, il devient évêque d’Autun ; il fut aussi un des conseillers principaux du roi des Francs Childéric II mais, après l’assassinat de ce dernier, en 673, il fut accusé de complicité et finalement assassiné en 678 ; il fut sanctifié en 681 et en 684 son corps fut transféré d’Artois, où il avait été tué, jusqu’au monastère de Saint-Maixent ; c’est alors que ses reliques passèrent à Nouâtre, où une partie fut conservée, notamment un os de son bras, qui fut ensuite placé dans un reliquaire doré en forme de bras. 

Église de Nouâtre (2011)

Les portes de l’église, surmontées d’une accolade amortie par un fleuron et d’une grande fenêtre en tiers-point, ont été faites à la fin du 19ème siècle avec du bois provenant d’un pressoir de l’abbaye de Noyers. À gauche de l’église, entre l’épicerie et le bar-tabac de la Poste, une petite porte aboutissait dans la chapelle Saint-Joseph, qui était sans doute la chapelle seigneuriale. Dans ce passage, une marque de crue, datée du 14 juillet 1792, se trouve à 1m.80 du sol.

Fresque de Saint-Révérend (tableau 9)

Les murs de la nef sont décorés par une fresque murale du 15ème siècle, illustrant en 12 tableaux accompagnés de légendes explicatives, la vie de Saint Révérend. Elle a été réaliseé dans le style ogival riche, caractérisé par la maigreur des formes, l’absence de perspective et l’inégalité dans les proportions des personnages.

Cette fresque fut offerte par Sylvain des Aubuis (voir Gens de Nouâtre) dont le blason, en partie effacé, se trouve dans une scène funéraire, à gauche de la chaire, installée en 1719.

Fresque de Saint-Révérend (tableau 9 reproduit par Henri Burin)

Cette fresque commence à droite, après la peinture de la crucifixion ; le 9ème tableau était accompagné de la légende suivante : « Comment St Révérent, pour échapper aux honneurs, (ou aux hommes) quitta son pays, trouva une petite ville appelée Noastre, où il parvient à une grande sainteté, loin de le vie du monde ». On voit sur ce tableau l’église de Nouâtre, avec les différentes mottes castrales. Cette fresque, actuellement très dégradée, a été reproduite par le peintre Henri Burin (voir Gens de Nouâtre) et cette reproduction est dans la salle municipale.

Vitrail de Saint-Nicolas

Tout autour de la nef, on distingue les vestiges d’une ancienne litre seigneuriale, détériorée pendant la Révolution ; cette litre, dite aussi litre funèbre, est constituée d’une large bande noire, sur laquelle étaient peintes, lors de leurs funérailles, les armes des différents seigneurs de Nouâtre ; les anneaux de fer, placés sous les armoiries, servaient vraisemblablement à supporter les oriflammes de ces seigneurs, et non à attacher les fous qui assistaient à la messe avant d’être conduits à la fontaine Saint-Révérend, comme le prétend la tradition !

Triptyque la Judée

Sur le mur sud, dans la 3ème travée, une peinture, en partie effacée, représente la Messe de Saint-Grégoire. Il s’agit d’un célèbre sujet iconographique, datant du 8ème siècle et représentant le pape Grégoire le Grand (540-604) célébrant la messe à Rome, dans l’église Sainte-Croix, avec en face de lui le Christ martyrisé, apparu en réponse à sa prière pour convertir une personne doutant de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le sommet de la vénération pour cette scène est atteint lors de l’Année Sainte 1500, date à laquelle il est probable que cette Messe ait été représentée sur le mur de l’église Saint-Léger.

Dans la chapelle Saint-Joseph, on peut admirer un triptyque en bois du 15ème siècle avec cinq scènes représentant la passion du Christ, encadrée par Saint-Jacques et Sainte-Barbe ; l’ensemble contient 43 sculptures en albâtre, les « méchants » ayant le visage noirci tandis que la barbe et la chevelure des « bons » sont dorées ; ce triptyque, appelé la Judée, fut sans doute fabriqué par un atelier de Nottingham, célèbre pour ce genre de production depuis le 14ème siècle. Il était, à l’origine, placé derrière l’ancien autel. On dit qu’au début du 19ème siècle les habitants de Nouâtre s’insurgèrent contre leur curé qui avait vendu ce triptyque pour 200 francs à des antiquaires, qui furent obligés de le restituer. Restaurée en 1872 puis en 2005, la Judée est maintenant protégée par une vitre et un système d’alarme.

Triptyque la Judée (détail)

Le grand retable, au fond de l’église, avec les statues de Saint Léger à gauche et de Saint Révérend à droite encadrant le grand autel, fut installé au 17ème siècle ; cette disposition permit la création d’une sacristie, qui n’existait pas auparavant, les ornements et les objets sacerdotaux étant conservés dans des coffres.

Ancienne entrée seigneuriale de l’église de Nouâtre (2011)

Parmi les vitraux, du 19ème siècle pour la plupart, on peut remarquer, dans la chapelle de la Vierge, un petit médaillon du 15ème siècle, représentant Saint Nicolas ressuscitant les trois petits enfants mis dans un saloir.

À gauche de l’entrée, le bénitier est sans doute la vasque des fonts baptismaux de l’église primitive.

4 ont commenté “4. Lieux de Nouâtre

  • a écrit le :

    Bonjour
    J’habite dans ‘une ancienne ferme appelée improprement La Ferme du temple’….vous serez tres bienvenue chez nous, l’ancien donjon est maintenant un peu plus visible…je serais interesse a savoir s’il y a un nom ancien de notre ferme…j’ai vue quelques part que le nom de la rue vers Noyers s’appelle ‘rue du Temple’
    Cordialement
    Roger Dawes
    0247653238

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  • a écrit le :

    Non, je ne connais pas l’ancien nom de cette ferme, dont une partie a été construite sur l’ancien moulin banal de Nouâtre. Je ne connais pas non plus la « rue du Temple » ; il existe par contre la « rue du moulin du Temple » qui rappelle l’ancien moulin des Templiers, aujourd’hui ferme transformée en maison d’habitation située dans le prolongement de l’allée romaine.

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  • C. NICOLAS a écrit le :

    Est-il possible de visiter l’église de Noyers ?

    Répondre

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