RIVE DROITE DE L’INDRE DE VILLEDIEU-SUR-INDRE À AZAY-LE-RIDEAU

Venant de Déols (Villa dolis), où un gué permettait à la voie Toulouse/Orléans de franchir l’Indre, une voie suivait la rive droite de cette rivière, qui contrairement aux autres cours d’eau de la région, n’était pas navigable. 

Cette voie passait par Villedieu-sur-Indre, anciennement Pontiniacum, où une importante nécropole a été découverte, dans l’ancienne commune de Mehun, et arrivait sur le territoire des Turons au niveau de la commune actuelle de Le Tranger, dans le département de l’Indre, où existe le lieu-dit Semblançay (Simpliciacum). En effet, dans cette région, le territoire des Turons ne correspondait pas exactement au département de l’Indre-et-Loire et l’on sait, par exemple, que Clion-sur-Indre, sur la rive gauche (voir voie 3.2), se trouvait à la frontière entre les Bituriges et les Turons.

Voie entre Le Tranger et Semblançay (avril 2018)
Voie entre Le Tranger et Semblançay (avril 2018)

Après avoir traversé le territoire des communes actuelles de Saint-Cyran-du-Jambot, où l’on trouve le lieu-dit Migny (Magniacum), de  Saint-Hippolyte, où existe également le lieu-dit Le  Migny, puis de Saint-Germain, réunie aujourd’hui à Saint-Jean sur la rive gauche, la voie arrivait à Beaulieu-lès-Loches, où Foulques Nerra fit édifier en 1007 l’abbaye Sainte-Trinité, dans laquelle il fut enterré.

Beaulieu-lès-Loches, abbaye Sainte-Trinité (août 2011)
Beaulieu-lès-Loches, abbaye Sainte-Trinité (août 2016)

C’est là qu’elle croisait une voie allant de la vallée de la Vienne à la vallée du Cher (voir voie 6.2), qui venait de Loches (voir voie 3.2). La voie, continuée par l’actuelle D 25, passait par Les Petites Maisons, près de Corbery (Culberiacum) sur la commune de Loches, où on peut voir quatre piliers imposants de l’aqueduc gallo-romain de Contray (Cuntheriacum), qui alimentait sans doute une importante villa de Loches. 

Elle passait ensuite par l’Isle-Auger, où les restes d’un pont que les panneaux disent « romain » ne sont, semble-t-il, que ceux d’un pont du 15ème siècle, puis par l’Île-Thimé. Ces deux toponymes de la commune de Chambourg-sur-Indre (sur la rive gauche) renvoient sans doute à une époque où ces lieu-dits étaient enserrés dans les bras de l’Indre, ce qui n’est plus le cas actuellement. Par contre, on sait qu’à l’Isle-Auger, un gué permettait de rejoindre la voie de la rive gauche (voir voie 3.2).

La voie, continuée sous le nom de Chemin des sables, passait à la Chaussée, toponyme qui, on le sait, rappelle souvent la présence d’une voie gallo-romaine, puis au Gué raide.

Voie entre La Chaussée et le Gué Raide (octobre 2011)
Voie entre La Chaussée et le Gué Raide (octobre 2011)

Cette voie traversait l’Indrois au Moulin de la Folaine (commune d’Azay-sur-Indre) au moyen d’un gué sur lequel il y avait une passerelle en bois.

Azay-sur-Indre, reconstitution du gué sur l'Indrois
Azay-sur-Indre, reconstitution du gué sur l’Indrois par Alain Chaynès

Sur la rive droite de cette commune d’Azay-sur-Indre, près du hameau appelé Le Haut-Villepays, toponyme venant de Villa pagani (domaine du paysan), il y avait une propriété gallo-romaine, où l’on a découvert, en 1864, un vase en céramique contenant 8 pièces d’or du 4ème siècle après J.C.

 

Rue du Mail : voie entre Azay-sur-Indre et Reignac (avril 2018)
Rue du Mail : voie entre Azay-sur-Indre et Reignac (avril 2018)

La voie suivait ensuite le cours de l’Indre jusqu’à Reignac-sur-Indre où passait aussi une voie allant de La Celle-Saint-Avant à Amboise (voir voie 6.6), qui franchissait l’Indre au moyen d’un gué et qui permettait de rejoindre la voie de la rive gauche.

Courçay : rue de la Doué (avril 2018)
Courçay : rue de la Doué (avril 2018)

Celle de la rive droite est bien marqué dans le paysage, sous le nom de rue du mail qui, après le château, se continue par un chemin passant à côté d’un dolmen, enfoui sous la végétation ; elle se poursuivait ensuite vers Courçay, où on la retrouve sous le nom de rue de la Doué (Fontaine) puis sous celui de rue des Plantes.

Courçay : rue des plantes (avril 2018)
Courçay : rue des plantes (avril 2018)

Il y avait sur le territoire de Courçay, dont le toponyme indique l’existence d’une villa gallo-romaine, d’autres domaines, notamment à Chauvigny (Coloniacum), Chemallé (Camilliacum), Chibré (Cipriacum) et Geay (Gaiacum), où l’on a découvert une lampe de bronze à six branches ainsi qu’une épingle en os ornée d’une tête de femme et où des pans de murs, que l’on peut voir représentés sur une gravure de 1856, étaient encore visibles en 1936.

Courçay : ancienne villa de Geay en 1856
Courçay : ancienne villa de Geay en 1856

La voie allait ensuite vers Truyes, où elle croisait une voie allant de Nouâtre à Athée-sur-Cher (voir voie 6.3) ; dans cette commune, la voie longeait un aqueduc gallo-romain  puis est reprise par le GR 46, qui est un chemin de Saint-Martin.

Truyes : aqueduc (avril 2018)
Truyes : aqueduc (avril 2018)

Elle arrivait ensuite sur le territoire actuel d’Esvres-sur-Indre, au niveau du hameau actuel de Champgault. La commune d’Esvres-sur-Indre s’étend sur les deux rives de l’Indre et a été occupée dès la préhistoire comme le montrent les silex taillés mis à jour au début du 20ème siècle ainsi que le dolmen de Saulquet sur le plateau dominant la vallée de l’Échandon (rive gauche).

Des fouilles préventives réalisées par l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), ont mis à jour un établissement rural de l’âge du bronze final (930/800 avant JC) qui a livré 255 tessons de céramique ainsi qu’une ferme gauloise avec des murs maçonnés et des sépultures contenant un matériel important (armes, tissus, céramique, amphore).

Nécropole de la Haute-Cour (INRAP 2008)
Nécropole de la Haute-Cour (INRAP 2008)

À l’époque gallo-romaine, l’agglomération se développe et une importante nécropole : la Haute-Cour, située près de l’actuel stade de foot, a été utilisée du 1er siècle avant JC jusqu’au 2ème siècle après JC et a livré des céramiques dont quatre amphores complètes et une autre marquée UIDA (blanc), 19 fibules (ou agrafes) en fer et en bronze, 7 potins à la tête diabolique, 2 bracelets en bronze, un fragment de bracelet en verre et des armes (poignard en fer, épée, fer de lance, épieu, javelot).

Dans une autre nécropole, située près du château de Vaugrignon, ont été trouvées des fibules, des monnaies, des amphores ibériques et italiques des 2ème et 1er siècles avant JC ainsi qu’une figurine en terre cuite représentant un personnage en manteau.

Voie entre Champgault et La Chaussée (mars 2018)
Voie entre Champgault et La Chaussée (mars 2018)

Entre Champgault, à l’entrée de la commune, et Nantilly (Nantiliacum) à la sortie, la voie est encore bien visible sous la forme d’un chemin rectiligne puis d’une route (rue du 11 novembre) qui passe par La Chaussée et enfin d’un chemin de nouveau rectiligne (chemin de Varidaine) qui se prolonge par une voie empierrée, ayant la forme caractéristique d’un Z pour pouvoir franchir à angle droit le ruisseau de Nantilly.

Voei entre La Chaussée et Nantilly (mars 2018)
Voie entre La Chaussée et Nantilly (mars 2018)

Tous ces éléments montrent qu’Esvres-sur-Indre fut une agglomération importante (vicus) à l’époque gallo-romaine avant de devenir une cité mérovingienne, où l’évêque de Tours Saint Perpet fonda une église vers 465.

À la Chaussée, il était possible, en empruntant une voie secondaire continuée aujourd’hui par la rue de Tours, de rejoindre Caesarodunum, via Saint-Avertin mais la voie principale continuait le long de l’Indre, en se dirigeant vers les communes actuelles de Veigné, Montbazon et Monts, situées toutes trois sur la rive gauche (voir voie 3.2).

Dans cette région, l’urbanisation ainsi que la construction des autoroutes A 85 et A 10 ont complètement bouleversé le paysage, de sorte qu’il est impossible de voir des traces de notre voie, que nous retrouvons à Artannes-sur-Indre, dont le site fut occupé au néolithique puis à l’âge du bronze (2300/800 avant JC) comme le montrent le dolmen du Bois des plantes, détruit vers 1820, ainsi qu’une cachette, dans laquelle 7 haches et un bracelet furent découverts en 1840. Des vestiges d’une maison gallo-romaine furent également trouvés près de l’église, attestée dès le 6ème siècle après JC.

Après Artannes-sur-Indre, la voie, peut-être reprise par la D 57 continuait vers l’ouest, en croisant la voie Poitiers/Le Mans (voir voie 7.2) puis en passant près de l’ancien prieuré de Vonnes, devenu ensuite un château, dont, sous le nom de Clochegourde, Balzac fait la résidence de Mme de Mortsauf, héroïne du Lys dans la vallée.

 

Vonnes (septembre 2010)
Vonnes (septembre 2010)

La voie antique, reprise par la D 84, empruntait, pour se diriger vers la commune actuelle d’Azay-le-Rideau, l’étroit passage entre la rivière et le coteau crayeux percé de grottes, comme celles de la vallée des Goupillières, près de laquelle a été découvert, à la Grande Borne, un dépôt de fonderie de l’âge du bronze mais, contrairement à la rive gauche, où la présence gallo-romaine est bien attestée (voir voie 3.2), rien, pour le moment, ne prouve qu’une agglomération gallo-romaine, existât à cet endroit dans l’antiquité.

 

Voie entre Pont-de-Ruan et Azay-le-Rideau (avril 2018)
Voie entre Pont-de-Ruan et Azay-le-Rideau (avril 2018)

Il est cependant probable qu’une voie continuait le long de l’Indre jusqu’à Marnay (Madrianiacum) où il y avait une minoterie (musée Maurice Dufresne, aujourd’hui) remplaçant un ancien moulin, en passant par Luré (Luriacum) et Port-Huault, où, si l’on en croit Rabelais, un gué permit à Picrochole, vaincu par Gargantua, de « passer l’eau » pour s’enfuir vers Tours (voir Gargantua, chapitre 49).

 

L'Indre à Port-Huault (avril 2009)
L’Indre à Port-Huault (août 2009)

Après Marnay, il n’était plus possible de suivre la rive droite et la voie rejoignait probablement celle qui longeait la rive gauche du Cher (voir voie 2.2).

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