VOIE DE LA CELLE SAINT-AVANT À AMBOISE

 

Un commerçant ou un soldat, qui venait de Poitiers, pouvait, après avoir traversé la Creuse à Port-de-Piles, soit continuer vers Nouâtre (voir voie 7.2), soit se diriger vers Amboise et la vallée de la Loire. La charte 4 (de 1032) du cartulaire de l’abbaye de Noyers parle d’une terre située « entre les deux chemins, vers le Passage » ; il s’agit vraisemblablement de ces deux voies et du gué sur la Creuse.

Voies anciennes à La Celle Saint-Avant (février 2011)
Voies anciennes à La Celle Saint-Avant (février 2011)

À ce gué arrivait aussi la voie suivant la rive droite de la Creuse (voir voie 5.1), qui, venant de Descartes, passait sans doute près des domaines de la Ville Daveau et de Longueville (Longa villa), sur la commune de La Celle Saint-Avant.

6.6 B cartes des voies à La Celle-Saint-Avant

Sur cette commune, où un monastère aurait été fondé au 5ème siècle par un certain Aventinus ou Adventius, on a découvert des traces d’une occupation très ancienne, avec une sépulture à incinération de l’âge du bronze final (800 avant JC), un sanctuaire et établissement rural turon de l’âge du fer, ainsi qu’une grande exploitation agricole gallo-romaine, avec des thermes, à côté du beau manoir de l’Aunaye (du latin alnus = aulne).

 

Après le gué, la voie arrivait alors à ce qui fut ensuite le Corps de Garde, vestige des fortifications médiévales ; elle est ensuite, sans doute, continuée par la D 336, qui traverse le hameau appelé la Rue Blondeau, avant d’arriver sur le territoire de la commune actuelle de Marcé-sur-Esves, où existaient plusieurs domaines agricoles : Jarcy (Gerisiacum) et la Jaunaie (Gallinacum) ainsi qu’un domaine appelé Marciacum ou domaine de Marcius qui a donné son nom à cette commune et qui correspond peut-être au lieu-dit les Clôtures, où on a photographié en 1976, les traces de deux carrés inscrits l’un dans l’autre, ce qui est une caractéristique des temples gaulois, et où on a découvert quatre poteries gallo-romaines.

Voie entre La Celle et Marcé (février 2011)
Voie entre La Celle et Marcé (février 2011)

La voie passait à côté du lieu-dit la Pierre du Faon, où l’on peut voir les restes d’une construction gallo-romaine ; on a longtemps pensé, vue la forme, qu’il s’agissait des vestiges d’une pile funéraire mais il semblerait en fait qu’il y eût là un temple et nous formulons l’hypothèse que  « Faon » serait en fait une déformation de « Fan », venant du latin fanum (temple) ; un lieu de Nouâtre porte aussi ce toponyme et, là aussi, il est vraisemblable qu’il y eut un temple gallo-romain (voir voie 4.1).

 

On atteint ensuite le territoire de la commune de Sepmes, anciennement Septimas ; le nom de cette commune a été interprété diversement ; si ce toponyme vient de « au septième milliaire », il s’agit, soit de 7 milles (10,5 km) par rapport à l’embranchement de La-Celle-Saint-Avant, soit de 7 lieues gallo-romaines (15,5 km) par rapport à celui de Dangé-Saint-Romain (voir voie 4.2).

Ancienne voie à Sepmes (mars 2014)
Ancienne voie à Sepmes (mars 2014)

La voie passait près de la Thomassière, où un puits de 14 mètres avec deux galeries partant vers le nord-ouest et le sud-ouest indique la présence d’un aqueduc souterrain puis, se dirigeait ensuite, à l’est de Sepmes, vers Bossée en passant à côté des lieudits Les Maisons Rouges et La Tuilerie où il y avait une villa gallo-romaine. Cette ancienne voie sert aujourd’hui de limite entre Bossée et Bournan.

Ancienne voie entre Sepmes et Bossée (janvier 2011)
Ancienne voie entre Sepmes et Bossée (janvier 2011)

Le tracé est connu et encore bien visible par endroits jusqu’au sud-ouest de Manthelan, où les lieudits Aubigny (Albiniacum), Azay (Aviatiacum) ainsi que Fretay (Frittiacum) gardent le souvenir de domaines agricoles et où une église fut fondée dès la fin du 5ème siècle ; cette agglomération était, dans l’antiquité, un marché et un carrefour important ;  là en effet trois voies se croisaient : notre voie, la voie Chinon/Loches(voir voie 6.4) et la voie Tournon Saint-Pierre/Le Mans (voir voie 7.3).

Voie entre Bossée et Manthelan (février 2011)
Voie entre Bossée et Manthelan (février 2011)

Après la Croix des bruyères (D 760) plusieurs tracés ont été proposés ; selon certains la voie ancienne était l’actuelle D 58, appelée «route d’Espagne» ou «chemin de Paris à Bordeaux» dans un texte du 17ème siècle. Cette hypothèse n’est pas absurde.

6.6 12bis carte Saint-Bauld

Mais il est possible aussi que la voie antique se dirigeât vers Saint-Bauld, en passant non loin du dolmen de la Roche, au nord-est de Manthelan, et en franchissant l’Échandon, un affluent de l’Indre, au Moulin du pré (commune de Manthelan), là où des traces anciennes peuvent encore être vues.

 

Là arrive aussi un petit cours d’eau appelé le Quincampoix, alimenté par une source : la fontaine Saint-Martin, considérée comme miraculeuse et aménagée à une époque ancienne.

 

La voie se dirigeait ensuite vers Reignac-sur-Indre, en passant à côté de Tressort, (du latin tres = trois et du gaulois ritum = passage) sur la commune de Dolus-le-Sec, toponyme qui indiquerait un croisement de trois voies : notre voie 6.6 (A1 sur la carte ci-dessous), la voie de la rive gauche l’Indre (voie 3.2, voie A2 sur la carte) et une voie secondaire allant de Manthelan à Montrichard. 

 

Reignac-sur-Indre était dans l’antiquité un lieu important, carrefour de notre voie La Celle/Amboise, qui y franchissait l’Indre et des voies qui empruntaient cette vallée de l’Indre ; cette situation importante continua au Moyen-âge, notre voie devenant une partie de la route Paris-Bordeaux.

 

Jusqu’au 17ème siècle l’Indre était traversée par un gué, remplacé par un bac quand les eaux étaient hautes et situé en aval du pont actuel, lors de la construction duquel, en 1860, on trouva dans les pilotis de l’ancien pont du 17ème siècle des monnaies et des objets gallo-romains, notamment des hipposandales, ancêtres des fers à chevaux.

Une fois l’Indre franchie, la voie remontait sur la rive droite, passant par les lieudits le Bray et les Brays, (du gaulois brixis = passage) qui maintiennent le souvenir de l’ancienne appellation de Reignac (Bray) et qui confirment l’existence du gué ; elle continuait ensuite pour se diriger vers Bléré par le Tertre (commune de Cigogné) et le bois Gaulpied (commune de Sublaines) ainsi que la Folie (commune de Bléré).

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Toute cette région est riche en vestiges néolithiques ; un important village de l’âge du bronze, occupé jusqu’à l’époque gallo-romaine, existait dans le bois Gaulpied près duquel un établissement rural turon a été trouvé, au lieu-dit le grand ormeau, et un atelier de taille de silex a été découvert à la Folie.

 

On sait, par ailleurs, que deux tumuli datés de 800 et de 500 avant JC se trouvant au lieu-dit les Danges (commune de Sublaines) ont fourni de magnifiques objets néolithiques et celtiques qui peuvent être vus au musée des antiquités de Saint-Germain-en-Laye. Dans cette commune on a également trouvé les restes de 140 individus du néolithique, au dolmen de Villaine.

Dolmen de Villaine
Dolmen de Villaine

Bléré était un carrefour important, où notre voie croisait d’abord la voie suivant  la rive gauche du Cher (voir voie 3.2) puis, après avoir franchi cette rivière, la voie de la rive droite (voir voie 3.1), peut-être grâce à un pont car Briotreide, le nom gaulois de cette cité, signifie « le bout du pont », autrement dit Finispont, nom d’un lieu-dit de l’autre côté du Cher, sur la commune de La Croix-en-Touraine, anciennement Saint-Quentin-près-Bléré, village fondé par un certain Quintinus, (si l’on en croit le site de la mairie), au bord de la rivière, où se trouvent encore un château et l’ancienne église du 12ème siècle, là où devait passer la voie de la rive droite, alors que le bourg actuel s’est développé plus au nord.

La suite du tracé, à travers la vaste forêt d’Amboise, est mal connue mais il se peut que la D 31, rectiligne, reprenne l’ancienne voie, pour aboutir au bord de la Loire, non loin de l’antique oppidum des Châtelliers, fortifié par les Turons, vers 400 avant notre ère (voir voie 1.2).

 

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